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"Jules et Jim" de François Truffaut, 1962
Épisode 3 :

Le polyamour

5 min
À retrouver dans l'émission

Dès que la température monte, le "polyamour", ou l'amour entre plusieurs partenaires consentants, réapparaît... Aujourd'hui, au-delà d'une imagerie, le polyamour prend désormais les atours d'un concept qui questionne les tensions de l'amour, pour le simplifier ou le complexifier...

"Jules et Jim" de François Truffaut, 1962
"Jules et Jim" de François Truffaut, 1962 Crédits : MK2 / Diaphana

De l’expérience au concept 

J'ai découvert le terme de « polyamour » il y a quelques années, au détour de plusieurs articles de presse. C’est d’ailleurs devenu un marronnier : dès que la température monte, que les langues se délient et que les corps se dénudent, le sujet du « polyamour », à savoir de l’amour entre plusieurs partenaires consentants, revient sur la table.
Je me suis donc penchée sur la question, et en faisant quelques recherches, je suis tombée à la fois sur la définition du « polyamour » comme concept, carrément, et sur des exemples de ce type : Jules et Jim, mais pensez aussi à Sartre et Beauvoir ou à Vicky Cristina Barcelona, le film de Woody Allen… 

Au-delà d’être un titre affriolant pour vendre du papier, le polyamour s’inscrit dans toute une imagerie qui prend désormais les atours du concept. Ça vaut ce que ça vaut, mais Wikipédia le présente ainsi comme un « concept », et même comme une « éthique, je cite, des relations amoureuses où les partenaires ont la faculté de pouvoir aimer plusieurs personnes en même temps et de manière assumée ». 

Alors certes Wikipédia précise qu’il s’agit ici d’une interprétation personnelle, entendez que la mention relève plus de l’opinion que de la recherche fiable. Mais il reste que les références sont frappantes : concept marxiste anti-bourgeois, redéfinition existentialiste de l’amour, contribution à l’éthique relationnelle, élément fondamental de l’anarchisme libertaire et du féministe, le polyamour se trouve au cœur d’un ensemble de courants de pensée. 

Et de fait, le polyamour théorise des questions vraiment intéressantes, que l’on s’est certainement toutes et tous posé : l’amour prend-il nécessairement la forme du couple ? Est-il forcément singulier ? Oblige-t-il à la fidélité et à la monogamie ? Est-il affaire de propriété et de jalousie ? Ou encore, comment être libre tout en étant attaché à quelqu’un ? Qu’est-ce qu’un amour pluriel sans être de l’échangisme, de l’infidélité ni de la polygamie ?  

Le polyamour ou l’art de démultiplier le problème de l’amour 

Au fond, le polyamour nous enjoint à questionner tout le cadre exclusif, institutionnel, juridique et rationnel de l’amour en couple pour y opposer, ou du moins, y adjoindre une forme plus spontanée, plus naturelle… mais est-ce si sûr ? Responsabilité, souci de l’autre, attention forcenée à soi et ses sentiments, ce qui est paradoxal avec le polyamour, c’est que tout en voulant suivre l’élan affectif de chacun et tout en s’opposant à l’aspect très rigide de l’institution du couple, il impose tout autant un carcan réflexif, moral et égocentrique. 

Obligation à la transparence et à la mise à nu de ses intentions, partage d’une culpabilité, mise en place de règles dans l’espace d’une intimité qui pourrait ne pas en avoir, sans parler de l’organisation serrée de son emploi du temps… Chaque élan de son partenaire ou de son cœur devrait être lisible et immédiatement énoncé, partagé, pris en charge et géré. 

Mais pourquoi ça ? Le polyamour s’ancre au fond dans un double présupposé sur l’amour : celui-ci se définirait essentiellement comme des élans à satisfaire et ces élans seraient lisibles, univoques, clairs. Mais est-ce toujours le cas ? Est-on toujours lucide sur ses sentiments, leurs naissances, leurs vies et leurs disparitions, pour pouvoir les dire, les vivre et les satisfaire ? 

Les témoignages de polyamoureux le disent : en fait, même quand on dit les choses, tout reste compliqué et les problèmes restent les mêmes, entre attachement et lien, jalousie et libéralité, etc. Mais quand on est plusieurs, ça n’est pas deux fois plus compliqué, ça risque d’être encore plus compliqué, mais au moins le problème de l’amour, ainsi démultiplié, est sûrement mieux posé… 

Sons diffusés :

  • Bande-annonce de Jules et Jim de François Truffaut, 1962
  • Extrait de la chaîne Youtube, La carologie
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