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Photo extraite du film Rebecca de Alfred Hitchcock (1940), Joan Fontaine dans le rôle de la seconde Mme de Winter

Les femmes, éternelles numéro 2 ?

6 min
À retrouver dans l'émission

De la seconde, fille à marier, 2nde épouse ou veuve, au 2ème sexe de Simone de Beauvoir, pourquoi toujours cette place de n°2 pour les femmes ?

Photo extraite du film Rebecca de Alfred Hitchcock (1940), Joan Fontaine dans le rôle de la seconde Mme de Winter
Photo extraite du film Rebecca de Alfred Hitchcock (1940), Joan Fontaine dans le rôle de la seconde Mme de Winter Crédits : Allociné

Simone de Beauvoir a écrit Le 2ème sexe, et parce que vient de sortir le livre : Etats de la femme, l’identité féminine dans la fiction occidentale, de Nathalie Heinich, je vais vous parler aujourd’hui, de la « seconde ». 

La seconde, c’est cette figure que l’on trouve beaucoup dans les romans et films du XVIIIème à aujourd’hui : c’est la maîtresse, la 2nde épouse ou compagne, la jeune fille à marier, la vieille fille… bref, la 2nde, ce sont toutes ces femmes qui ne sont pas, pas encore ou plus, la 1ère, la seule et l’unique. 

Dans son livre qui n’est ni un plaidoyer féministe ni un commentaire littéraire, mais revendique une « neutralité axiologique » qu’on imagine donc aussi bien politique qu’esthétique, Nathalie Heinich part de l’héroïne de Charlotte Brontë, Jane Eyre. Soit celle qui expérimente tous les états de la 2nde, je cite, « de la jeune fille qu’elle est à la vieille fille qu’elle s’apprête à être, puis à celui de maîtresse qu’elle refuse, et enfin, à celui de 2nde épouse auquel elle finit par consentir ». 

Si Jane Eyre est exemplaire de cette figure de la 2nde, on pourrait presque dire pourtant que la seconde, c’est un peu toutes les femmes… car qui n’a jamais été seconde ou secondé ? Et comme le dit Simone de Beauvoir, la femme, toujours déterminée face à l’homme, c’est aussi le 2ème sexe, l’autre sexe. D’où ma question, aujourd’hui, de 2nde à 2ème, et inversement, les femmes sont-elles des éternelles numéro 2 ?

Qu’est-ce que ça fait de passer après ? D’être 2ème, 2nde, n°2, d’être la suivante, celle qui est dans l’ombre, après coup ? C’est tout l’enjeu du roman de Daphné du Maurier et de son adaptation cinématographique par Hitchcock, Rebecca (cité par Nathalie Heinich). Et passer après dans ce cas-là, c’est déjà ne pas avoir la priorité, être reléguée au 2nd plan, et par là-même, c’est ne pas avoir de nom et ne pas avoir d’identité (car je rappelle que Rebecca, c’est la 1ère, et non l’héroïne du roman et du film). 

Etre 2nde, c’est donc être un double, fantomatique, un élément de plus, un reflet sans substance ni unicité ni ipséité… Mais dans Rebecca, paradoxalement, ce sera en fait une libération : la 2nde épouse de Maxim de Winter, parce qu’elle n’est pas la même que Rebecca, parce qu’elle ne lui est pas identique, va avoir la liberté d’être une autre et d’être nouvelle. C’est bien une manière de réhabiliter cette 2nde place des femmes, en disant que passer après, c’est être dans l’ombre, oui, mais c’est surtout ne pas être obligée par le regard des autres et c’est avoir le pouvoir, je renvoie ici à la fameuse expression de « femmes de l’ombre »… 

Mais a-t-on vraiment le pouvoir quand on ne se montre pas, quand la 2nde reste cachée, définie par rapport à une 1ère épouse ou un partenaire ? 

Claudine, de Colette, voilà une héroïne qui a un nom et le dit. Dans ce livre de Nathalie Heinich où 250 références à peu près sont convoquées, il faut souligner la place qui est faite justement à Colette (dont on parle trop peu) et à ses personnages féminins : Fanny, Renée, Léa, entre autres, toutes des 2ndes, que du 2ème sexe… 

Mais celles-ci ne sont pas faussement réhabilitées au statut de femmes de ou de femmes de l’ombre, mais, avant d’être 2nde, elles ont surtout une place, une visibilité. Elles n’ont pas une fonction, mais un rôle. Elles ne se définissent pas par rapport à une 1ère ou un 1er individu, mais par rapport à elle-même, seule, mettant ainsi en échec toutes ces identités figées pour leur préférer une multiplicité de figures en perpétuel renouvellement. 

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