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Michel Foucault en 1977

Points névralgiques de la philosophie

5 min
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Le philosophe Yves Charles Zarka revient sur les grands concepts de quelques philosophes contemporains, notamment Michel Foucault, dans son dernier ouvrage "Points névralgiques de la philosophie".

Michel Foucault en 1977
Michel Foucault en 1977 Crédits : Francoise VIARD - Getty

Points névralgiques de la philosophie est paru aux éditions puf.

Point névralgique et point de crise

La définition que propose le philosophe est la suivante : un point névralgique en philosophie c’est une question ou une position particulière, locale, mais autour de laquelle une philosophie se joue dans sa totalité. Autrement dit, c’est un lieu de décision philosophique qui n’engage pas seulement la cohérence d’une pensée, mais aussi et surtout sa spécificité et sa teneur.
Toute œuvre philosophique comporte donc un ou plusieurs points névralgiques qui déterminent l’essentiel de la signification de cette œuvre.
C’est à la découverte de ces points névralgiques chez quelques philosophes contemporains savamment sélectionnés que s’attache Yves Charles Zarka dans son ouvrage.
Son but n’est pas de restituer leurs pensées, d’en montrer la filiation, les origines ou la portée. Non, ce qui intéresse Zarka, ce sont les points de crise où une pensée se joue elle-même à travers une décision qui va engager sa teneur, c’est la mise en place d’un concept inédit, d’une orientation nouvelle, de l’ouverture au pensable de ce qui n’a jamais été pensé auparavant.

Michel Foucault et le sujet

Le premier philosophe disséqué par Zarka, c’est Michel Foucault, qui a profondément modifié la problématique politique dans la deuxième partie du XXème siècle, concernant particulièrement la nature et l’exercice du pouvoir, qu’il soit institutionnel, social ou politique.
Pour Zarka, un des points névralgiques essentiel de la philosophie de Foucault, c’est la question du sujet et le tournant éthique opéré par le philosophe au début des années 1980, tournant éthique qui l’oblige à donner une place centrale au sujet se constituant lui-même, c’est-à-dire un sujet qui n’est ni remis en cause comme dans les années 1960, ni pensé comme assujetti au pouvoir comme dans les années 1970.
Autre point névralgique dans la philosophie de Foucault, son utilisation de la parrèsia, le dire vrai, le parler franc. Zarka raconte que le dernier Foucault, celui des années 1980, est un moraliste dont l’objet principal concerne les pratiques de soi, les exercices sur soi, l’accès à la vérité et à maîtrise de soi. C’est dans ce contexte de redécouverte de ce que les Grecs appelaient l’epimeleia hautou, le souci de soi, et de son corolaire le gnôti seauton, le connais-toi toi-même, que Foucault revient à la conception grecque de la parrèsia pour expliquer que, bien avant la figure chrétienne du confesseur, et contemporaine du psychanalyste, les Grecs avaient conçu qu’un sujet ne pouvait dire la vérité sur soi que dans le rapport à un autre qui écoute et l’enjoint à parler.

Après Foucault, Derrida et Deleuze

Après Michel Foucault, évidemment Jacques Derrida.
Pour Zarka, deux points, particulièrement, sont une invitation à dépasser les limites du pensable : d’une part le concept de « pardon de l’impardonnable », qui va au-delà de toute condition et qui fait un saut métaphysique en sortant du cadre de l’éthique judéo-chrétienne du pardon ; d’autre part le concept d’« hospitalité inconditionnelle », qui là encore, entend défier tous les modèles et dépasser toutes les limites, notamment celles posées par Kant. 

Après Jacques Derrida, Gilles Deleuze, évidemment et ses réflexions sur le rapport de la philosophie au territoire au travers des concepts, des points névralgiques, de déterritorialisation et de re-territorialisation.
Si la déterritorialisation, c’est l’arrachement critique de la philosophie à son époque qui explique que toute proposition philosophique peut nous concerner au-delà de l’époque à laquelle elle a été formée, la re-territorialisation, quant à elle, correspond au mouvement inverse, à la rencontre de la philosophie avec un territoire, un endroit, un concept. 

Et puis les autres !

La dissection continue. Chez Lyotard, Zarka isole le concept de postmodernité que le philosophe n’a pas inventé, mais qu’il a popularisé dans son ouvrage La Condition postmoderne.
Chez Lacan, le point névralgique, selon Zarka, c’est l’usage de la pensée psychanalytique dans le champ de la philosophie politique, usage dont Zarka dit qu’il serait salutaire.
Chez Bourdieu, Zarka retient le concept de « monopole de la violence symbolique légitime » accordé à l’État moderne, qui révèle le caractère encore totalement religieux de nos représentations politiques contemporaines.
Chez Jean-Paul Sartre, c’est la question de l’humanisme qui constitue un point névralgique, tandis que chez Lévinas, c’est l’humanisme hétéronome, un humanisme formé à partir de lectures bibliques et talmudiques.
Chez Paul Ricoeur, c’est aussi la question du sujet qui s’impose comme une pierre angulaire de l’édifice philosophique : l’accès à soi, la vérité de soi est toujours différé, jamais atteint. C’est ce que Ricoeur appelle l’« interminable odyssée de soi à soi ».
Chez René Girard, c’est naturellement sur le concept de « désir mimétique » que Zarka porte son attention. Bref, vous l’aurez compris, le livre d’Yves Charles Zarka, Points névralgiques de la philosophie, paru aux Presses universitaires de France est un précis de philosophie original et entraînant. Je ne peux qu’en recommander la lecture ! 

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