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"Valmont" de Milos Forman
Épisode 5 :

La luxure

5 min
À retrouver dans l'émission

La luxure, c’est la recherche déréglée des plaisirs sexuels et plus généralement la prédominance accordée aux plaisirs de la chair. C’est la part animale dans tout ce que cette part a d’incontrôlable mais aussi de fondamentalement dérangeant...

"Valmont" de Milos Forman
"Valmont" de Milos Forman Crédits : © 1989 PATHE PRODUCTION. TIMOTHY BURRILL PRODUCTIONS. TOUS DROITS RESERVES

La part animale de l’homme

Francky Vincent, « Fruit de la passion » et ce moment volé à l’éternité « Y a pas que la fesse dans la vie y a le sexe aussi ». Voilà une vision bien luxueuse.
La luxure, c’est la recherche déréglée des plaisirs sexuels et plus généralement la prédominance accordée aux plaisirs de la chair. C’est la part animale dans tout ce que cette part a d’incontrôlable mais aussi de fondamentalement dérangeant. C’est la domination sexuelle et le désir de possession, l’envie violente naturelle au détriment de l’envie domptée culturelle.
Dans l’Antiquité grecque, la luxure est incarnée par les centaures, ces créatures étranges, mi-homme, mi-chevaux qui concrétisent justement cette part animale inavouable de l’homme.
Pour s’en persuader, il faut aller voir Les Amours des centaures de Rubens, tableau qui représente deux couples de centaures. Un au second plan, fuyant, l’autre au premier plan. L’homme, le regard cupide et inquiet, attrape sauvagement le sein de la femme dont la pose lascive et les joues roses font penser que la seule chose qui l’intéresse sur terre est de jouir sans entrave. À regarder le tableau trop longtemps on finit presque par être mal à l’aise. La luxure effrénée met à nu, rompt avec tous les codes de la civilisation, elle est manque de maîtrise de soi et du monde.
Dans l’Histoire des péchés capitaux au Moyen Âge, Carla Casagrande et Silvana Vecchio expliquent que l’époque médiévale condamne la luxure en conservant la distinction antique entre noblesse de l’âme et impureté du corps. Pour Augustin, la punition divine est toute dans la honte éprouvée par Adam et Eve à la vue de leurs organes nus. Peu à peu, c’est plus le désordre lié à la sexualité que l’acte sexuel lui-même qui devient péché. Une transformation s’opère dans le vocabulaire, on parle alors de fornication (de fornix, édifice en forme d’arc près duquel se tenaient les prostituées).
Pour Grégoire le Grand, la luxure englobe tous les excès liés au corps, la gourmandise n’est pas loin. La lèpre est par excellence le châtiment des luxurieux et sa contamination facile, par contact, même non coïtal, démontre bien sa nature luxurieuse. L’odeur du luxurieux, vivant ou mort, est le signe de son péché, le témoignage de son animalité.
Si la luxure est avant tout un péché terrible pour les moines et les prêtres qui font vœu de chasteté, elle touche aussi les laïcs lorsqu’elle est assimilée au vice altérant la raison. On condamne les pratiques jugées « contre-nature » : la sodomie, le coït les jours interdits (lors des menstruations, lors de la grossesse ou pendant les jours de jeûne). On condamne aussi l’adultère, l’inceste, le stupre, la débauche. On dénonce également les romans courtois pour leur promotion du fol amor, cet oubli de soi qui y est mis en valeur.

Désir et duplicité

La luxure est toujours affaire de duplicité, de mensonge à l’autre et de mensonge à soi-même.
On pense aux Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos et à sa magnifique adaptation cinématographique par Stéphane Frears avec John Malkovitch en Valmont et Glenn Close en Merteuil. À cette scène mythique surtout où Valmont écrit une lettre à la sainte Madame de Tourvel qu’il essaye de séduire en prenant appui sur les fesses nues de l’une de ses maîtresses. Dans la littérature, les personnages libidineux ne manquent pas, mais il faut attendre Philip Roth pour que le libidineux gagne ses lettres de noblesse. Ça sera Portnoy, l’enfant névrosé amoureux de sa mère qui devient un jeune adulte totalement obsédé par le sexe. Extrait : « Ba-ba-lu, parle-moi, explique-moi, raconte-moi comment c’était quand elle te l’a fait !Il faut que je sache, avec des détails – des détails exacts ! Et ses nichons ? Et ses tétasses ? Et ses cuisses ? Qu’est- ce qu’elle fait avec ses cuisses, Ba-ba-lu, est-ce qu’elle te les enroule autour des fesses comme dans les livres cochons, ou est-ce qu’elle te serre de toutes ses forces la pine avec jusqu’à ce que tu aies envie de crier comme dans mes rêves ? Et ses poils qu’elle a là-bas en bas du ventre ? Raconte-moi tout sur les poils de son con et sur l’odeur qu’ils ont, ça m’est égal si je sais déjà tout. Et elle s’est vraiment mise à genoux, tu ne te fous pas de ma gueule ? Elle s’est vraiment agenouillée sur les deux genoux ? Et ses dents, qu’est-ce qu’elle en a fait ? Et est-ce qu’elle te la suce, ou bien est-ce qu’elle te l’aspire, ou alors est-ce qu’elle fait les deux ? » À sa sortie, en 1969, année érotique, le roman choque toute l’Amérique. Il y a de quoi, c’est sûr ! Entre temps la libération sexuelle a fait son travail, même si notre époque entretient avec la luxure des rapports ambigus, ne sachant jamais à quel sein se vouer entre promotion effrénée et condamnation puritaine !

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