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Illustration de Moby Dick

Moby Dick, « monstre » de la littérature ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Faulkner, Sartre, Huston, Blanchot, Ferrer, Deleuze…ont-ils prolongé ce classique dans tous les sens, au point d’en faire un monstre ?

Illustration de Moby Dick
Illustration de Moby Dick Crédits : Isaac Walton Taber - Getty

Conseil lecture : Moby Dick d'Herman Melville ! Fruit de ses expériences maritimes dans le Pacifique entre 1841 et 1844, écrit en 18 mois, publié en 1851, ce « monument », « ce chef d'œuvre », ce « monstre » de la littérature paraît dans une nouvelle édition chez Gallimard, dans la collection Quarto

On y retrouve la traduction de Philippe Jaworski (déjà disponible en Pléiade), mais enrichie ici d'une nouvelle préface, d'illustrations, d'un dossier critique, d'un glossaire nautique et des lectures des plus grands, Faulkner, Sartre, Deleuze, et j’ajoute : John Huston… 

A quoi se mesure un monstre littéraire ? Dans le cas de Moby Dick, vu son nombre de commentaires et d’adaptations, vu le nombre de penseurs, écrivains, chanteurs et réalisateurs qu’il a inspirés, on peut en effet se demander ce qui fait de ce texte un “monstre”. 

Est-ce vraiment le cachalot lui-même, à la blancheur inquiétante ? Est-ce que ce sont les personnages : la quête folle du capitaine, l'équipage-monde du Pequod, l'énigmatique narrateur Ismaël ? Ou est-ce la portée du récit Moby Dick : portée tantôt mystique de la chasse à la baleine, tantôt métaphysique, de la mer bleue, pleine mais silencieuse, ou très physique du périple cétologique ? 

Ou alors, ce qui fait de ce texte un monstre, est-ce que ce sont toutes ces lectures, tous ces commentaires, qui prolifèrent : on a entendu l'adaptation de John Huston avec Gregory Peck, on découvre tout l'amour d'un Sartre, d'un Blanchot ou d'un Deleuze, Deleuze qui évoque, dans un de ses cours, le « désespoir sans façon » de l'homme ordinaire sur un bateau... 

Ce n'est pas Gilles Deleuze (hélas je n'ai pas pu vous le faire entendre), mais Nino Ferrer qui exprime lui aussi du désespoir dans sa chanson « Moby Dick »... De la folie biblique à ce désespoir ordinaire, les interprétations de Moby Dick vont donc bon train. Et je ne vais pas en ajouter une en quelques minutes... 

Mais je vais quand même tenter une observation : cette monstruosité de Moby Dick et de ses lectures m'a frappée : à quoi tient-elle ? Qu'est-ce qui dans le texte permet de tels proliférations, étirements et excroissances ? On pourrait répondre en insistant sur les personnages et la portée du texte lui-même. Mais il y a aussi quelque chose dans Moby Dick qui relève de la texture même, et qui apparaît dans tous ces passages de descriptions de matière et de couleur...

La blancheur de Moby Dick et ce célèbre chapitre qui la consacre sont bien connus. On y entend toute l’importance d’un blanc implacable, d’un blanc qui fait taire toutes les multiples lectures. Face à toutes ces interprétations, qui font de Moby Dick un monstre de (la) littérature, prolongent le texte dans tous les sens, ce blanc indique plutôt la profondeur, celle des textures, l’importance de la matière, des sens, des couleurs, des sensations. En témoigne ce passage incroyable... 

Quand il n'y a pas de signification simple dans un texte, il reste ainsi les sens d'une texture. Qui ne l'étirent pas en longueur, mais en révèlent la profondeur, comme celle de Moby Dick

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