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Prenez place sur le divan

Prenez place sur le divan

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Mais que peut-il bien se passer dans la tête d’un psychanalyste ?

Prenez place sur le divan
Prenez place sur le divan Crédits : Crédits : Maskot - Getty

La psychanalyse sous le feu des critiques

Vous le savez, la psychanalyse fait l’objet, depuis quelques temps déjà, de critiques féroces.
On accuse l’appareil théorique en déconstruisant les pensées freudienne et lacanienne, on dénonce l’inefficacité des méthodes, on fustige les prises de position des psychanalystes sur les grandes questions de société, mariage gay, procréation médicalement assistée, autisme.
En réalité, la psychanalyse a toujours été un sujet très controversé. On en est ou on n’en est pas. On y croit ou on n’y croit pas. Vous vous souvenez peut-être de cette scène dans le film Paris de Cédric Klapisch où Fabrice Luchini se retrouve nez à nez avec un psychanalyste dans son bureau.

Se dire psychanalyste et croire éventuellement qu’on l’est

Ce côté un peu pathétique, tous ceux qui se sont retrouvés un jour pour la première fois dans le bureau d’un psychanalyste ont dû le ressentir. Qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter ? Et c’est qui, lui, d’ailleurs ? De quel pouvoir ou de quelle autorité est-il vraiment investi ? Et puis une fois que vous avez pris l’habitude, une autre série de questions afflue. Pourquoi il ne dit jamais rien ? Mais que se passe-t-il dans sa tête ? Il a dit ce truc, ça avait l’air vrai, mais c’est quand même très mystérieux.
C’est pour répondre à ces questions et à beaucoup d’autres que Michael Larivière publie ce mois-ci aux éditions Liber son livre Se dire psychanalyste et croire éventuellement qu’on l’est.
Sous forme de dialogue, Larivière livre un récit autobiographique pudique sur le sens de la psychanalyse non pas comme appareil théorique, mais comme thérapeutique, sur la place toujours usurpée et toujours incertaine, du psychanalyste dont la prière est simple : « Je vous en prie, venez, parlez-moi, et payez-moi. » C’est de cette prière un brin étrange que naît la relation entre le psychanalyste et le psychanalysant, relation dans laquelle Larivière, en tant que thérapeute, trouve satisfaction et réconfort.

Le psychanalyste psychanalysé

Au fil des pages, on comprend peu à peu l’intention de l’ouvrage qui s’impose comme une mise en abîme virtuose, un dialogue intérieur fracturé, une psychanalyse du psychanalyste.
Ce faisant, le psychanalysant auto-psychanalysé livre les secrets de la petite chambre au divan et des doutes profonds qui peuvent traverser un psychanalyste durant toute sa carrière. Dans des élans d’une très grande honnêteté, il évoque comment le fait de devenir psychanalyste peut souvent être une manière de résister soi-même à l’inconscient, de résister à l’analyse, comment le fait de se dire, à un moment, psychanalyste relève d’un éclat narcissique et comment le fait de devenir un bon psychanalyste revient à sortir de ce premier moment narcissique et faire le deuil de soi-même au profit du psychanalysant. Larivière confesse même que, souvent, le psychanalyste ne sait pas exactement ce qu’il fait, qu’il n’est pas sûr exactement de ce qu’il dit, qu’il tâtonne, qu’il essaye, qu’il invente.

La psychanalyse, un désir de littérature

Les plus belles pages sont sans nul doutes celles sur le désir du psychanalyste que Larivière décrit comme un désir de littérature. Le psychanalyste est celui qui prend au sérieux les choses les plus étranges et les plus intangibles, par le langage il s’aventure là où le langage ne peut aller, là où il s’arrête. La recherche du psychanalyste, qu’il partage d’ailleurs avec le psychanalysant, c’est la recherche de « ce qui parle à notre place », de ce que Michon appelle le Grand Maître, c’est-à-dire la mort.
Le psychanalyste n’est pas un bon samaritain, son cabinet n’est pas un bureau des pleurs, c’est un lieu de rencontre fondé sur le pari d’une confiance risquée. Au fil des questions et des réponses, nourries de magnifiques références philosophiques et littéraires, on découvre peu à peu Larivière lui- même, son parcours, ses doutes, ses peurs, ses fidélités et ses infidélités. Quant à la question de savoir s’il faut défendre à tout prix la psychanalyse, l’auteur répond, je cite : « la psychanalyse n’est faite que pour ceux qu’elle intéresse. Les autres vont ailleurs, et c’est très bien ainsi. » 

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