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Benjamin Constant

Mea Culpa : Les 250 ans de Benjamin Constant

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Mieux vaut tard que jamais : le 25 octobre dernier, se fêtaient les 250 ans de la naissance de Benjamin Constant… pourquoi un tel oubli ?

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Je suis impardonnable, je suis passée à côté d’un anniversaire : pas celui de David Bowie dont je vous ai parlé hier, mais celui de Benjamin Constant. Le 25 octobre 2017, on fêtait les 250 ans de sa naissance. Pourquoi un tel oubli ? Pourquoi si peu d’événements autour de cette date, alors même qu’elle fait partie de nos « Commémorations nationales » ? Certes, il faut quand même souligner une nouvelle édition de ses Journaux intimes et du Cahier rouge aux éditions Gallimard et un colloque en novembre dernier à l’ENS de Lyon. 

Mais pourquoi si peu ? Pourquoi ne pas plus parler de ses principes politiques (telle l’initiative et la responsabilité), de son concept (entendu dans la bouche même d’Emmanuel Macron lors de ses vœux aux Français et Françaises) de l’esprit de conquête, ou encore du tournant qu’il a marqué dans l’écriture de l’intime avec ses Journaux ? 

Dans l’essai passionnant que le théoricien littéraire, Tzvetan Todorov, lui consacre à la fin des années 90, Benjamin Constant, la passion démocratique, est soulignée, dès l’introduction, la dimension « insaisissable » de son œuvre. Et ce pourrait être une 1ère réponse à cet oubli du philosophe, mais aussi écrivain et homme politique, républicain et libéral. 

De l’inconstance de Constant, pourrait-on dire, Todorov se demande d’entrée : comment lire Constant ? Son œuvre a-t-elle une unité ? De la question de l’usurpation à son approche psychologique des misères du cœur humain, en passant par l’engagement politique et ses thèses sur la religion, comment embrasser la pluralité des domaines et des registres qu’il a pratiqués ?

Mais il y a plus, et c’est une 2ème réponse que l’on pourrait donner à cet oubli : la pluralité de cette œuvre s’ancre dans le mouvement de l’Histoire, de la Révolution et de la Restauration, et celle de ses relations, instables ou autoritaires, en tout cas passionnées… Je pense ici à Germaine de Staël qui, avec son groupe de Coppet, « aurait » exercé à son égard un véritable despotisme, d’où cette échappée romanesque que s’est offert Constant, ce chef d’œuvre de la littérature paru en 1816, Adolphe… 

Inconstance, et même inconsistance, de Benjamin Constant… les mots sont durs pour comprendre l’oubli de ce penseur. Mais c’est que l’on s’en tient, encore et toujours à sa vie, dont il a fait, certes, son œuvre, dont il a fait le terrain de son exploration, avec ses Journaux et ses récits que l’on réduit trop rapidement à des autobiographies. Mais c’est plutôt sur le plan de la vie, plus général, qu’elle soit intime ou publique, souvent inconstante et parfois inconsistante, de chaque individu, qu’il faudrait se pencher grâce à Constant. 

Dans son Discours de 1819, « De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes », s’opposant au Contrat Social de Rousseau qui aliène chacun au corps collectif, Constant revendique l’indépendance individuelle des temps modernes : « perdu dans la multitude, dit-il, l’individu n’aperçoit presque jamais l’influence qu’il exerce », et face à cette perte des jouissances collectives, l’accent doit donc être mis sur nos jouissances privées. Comment préserver cet espace intime ? Quel en est le ressort, quels en sont les limites et les contradictions ? Comment le protéger, au sein même d’une société ? 

Du règne de l’intérêt à la logique du désir, on doit à Benjamin Constant cette lucidité sur les transformations politiques et anthropologiques de la modernité, et son courage à affronter Kant et son exigence de vérité… pour y préférer l’importance des apparences et du mensonge. Car, c’est ici que se dégage la constance de Constant, dans cet attachement à la fragilité (inconsistance diront les mauvaises langues) de chaque existence et dans ses trouvailles pour les préserver et ne pas les oublier. 

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