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Couverture de la bd Petit Paul de Bastien Vivès. Publiée aux éditions Glénat, Collection Porn'Pop

Petit Paul, où es-tu ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Gibert et Cultura ont décidé de retirer de leurs magasins nouvelle la bande dessinée de Bastien Vivès, « Petit Paul », jugée pédopornographique.

Couverture de la bd Petit Paul de Bastien Vivès. Publiée aux éditions Glénat, Collection Porn'Pop
Couverture de la bd Petit Paul de Bastien Vivès. Publiée aux éditions Glénat, Collection Porn'Pop

Grand Petit Paul

Aujourd’hui, alors que nous recevons dans Les Chemins de la philosophie l’immense et inénarrable Denis Ramond qui vient de nous parler de la question de l’interdiction de la pornographie, j’aimerais évoquer une récente polémique qui, je ne vous le cache pas, m’a fait dresser les cheveux sur la tête. Vous connaissez peut-être Bastien Vivès, je l’espère en tout cas, le jeune et extraordinairement talentueux dessinateur de bande dessiné.

Sa dernière BD, paru aux éditions Glénat dans la collection Porn’Pop, raconte la vie d’un petit garçon qui porte le doux nom de Petit Paul. Petit Paul vit à la campagne avec son père et sa sœur Magalie. L’histoire pourrait être banale, sauf que Petit Paul est né avec une malformation pour le moins étonnante, un sexe immense difficile à dissimuler et qui déclenche dans son entourage, surtout parmi les femmes, les plus violents pulsions, alors même que Petit Paul n’est pas vraiment encore en âge de penser à la chose. Où qu’il soit, à la ferme, en classe ou chez ses amis, le pauvre petit garçon est sans cesse confronté à des scènes absurdes et embarrassantes. D’un trait de crayon virtuose, Bastien Vivès rompt le voile et donne à voir de manière tout à fait réjouissante les fantasmes inavoués qui nous agitent parfois. 

Pétition et rideau

L’ouvrage devrait faire un tabac. L’éditeur a d’ailleurs d’emblée pris toutes les dispositions nécessaires pour éviter un psychodrame. La bande dessinée est vendue sous plastique avec un autocollant disant : « Ouvrage à caractère pornographique. Mise à disposition des mineurs interdite. »
Mais apparemment même ce genre de précautions sont de nos jours insuffisantes.
Dans une pétition sur internet signée par 2500 personnes, un certain « D. Greene » s’insurge de la publication d’un tel livre. Invoquant le code pénal, il accuse la bande dessinée d’être pédopornographique et de constituer une apologie de l’abus de l’enfant. Réaction immédiate chez Gibert et Cultura qui décident, dans un grand élan de courage, de retirer la bande dessinée de leurs magasins. La décision est plus que regrettable, mais elle soulève un certain nombre de questions intéressantes sur la liberté artistique, l’exception dont devraient bénéficier les fictions, surtout lorsqu’il s’agit de dessin ou de peinture ou encore les limites qu’une société s’impose en matière de représentations pornographiques. 

Puritains et maîtres censeurs

Sans pouvoir trancher toutes ces questions d’un coup, on peut néanmoins constater une recrudescence de l’esprit puritain un peu partout dans le monde occidental, aux Etats-Unis, patrie du puritanisme, mais aussi en Europe qui, sans doute par mimétisme, connaît de plus en plus de polémiques liées à des censures intempestives d’œuvres longtemps protégées.
Je pense là à L’Origine du monde de Gustave Courbet, retirée de Facebook sans autre forme de procès, ou encore aux magnifiques nus d’Egon Schiele censurés en Allemagne et en Angleterre.
Mais revenons à notre sujet et parlons un peu de pédopornographie et de pédophilie en général. Laissez-moi d’abord vous rappeler cet épisode qui a fait couler beaucoup d’encre. En 1982, dans l’émission Apostrophes animée par Bernard Pivot, Daniel Cohn-Bendit se retrouve face à l’écrivain et journaliste Paul Guth et lui tient des propos pour le moins étonnants…  

Sexualité des enfants : totem et tabou

En 2001, alors que l’extrait avait été rediffusé entraînant pour la première fois une polémique, Bernard Pivot avait rappelé au Journal du Dimanche qu’à l’époque de la diffusion de l’émission, en 1982, Daniel Cohn-Bendit n'avait été interpellé là-dessus par aucun des invités présents. Ni par un homme d'ordre, le préfet Maurice Grimaud, ni par un catholique traditionaliste, Michel de Saint-Pierre, ni par le philosophe François Châtelet. Ni par lui non plus. Il n’y avait d’ailleurs eu aucune protestation dans la presse. Mais alors que s’est-il passé entre 1980 et 2000 ? Entendons-nous bien. Il était nécessaire que la pédophilie soit reconnue pour ce qu’elle est, c’est-à-dire un crime et que la pédopornographie qui fait florès sur internet soit condamnée dans toutes ses formes. Mais cela veut-il pour autant dire que la sexualité de l’enfant doit être niée par principe, renvoyée dans les limbes de l’histoire, accusée d’être le seul fait d’adultes malveillants ? Rien ne semble moins vrai et il me paraît, pour ma part, dangereux de refuser d’aborder le sujet, même s’il est évidemment délicat. La découverte de l’éros se fait dès la petite enfance, souvent de manière douloureuse d’ailleurs car elle renferme des réalités et des fantasmes inavouables, mais souvent aussi de manière cocasse, drôle et absurde. Refuser d’aborder le sujet, c’est refuser de comprendre l’épaisseur de l’enfance et du rapport que les enfants entretiennent au désir. Refuser d’aborder le sujet, c’est aussi laisser entendre que désir et culpabilité vont toujours de pair. Mais je le répète, le sujet est délicat. Pour en parler il faut du talent. Et bien Bastien Vivès n’en manque pas. Alors courez acheter sa bande dessinée Petit Paul parue aux éditions Glénat. 

Bibliographie

Petit PaulBastien VivèsGlénat Porn'pop, 2018

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