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Michel Onfray en 2018

Michel Onfray et le problème de l'alternative

4 min
À retrouver dans l'émission

Pour Michel Onfray, le débat d’idées n’existe plus. Pour y remédier, il fonde une revue qui a pour but de faire entendre une “voix alternative” à la “pensée dominante”. Mais quoi de neuf dans le fait d'entendre une voix qu’on entend depuis des années ? Qu’est-ce qu’une alternative ?

Michel Onfray en 2018
Michel Onfray en 2018 Crédits : JOEL SAGET - AFP

Le philosophe Michel Onfray a annoncé le lancement papier d’une nouvelle revue qui s’appellera Front populaire. “Voix alternative”, elle entend pourtant, comme beaucoup d’autres avant lui, je cite “contribuer au débat d’idées”, abattre le clivage gauche/droite, et enfin, redonner du sens à des notions comme “peuple” ou “souverainisme”... D’où ma question : pourquoi présenter comme alternatif ce qui ne l’est pas ? 

Une autre voix est-elle possible ? 

L’information est sortie il y a déjà quelques semaines, mais le lancement approchant, les bruits se sont faits de plus en plus présents : la parution de la nouvelle revue du philosophe Michel Onfray.
On sait de ce projet pas mal de choses : d’abord en ligne, la version papier sera trimestrielle, entre le livre et le magazine, composée de papiers de personnalités telles que Jean-Pierre Chevènement, Didier Raoult, Philippe de Villiers, Alain de Benoist ou encore Robert Menard, le maire de Béziers. 

En ce qui concerne la ligne éditoriale : l’idée est, selon Michel Onfray, de, je cite, “contribuer au débat d’idées qui n’existe plus depuis des années” : d’une part, il veut fédérer “les souverainistes de droite, de gauche et, surtout, d’ailleurs – à savoir ceux qui ne se reconnaissent pas dans le jeu politique bipolarisé, donc manichéen”, et d’autre part, il veut réhabiliter les notions de “peuple”, de “nation” ou de “souverainisme”, comme des “prétextes à débattre” et non plus comme des “insultes”. Le tout pour faire entendre une “voix alternative” à la “pensée dominante”. 

Ce type d’initiative n’est pas nouveau : fédérer la gauche et la droite et réhabiliter la constellation conceptuelle du populisme pour faire entendre une autre voix, quoi de neuf là-dedans ? Je me pose vraiment la question : d’où vient cette idée qu’il y aurait là, dans cette notion de “voix alternative”, quelque chose d’inédit, de jamais vu, et donc, de quoi renouveler le débat ? 

Quoi de neuf ? 

En effet… : quoi de neuf dans le projet d’abattre les dualités et le manichéisme, quoi de neuf dans cette volonté de faire entendre une voix qu’on entend pourtant depuis des années et qui n’a donc plus rien de l’alternative, quoi de neuf à vouloir, encore une fois, parler de peuple ou de nation, à vouloir les décharger de leur marque historique et de leur usage politique, et quoi de neuf, enfin, à vouloir en finir avec la pensée dominante quand on se fait déjà entendre dans le débat public avec ses livres et ses articles ? 

Au fond, je me demande même pourquoi je suis étonnée de cette initiative si peu nouvelle qui se présente toutefois comme telle. Cependant, il y a quand même une contradiction dans les termes eux-mêmes qui m’interpelle : le paradoxe que pour faire entendre une voix autre que la pensée dominante, il s’agirait pourtant de reprendre ses mêmes mécanismes… Et je me demande : comment à la fois critiquer la pensée dominante et vouloir tout autant dominer ? Et comment vouloir dépasser les manichéismes en jouant pourtant le rôle assez banal d’opposant, qui dit “noir” quand on dit “blanc” ? 

Au-delà de la non-nouveauté de cette posture qui pousse à se demander si tout renouvellement du débat n’est pas voué à l’échec, voilà ma question : comment Michel Onfray, un philosophe à qui on a sûrement appris la vacuité d’une pensée qui pense par thèse et antithèse, par oui ou par non, peut-il se contenter de proposer une alternative quand l’idéal serait de proposer une 3ème voie ? 

Pour ou contre 

Au fond, je crois que l’initiative de Michel Onfray m’interpelle surtout par cet emploi d’alternative. Quand on y pense, qui se présente comme une alternative ? Qu’est-ce qu’une alternative ? Est-ce vraiment quelque chose de différent, autre chose, ou n’est-ce que l’opposition pure entre deux objets contraires ? L’alternative ne cesse d’osciller, dans ses usages, entre ces deux sens. 

Mais le problème résiste : comment débattre quand on pense être une alternative, quand on sait, de fait, que l’on est seulement contre ?
On sourit beaucoup de ceux qui ne veulent discuter qu’avec ceux avec lesquels ils sont d’accord, qu’avec eux-mêmes, mais que penser de ceux qui pensent débattre en étant seulement pas d’accord ? Et si l’idée de débattre devait se débarrasser de ces idées d’être d’accord ou pas, d’être pour ou contre ?
Et si ce n’était pas avec la pensée dominante qu’on devait en finir, mais avec cette idée faussée d’alternative ? 

Sons diffusés :

  • Michel Onfray lance la revue Front populaire, vidéo sur son site 
  • Emission Quotidien sur TMC, 18/05/2020
  • Chanson du capitaine Crochet dans le film animé Peter Pan de Walt Disney (Clyde Geronimi, Hamilton Luske, Wilfred Jackson)
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