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Pour une philosophie du cheveu

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Socrate disait que poser un concept du cheveu était absurde. Est-ce vraiment le cas ?

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. Crédits : Getty

Un sujet inattendu, aujourd’hui… j’aimerais vous parler de cheveux. Pas pour n’importe quelle raison : mais parce que l’exposition « Cheveux chéris, frivolités et trophées », présentée au Musée du quai Branly en 2012-2013, s’exporte en ce moment dans le Finistère… Tout part donc pour moi de la nouvelle édition de cette exposition, mais surtout d’une question : en philosophie, on en dit quoi du cheveu ? 

Je dois dire : pas grand-chose… Deux choses : soit je suis passée à côté d’un ensemble de références, et là, je fais appel à vous, auditrices et auditeurs, peut-être avez-vous en tête des philosophes parlant cheveux ; soit il y a vraiment peu de choses et la plupart des penseurs ont suivi la thèse de Socrate dans le Parménide : à savoir, poser une Idée, un concept du cheveu, ce serait « absurde »…

« Cheveux dans le vent », « cheveux avec des fleurs », ou « cheveux en mèches »… 

Le cheveu si peu présent dans l’histoire philosophique n’a pas été boudé par la chanson. Et il faut ajouter : ni par le cinéma ni par la littérature : le salon de coiffure, ses habitués et ses professionnels, sont des lieux et figures privilégiés du récit, tout comme l’inventivité et l’imaginaire qui peut se déployer à travers une chevelure… On citera, dans le désordre, Baudelaire, The Barber Shop, Hair ou les coiffures de Marie-Antoinette dans le film de Sofia Coppola…

Faut-il alors s’en tenir à ses représentations de cheveux et renoncer à se faire une idée du cheveu, comme Socrate ? OU faut-il faire l’hypothèse que, parce qu’il y a autant d’images du cheveu, c’est l’occasion de se demander ce qui unit toutes ces représentations et dans quel sens ? « Absurde », comme dirait Socrate, mais présent, pourquoi donc le cheveu ? De quoi est-il le signe ? 

Le cheveu a-t-il une couleur politique ?

Autre exemple cinématographique du cheveu : La coupe à dix francs de Philippe Condroyer de 1974. Les cheveux n’y sont pas seulement cosmétiques, un ornement, une parure, une représentation, mais au contraire ils sont une présence à part entière. Ils incarnent, par leur longueur, une idéologie, un âge, une époque, l’état d’esprit d’un individu, sa place sociale, son rapport au corps, à la séduction... 

Le cheveu n’est pas seulement multiple, il dit à lui seul, beaucoup. Et on peut penser à tout ce que l’on peut lui faire dire en l’analysant : repérer les substances prises (dopants, stupéfiants) ou les carences, ou déterminer une filiation ; ou même en le supprimant : marquer une faute, traiter une maladie. 

Le cheveu est ainsi toujours un signe. Même quand il manque, il dit encore quelque chose. Et même encore quand il dure, indépendamment, séparé de son « propriétaire », il dit quelque chose. Le paradoxe du cheveu, c’est donc celui-ci : sa présence, même absente, même absurde, est continue, résistante, persistante. 

Une mèche pas si accessoire

Cet extrait de La haine et d’une coiffure ratée révèle tout l’enjeu philosophique du cheveu : c’est l’absurde le plus nécessaire du corps qui en émane mais lui survit. En témoignent : 

-cette exposition Cheveux chéris (dont part toute cette réflexion) dont l’idée défendue est celle d’une chevelure-trophée, soit ce qui reste d’un individu même après sa mort. 

-Parménide qui finit par dire à ce Socrate trop jeune qu’un jour il n’aura plus de mépris pour cette chose bien réelle, du monde sensible, mais plus que ça.  

Et enfin, le philosophe François Dagognet qui, dans Corps réfléchis, voient dans ces scories des vestiges riches, permettant de connaître l’univers, non pas des « moins-êtres » mais des « plus-êtres ». 

    A visiter: l'exposition "Cheveux chéris, frivolités et trophées" à l’Abbaye de Daoulas dans le Finistère, qui a débuté le 15 juin et qui dure jusqu’au 6 janvier 2019.

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