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Désert du Taklamakan

Pour une philosophie de la traversée du désert

4 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi la traversée du désert de Manuel Valls suscite-t-elle tant de curiosité ?

Désert du Taklamakan
Désert du Taklamakan Crédits : 6-A04-W96-K38-S41-V38

J’ai voulu m’arrêter aujourd’hui, et pour cette rentrée, sur un mot que l’on a beaucoup entendu : le mot d’« impopularité ». Alors, il est bien sûr question de celle d’Emmanuel Macron, mais vous avez aussi peut-être vu passer, ou entendu parler, de celle d’un autre homme politique, moins chanceux à la présidentielle :

Manuel Valls, oui, c’est bien lui, l’autre homme politique impopulaire du moment ! Manuel Valls qui dit très bien « ce goût du sang », qui incarne parfaitement la curiosité que suscite l’impopularité, l’appétit qu’on a de voir quelqu’un chuter…

Il est d’ailleurs fort de constater cette popularité de l’impopularité, toute cette foule pressée pour observer et commenter une traversée du désert…

Au point que l’on pourrait même tenter, à partir de ces paradoxes, une petite philosophie du désert : car l’absence que ce territoire évoque, ne se reflète pas du tout dans son omniprésence médiatique… l’occasion, donc, de se demander : de quoi le désert est-il le lieu alors même qu’il semble être le vide par excellence ?

A écouter Manuel Valls, le désert semble être le lieu de l’occupation : quand on est en retrait, on s’occupe. On lit, on discute, on réfléchit. En fait, c’est là où l’on donne forme à de l’informe.

Nietzsche ne s’y était d’ailleurs pas trompé en faisant du désert, dans Ainsi parlait Zarathoustra, le lieu de l’épreuve, de la métamorphose possible, ou Deleuze, dans Mille Plateaux, quand il en faisait l’espace lisse, sans frontières, du nomade…

Ou encore : Jankélévitch !, qui, dans L’aventure, l’ennui, le sérieux, nous amène à imaginer le désert comme l’aventure justement, celle où on se livre à l’inconnu, sans savoir ce que l’avenir nous réserve…

Or, Manuel Valls choisit bien cette voie optimiste de l’aventure, neuve, pleine de rebondissements, tournée vers l’avenir. Mais il y a pourtant encore une autre manière de penser ce désert où l’on doit s’occuper, où l’on doit se divertir et divertir sa propre impuissance, c’est l’ennui. Dont parle aussi Jankélévitch.

Et c’est bien pour cette raison que tous les regards sont tournés vers ces traversées du désert : par goût du sang, oui, par curiosité pour la suite, certes. Mais aussi et tout simplement, pour contempler cet ennui et tromper le sien, pour regarder l’individu qui s’absente et son esprit inoccupé, comme le dit Jankélévitch, et occuper le sien… Comme si regarder un écran vide ou une page blanche nous aveuglait sur notre propre traversée du désert.

A LIRE : Jankélévitch, L’aventure, l’ennui, le sérieux (Champs Flammarion) au programme des élèves de classes préparatoires scientifiques.

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