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Jean Gabin en 1969 à Paris

PASSION CONSERVATION

6 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi le conservatisme est-il philosophiquement si fascinant ?

Jean Gabin en 1969 à Paris
Jean Gabin en 1969 à Paris Crédits : Photo by Keystone-France/Gamma-Rapho - Getty

Il y a quelques semaines, je vous parlais d'un ouvrage de Juliette Grange sur les néoconservateurs, paru aux éditions Pocket. C'est à peu près au même moment qu'est sorti ce Dictionnaire, tout à fait passionnant, du conservatisme, aux éditions du Cerf, sous la direction de Frédéric Rouvillois, Olivier Dard et Christophe Boutin. De là, une question : qu'est-ce que les philosophes ont donc avec le conservatisme ? Auraient-ils une passion pour la conservation ? 

On pourrait poser exactement la même question à l'égard du progressisme... qu'ont les philosophes à l'égard de tout mouvement de pensée qui s'ancre dans un contexte politique mais prend une forme tout à la fois sociale et esthétique ? 

Voilà, c'est plutôt cela ma question, appliquée ici au conservatisme : d'où vient cette fascination, au-delà de la dimension critique et réflexive, pour une pensée qui, quoiqu'elle soit conservatrice, prend une forme plastique, traverse les époques et se transforme, imprègne plus que les esprits, les manières de vivre ? 

Qu'il s'agisse de l'essai de Juliette Grange, essai très critique qui détecte les manœuvres des néoconservateurs, ou ce Dictionnaire du conservatisme, tout mouvement de pensée, et donc, le conservatisme s'incarne dans des personnages. Sarah Palin, égérie du Tea Party, en est une. Elle incarne un renouveau de ce mouvement, plus visible, plus décomplexé, et même une mode de ce mouvement, venue d'outre-Atlantique. 

Mais, comme l'indiquent d'entrée les trois auteurs de ce Dictionnaire, plus qu'une mode qui sévit en Europe et en France (en témoignent les ventes d'auteurs qui s'en réclament, Eric Zemmour, Philippe de Villiers ou Patrick Buisson), il s'agit de voir en quoi consiste ce mode de pensée. De gauche et de droite, anti-révolutionnaire mais pas tout le temps contre le progrès, à la fois contre la démocratie mais pour la république, un jour anti-libéral, l'autre libéral... 

Entre ces oscillations sémantiques et le flux de l'histoire, comment définir le conservatisme ? Est-il comme le temps chez Saint-Augustin : on sait, par intuition ce que c'est, mais on ne saurait le définir ? Face à la plasticité du terme, autant prendre le parti de l'exemple et de l'entrée-clé, comme le fait ce Dictionnaire...

Un 1er exemple (et une entrée de ce Dictionnaire) est celui du « cinéma » : Clint Eastwood, Jean Gabin, ou encore Claude Chabrol, avec ici, son film de 1960, « Les bonnes femmes », ou « le pamphlet radical contre le dérèglement nihiliste de toute une société »... quoi de mieux pour saisir un mouvement de pensée, comme le conservatisme, que de le faire par une image en mouvement ? Et pourtant, le paradoxe est là : au service d'une pensée de l'ordre, un moyen qui joue le mouvement. Que restaurent alors ces images ? Que prône un tel cinéma ? Là encore, le conservatisme éclate-t-il par des figures, des personnages, originaux et décomplexés, qui maintiennent l'ordre tout en le renouvelant ? 

Il faut lire cette entrée géniale de Ludovic Maubreuil sur le cinéma : car on y voit que c'est souvent le cinéma conservateur qui est le plus souvent avant-gardiste, quand les défenseurs du progrès s'enlisent dans des poncifs bien-pensants et des mises en scène sans saveur... 

2ème exemple, et personnage haut en couleurs s'il en est : Philippe Muray que l'on entend ici, en 1999, au micro de François Angelier, et auquel une entrée est entièrement consacrée. A l'égalisation du progressisme, au nivellement de la démocratie et à la masse festive, s'oppose donc un Philippe Muray, l'oeil et la méthode d'un Philippe Muray. 

Et c'est peut-être cela le conservatisme, plus qu'une mode de pensée, comme on le disait : un mode de pensée, une méthode de pensée, qui s'oppose au tout et à ses préjugés, scrute les tendances trop massives, pose un regard soupçonneux sur les consensus. D'« Abstraction » à « Zouaves pontificaux », de « Balzac » à « Tocqueville », ne soyons pas conservateurs à l'égard du conservatisme : posons sur lui le même regard critique qu'il pose sur le reste. 

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