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"Pupille" de Jeanne Herry

"Pupille" ou l'itinéraire d'un enfant né sous X

5 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd’hui sort en salles "Pupille" réalisé par Jeanne Henry, racontant la naissance d'un enfant né sous X et qui soulève des questions actuelles particulièrement en France où la bioéthique polarise les débats.

"Pupille" de Jeanne Herry
"Pupille" de Jeanne Herry Crédits : Copyright StudioCanal

Vous l’aurez compris, Pupille est un film sur l’adoption. Plus exactement, le film raconte la naissance de Théo, né sous X, c’est-à-dire remis à l’adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. Vous ne le savez peut-être pas, mais la mère a un droit de rétractation ou plutôt un droit de revenir sur sa décision dans les deux mois qui suivent la naissance de l’enfant. Pendant ce temps, que l’on est tenté de qualifier de limbes terrestres, les services de l’aide sociale doivent s’occuper de l’enfant, tandis que les services d’adoption sont chargés de trouver une famille d’accueil.
Le film raconte avec précision chacune de ces étapes, frôlant parfois le docu-fiction et donnant à voir de manière intime et profonde ces premiers mois mystérieux pendant lesquels l’enfant passe de bras en bras avant de trouver, on ne peut que l’espérer, une mère dans la personne d’Alice, 41 ans, stérile. Le film vaut absolument le coup ! Pour lui-même, évidemment, mais aussi pour les questions qu’il soulève et qui sont plus que jamais actuelles, particulièrement en France où la bioéthique polarise les débats.

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À la découverte du géniteur

L’une de ces questions, c’est l’anonymat imposé à la femme qui accouche sous X, symétrique parfait de l’anonymat imposé à l’homme qui fait don de ses gamètes.
Si je vous en parle, c’est parce que l’anonymat vit ces temps-ci ses dernières heures. Les faits d’abord. Le 17 janvier 2018, veille du lancement des États généraux de la bioéthique, Arthur Kermalvezen, 34 ans, commercial dans l’immobilier, né d’un don de gamètes anonyme, a annoncé qu’il avait retrouvé son géniteur. Pour rappel, aujourd’hui en France la levée de l’anonymat du donneur relève de l’illégalité sauf « nécessité thérapeutique », auquel cas le demandeur peut obtenir des renseignements qui n’identifient pas pour autant le donneur. Par exemple, il peut obtenir des informations précises, comme les maladies génétiques auxquelles il est exposé, mais jamais il ne peut être mis en contact avec son géniteur. Arthur est donc passé par des voies détournées. En envoyant un peu de sa salive à la société américaine de génétique 23andMe, il pensait juste en savoir un peu plus sur ses origines. Surprise ! La société découvre un « match génétique » entre Arthur et un certain Larry en Angleterre qui s’avère être son cousin germain. Arthur contacte ledit Larry sur les réseaux sociaux, discute avec lui, croise les informations et isole le seul homme dans l’arbre généalogique susceptible d’être son géniteur.  Rapidement, il retrouve son adresse, lui écrit une lettre, l’homme l’appelle à Noël et lui dit : « Bravo de m’avoir retrouvé ».

Don et anonymat

Une fois les faits évoqués, deux remarques s’imposent, selon le principe « rien ne se perd, tout se transforme ». Rien ne se perd, d’abord. De l’aventure d’un homme qui recherche obstinément son géniteur et qui est prêt à cette fin à franchir tous les obstacles de la vie, tout est déjà dit dans les tragédies grecques. Il n’y a pas d’impunité à donner la vie. Tout se transforme ensuite. L’idée inscrite, encore pour quelques temps, dans le Code civil de l’obligation d’anonymat pour tout don « d’un élément ou d’un produit de son corps » a été pensée comme une prolongation de la gratuité. L’anonymat assure la dimension altruiste du don, affranchit le don du contre-don, le préserve de toute pression affective, morale ou financière. L’anonymat permet aussi et surtout de préserver l’idée selon laquelle la filiation est avant tout une construction affective et sociale, le géniteur n’étant pas toujours le père et inversement. Il en va ici d’un des principes les plus authentiquement extraordinaires de notre civilisation : les liens d’amour sont parfois plus forts que les liens de sang. Seulement, à la faveur des avancées technologiques, de l’internationalisation des données génétiques, de la comparaison avec les pratiques des autres pays, comparaison qui vaut maintenant raison, l’anonymat risque chaque jour un peu plus de voler en éclat au point où de nombreuses associations réclament désormais son abolition.
Bien sûr, il y a mille subtilités et toutes les propositions ne se valent pas entre la levée de l’anonymat systématique à 18 ans ou seulement avec accord du donneur ou de la génitrice. Néanmoins, la tendance est inquiétante et révèle une obsession grandissante du biologique au détriment du symbolique, une fixation croissante sur la transparence génétique au détriment de l’équilibre familial et un abaissement progressif des barrières éthiques empêchant la marchandisation de la vie humaine. Faut-il s’en inquiéter ? Sans doute, car les conséquences ne pourront être mesurables qu’une fois les inévitables dégâts accomplis.

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