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Benoît Hamon lance son mouvement du 1er juillet

Pour une philosophie du nom

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À retrouver dans l'émission

« Mouvement du 1er juillet », « Les constructifs », « En marche »… de quoi le nom est-il le nom ?

Benoît Hamon lance son mouvement du 1er juillet
Benoît Hamon lance son mouvement du 1er juillet Crédits : JACQUES DEMARTHON - AFP

Vous connaissez cette fameuse formulation que l’on entend partout : de quoi tel événement, telle chose, tel phénomène, est-il le nom ? On peut se poser la question à propos du nom : de quoi les noms sont-ils donc le nom ? Car peut-être l’avez-vous remarqué : la politique ces derniers temps est beaucoup traversée par des enjeux de noms…

Thierry Solère qui annonce la création du groupe « Les constructifs », Valérie Pécresse et son mouvement « Libres », ou encore Guillaume Peltier et le sien, nommé pour sa part, « Populaires » : voici les trois nouveaux venus dans le monde des mouvements politiques.

Et entre les « constructifs », les « libres » et les « populaires », on a bien senti que le choix du nom n’était pas anodin, qu’il s’accompagnait dans les trois cas d’une réflexion, d’une définition, d’une présentation… comme si le nom signifiait plus que lui-même, comme s’il devait renvoyer, dès qu’on l’entend, à la nature de ce qu’il désigne…

C’est bien la question du « nom » en philosophie : le nom dit-il quelque chose de l’identité de la chose qu’il désigne, qu’il nomme justement ?

Il existe aussi une démarche inverse à celle des Républicains : celle de Benoît Hamon. Au moment où il annonce, lui aussi, qu’il lance son mouvement (c’était en mai dernier), il n’a pour sa part aucun nom à lui donner, mais, déjà une idée de ce que sera ce mouvement…

Maintenant, on le sait, il l’a tout simplement appelé « Mouvement du 1er juillet », comme si à l’inverse des Républicains, le nom ne disait vraiment rien de son mouvement, de la nature de son mouvement (ni populaire, ni libre, ni constructif, ou alors tout à la fois).

Et pourquoi pas d’ailleurs : pourquoi le nom devrait-il en fait dire quelque chose de ce qu’il désigne, de l’identité ? Un nom n’est-il pas seulement un nom, un signe qui ne devrait renvoyer qu’à lui-même ? Position cruciale tenue dès le XIème siècle par les nominalistes : et si les noms se suffisaient à eux-mêmes ?

A écouter tous ces hommes politiques, et le 1er à avoir lancé cette mode des mouvements, Emmanuel Macron, avec son mot « en marche » qui signifie le changement, les fluctuations, le mouvement justement, on est donc bien obligé de questionner ces noms, le nom : ne sont-ils que des étiquettes sans réalité fixe ? Et surtout : est-ce si grave ?

Plus récemment que les nominalistes, le philosophe Vincent Descombes, dans Les embarras de l’identité, soulignait cette logique du nom propre : ne pas décrire l’identité d’une chose ou d’une personne, mais seulement l’identifier. Nommer un mouvement politique pour l’identifier, certes, mais de là, à en dire quelque chose, à dire ce qu’il est, et surtout, ce qu’il fera, il y a un monde.

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