LE DIRECT
Petite métaphysique du dimanche soir

Petite métaphysique du dimanche soir

5 min
À retrouver dans l'émission

Vacances ou pas, confinement ou pas, télétravail ou pas, jour férié ou pas… bizarrement, un dimanche soir reste un dimanche soir. Comme une fin de partie, nostalgique, lente et pesante. Pourquoi un dimanche soir reste-t-il, quoiqu’il se passe, un dimanche soir ?

Petite métaphysique du dimanche soir
Petite métaphysique du dimanche soir Crédits : George Peters - Getty

Chaque dimanche, c’est la même chose. Dès la fin du goûter, on sent que c’est déjà la fin...

Entre le samedi et le lundi

C’est la fin du week-end, du repos, de la fête, des jours sans heures ni lendemain, et qu’une autre et énième semaine va faire son apparition. On anticipe déjà celle-ci : les rendez-vous, les retards, les dossiers à rendre, les mille et une choses à faire et qui vont nous agacer. Un sentiment vague et sombre nous envahit… avant même que la journée ne soit finie et que le lendemain n’ait débuté. 

Ce sentiment, je pense pouvoir affirmer, on l’a tous et toutes plus ou moins ressenti. Certains parlent de blues, d’autres de fatigue ou de peur. On tente, chacun à sa manière, d’en trouver la raison : angoisse de l’enfance, séparation des parents ou du foyer, devoirs à finir, stress du travail ou des examens, lundi “bleu” généralisé, fin de la fête, fonctionnement chimique du cerveau…
Mais, au fond, peu importe, ce malaise dominical résiste. Et il résiste d’autant plus qu’il ne connaît, pour sa part, pas la crise. 

J’ai pu en faire l’expérience ces dernières semaines, où malgré une sédentarité incontestable et une perte de repères temporels manifeste, venu le dimanche après-midi et les heures passant jusqu’au moment du coucher, j’ai ressenti ce même inconfort. Comme si ce jour se rappelait à moi, à mon âme et à mon corps, quoiqu’il se passe et quoi que je fasse. Alors pourquoi ? Pourquoi, au-delà des raisons psychologiques, chimiques et politiques, ce jour-là, ce jour de repos, où il ne se passe pourtant rien, qui n’a en lui-même pourtant rien de remarquable, nous marque-t-il autant ? 

Du matin au soir 

Ce qui est d’autant plus frappant avec les dimanches, c’est qu’ils commencent tous pourtant très bien. Le dimanche matin, c’est toujours doux, souriant. Alors, pourquoi deviennent-ils si durs et si tristes ? Comment se transforment-ils en malaise au fil des heures ? Leur inconfort grandissant, leur morosité, sont-ils inversement proportionnel à leur sérénité et à leur couleur matinale ?

Au fond, la question est là : que se passe-t-il entre le matin et le soir ? Que perdent ces dimanches pour ressentir, au final, un tel vide ? Car, quand on y pense, un dimanche n’est fait de rien, c’est la journée du repos, de la détente, c’est du temps libre, sans horaires ni obligations, c’est le jour des gueules de bois, du poulet rôti, des gâteaux et des promenades… c’est un jour inconsistant, entre-deux, sans évènement : l’évènement du dimanche est d’être sans évènement. 

Alors de quoi peuvent-ils bien se vider ces dimanches s’ils sont déjà faits de vide ?
Le paradoxe est là : cette sensation de vide qui apparaît non pas face au vide, à l’absence d’évènement, à l’inconsistance du dimanche, mais à l’approche de sa disparition.
Et si, donc, cette morosité du dimanche soir, presque innommable, indicible, semblait apparaître non pas à cause du vide… mais, au contraire, au moment où ce vide commençait à disparaître ? 

Bonheur ou malheur du vide 

Tout le problème est donc là : on croyait que le malaise du dimanche soir tenait à son inconsistance, à cet entre-deux, entre les loisirs du samedi et les obligations du lundi, mais c’est peut-être cette indétermination qui, finalement, nous rendait heureux au matin. 

Alors, comment la préserver ? Comment préserver cette sensation d’absence d’évènement, de liberté, de disponibilité au-delà des heures, comment en garder la couleur sans la morosité ? Mais le faut-il d’ailleurs ? 

Peut-être pas, car le signe de ce malaise a quelque chose de métaphysique : il nous rappelle le vertige du non-évènement, l’éclat sombre de l’heure creuse, la profondeur du rien.
Un dimanche soir reste un dimanche soir, et le restera, même si on n’a aucune perspective, aucune obligation à venir… Car il y a précisément contenu dans ce moment inamovible une chose irréductible : le rappel hebdomadaire qu’on peut beaucoup, mais qu’on reste quand même peu de choses. 

Sons diffusés :

  • Archive Ina 1979
  • Chanson de Nico et The velvet underground, Sunday morning
  • Chanson de Charles Aznavour, Je hais les dimanches
Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......