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Portrait du philosophe français Vladimir Jankélévitch le 24 avril 1983 à Paris

Présences de Jankélévitch

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À retrouver dans l'émission

Vladimir Jankélévitch connaît en ce début d’année une actualité brûlante… Par un heureux hasard, vous pouvez en effet découvrir plusieurs ouvrages du philosophe et une exposition à la Bibliothèque Nationale de France qui ouvre ses portes aujourd’hui : "Vladimir Jankélévitch, figures du philosophe".

Portrait du philosophe français Vladimir Jankélévitch le 24 avril 1983 à Paris
Portrait du philosophe français Vladimir Jankélévitch le 24 avril 1983 à Paris Crédits : Jean-Jacques BERNIER/Gamma-Rapho - Getty

Que voir et montrer d’une philosophie ? 

Jankélévitch interprétant un extrait de Trois morceaux en forme de poire d'Erik Satie en 1971, comme on vient de l’entendre, des manuscrits de son Traité des vertus ou de Nocturne, des photographies, des documents d’époque ou des enregistrements audio…
C’est ce que vous pourrez voir du philosophe si vous allez à la BnF pour l'exposition Vladimir Jankélévitch, figures du philosophe.
Des origines familiales et des années de formation à ses grands manuscrits, en passant par la Seconde Guerre Mondiale, l’enseignement et la musique, c’est toute une vie de l’esprit que vous pourrez donc apercevoir… Mais c’est aussi l’occasion pour nous de nous demander : au fond, que veut-on voir et apercevoir d’un philosophe ? Et que peut-on montrer, exposer d’une pensée ?
De la forme de l’écriture aux intonations d’une voix, des contours d’un visage à un engagement entier dans l’histoire, que racontent ces traces d’une philosophie ? Qu’apportent, autrement dit, ces documents, ces témoignages, au geste de Jankélévitch ? Comment éclairent-ils le geste profondément mystérieux de son esprit, de sa pensée, de sa philosophie ?

Le mystère de la pensée 

Fauré, Liszt, Ravel, mais aussi Debussy… Jankélévitch semble faire partie de ces hommes « rarissimes » qui aiment la musique pour elle-même. Dans son livre Debussy et le mystère de l’instant, qui paraît à nouveau aux éditions Plon, Jankélévitch distingue le secret du mystère.  
Le secret, c’est ce que l’on ne sait pas mais qui est cependant connu de quelques-uns, c’est ce qui fait la différence entre ceux qui ne le connaissent pas et les quelques initiés qui le connaissent… alors que le mystère, c’est l’inconnu en soi, ce qui unit les hommes dans une commune humilité, le mystère, c’est ainsi : la mort, le plaisir… et la musique !
« Le mystère est la chose de la musique », nous dit Jankélévitch. Mais on pourrait ajouter que le mystère est aussi la chose de l’esprit : comment rendre compte d’une pensée qui s’est façonnée au fur et à mesure du temps, des instants, des événements ? Qu’il s’agisse des livres ou des 120 pièces de l’exposition consacrée à Jankélévitch, qu’il s’agisse d’une manière d’écrire ou de jouer du piano, il y a toujours quelque chose qui nous échappe, comme le dit Jankélévitch de Debussy, on pourrait dire qu’il y a dans le surgissement d’une pensée « une apparition disparaissante ». 

"Apparition disparaissante" et présence-absence 

À côté de cette reparution du livre de Jankélévitch, Debussy et le mystère de l’instant, et à côté de cette exposition, sont publiés en une somme ses textes de philosophie morale chez Flammarion : de La mauvaise conscience (qui date de sa thèse en 1933) au Pardon (de 1963), soit trente ans d’une vie universitaire à une vie marquée par la guerre.
Ce sont aussi trente ans de musique et de philosophie consacrés à l’étonnement, aux paradoxes de ce qui semble évident, d’apparition disparaissante et de ce que Jankélévitch appelle « les problèmes-limites », les insaisissables, les ineffables, les presque-rien et les je-ne-sais-quoi, les présences-absences, telle la mort qui nous hante mais n’est pas là, telle la musique qui se fait entendre sans nous parler…
Et peut-être est-ce là la réponse à notre question : que veut-on voir et que peut-on exposer d’une philosophie et d’un philosophe comme Jankélévitch ? Tout ce qui nous rappelle autant sa présence, sa forme, son style, que son absence, son impossible explication, sa raison d’être... La pensée est là, alors autant la lire et la voir. 

Sons diffusés :

  • Jankélévitch interprète les Trois morceaux en forme de poire d’Erik Satie, 1971
  • Debussy, Prélude, I, 4, «Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir»
  • Archives de Jankélévitch extraites d’Un homme libre (Frémeaux et Associés, 2015) et d’un dialogue entre Jankélévitch et Michel Serres (1ère diffusion : France Culture, 1975) 

Bibliographie

Philosophie moraleVladimir JankélévitchFlammarion, collection Mille et une pages, 2019

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