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Laïka à bord du Sputnik II (13/11/1957)

Philosopher avec les chiens

6 min
À retrouver dans l'émission

Trois livres et un colloque international : pourquoi cette mode des chiens en philosophie ?

Laïka à bord du Sputnik II (13/11/1957)
Laïka à bord du Sputnik II (13/11/1957) Crédits : TASS - AFP

Une drôle de mode en ce moment en philosophie, et plus largement dans les sciences humaines : la mode des chiens. Pas celle qui consiste à étudier les cyniques, ni celle qui consiste à parler des animaux et à prendre les chiens comme un exemple parmi d’autres, ni celle qui consisterait à amener son chien en cours. Non, une mode qui consiste à prendre pour objet d’étude les chiens. Pourquoi cette mode ? 

Certes, vendredi 16 février, le nouvel an chinois fêtait le passage à l’année du chien… mais cela suffit-il à expliquer que le chien sera au programme d’un colloque international les 14 et 15 juin prochain à Braga au Portugal, intitulé « Chiens et imaginaire. Littérature, cinéma, bande dessinée », et que trois livres portent récemment sur le sujet, deux déjà parus : l’ouvrage collectif, La science (humaine) des chiens ; et, Hurler avec les chiens de Xavière Gauthier. Et le 3ème à paraître : Chiens de Mark Alizart. 

Alors, pourquoi ? Pourquoi un tel attachement au chien en sciences humaines ? D’autant que ce n’était pas gagné… 

« L’aboiement, ou la honte du règne animal »… Vous l’avez reconnu, c’était bien sûr Gilles Deleuze, dans son Abécédaire, à la lettre A comme Animal… Et ce dégoût de Deleuze nous permet d’envisager une 1ère réponse à la question (pourquoi cette mode des chiens ?) : celle de l’attachement (ou du détachement) affectif. 

Eh oui : ces projets canins s’enracinent dans un sentiment : Mark Alizart veut comprendre la joie des chiens, cette joie malgré leurs vies de chiens : où il fait un « temps de chien » et où on meurt « comme un chien » ; tout part, au contraire, d’une phobie pour Xavière Gauthier, dans son livre Hurler avec les chiens, la « cynophobie ». Et si l’on se penche sur d’autres penseurs qui parlent chien, c’est la même chose : par exemple, Schopenhauer et son amour pour son caniche Atma, ou la cyberféministe Donna Haraway qui ouvre son Manifeste des espèces de compagnie, en racontant comment elle embrasse à pleine bouche sa chienne, Madame Cayenne Pepper…

Plus qu’un attachement (ou rejet), la curiosité scientifique pour les chiens semble naître au plus profond de soi, les chiens touchent l’intimité ; et plus que la question animale qui relève tout aussi bien de l’éthique, du droit ou de l’altérité, les chiens semblent ici révéler, s’identifier, se confondre même avec quelque chose d’humain… 

Après Gilles Deleuze : Alain Chabat et son film Didier, où vous vous rappelez, Didier, un chien prenait le visage et le corps d’un homme, tout en restant un chien et tout étant traité, au moins au début, comme un chien. 

Soit l’illustration parfaite de la relation et la fusion humains / canidés, et de la manière dont l’un l’autre peuvent s’éclairer et se réfléchir. Car c’est aussi une question d’images, de signes et de symboles. Et c’est une 2ème réponse à « pourquoi cette mode des chiens ? » : ce que l’on fait dire aux chiens et ce qu’ils disent, révèlent, ainsi, de nous. 

Comme par exemple : Cerbère, le monstre à trois têtes de chien, pour dire une fascination morbide, La dame au petit chien de Tchekov ou Le chien des Baskerville de Doyle pour dénoncer les vices ou le trop-plein de moral de la bourgeoisie, Chien Blanc de Gary pour évoquer la violence et le racisme, Snoopy, Les 101 dalmatiens pour l’innocence… etc, etc. 

Et puis, il y a eu des vrais chiens, pas seulement des chiens de fictions, mais qui ont tout autant peuplé notre imaginaire : 

Laïka, c’est ma préférée. La plus aventurière, mais la plus inaccessible aussi. D’elle, on ne peut rien dire, car on ne sait pas la suite. Enfin, si, on sait qu’elle est morte 7h après le lancement de stress et de surchauffe. Plus qu’un signe des penchants, attachements, tendances humains… Plus qu’un symbole, Laïka, c’est l’héroïne tragique qui résiste à l’identification des hommes, celle qui oblige à trouver une place particulière aux animaux. Et c’est la 3ème réponse pour expliquer cette mode des chiens : ces animaux les plus proches, domestiqués, sont aussi ceux les plus résistants aux hommes, et c’est ce qui les rend fascinants. 

Evénement

Colloque international les 14 et 15 juin à Braga au Portugal : « Chiens et imaginaire. Littérature, cinéma, bande dessinée »   

Bibliographie

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Hurler avec les chiensXavière GauthierLes éditions de Paris-Max Chaleil, 2017

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