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"Mad men"

Quand la répétition a du bon

5 min
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Depuis le début du confinement, Géraldine Mosna-Savoye n’a rien fait de “nouveau”. Elle a plutôt eu envie de se replonger dans la série "Mad Men". Certaines répétitions, moins lassantes que la nouveauté, feraient-elles du bien ? Y aurait-il une différence entre une bonne et une mauvaise répétition ?

"Mad men"
"Mad men" Crédits : Stephen Osman/Los Angeles Times - Getty

La semaine dernière, j’ai beaucoup critiqué l’effet de répétition que produisaient ces journées confinées… et tous ces éloges qui en font la condition pour devenir soi ou faire la différence. Quelques jours plus tard, je suis pourtant obligée de me rendre à l’évidence, certaines répétitions ont du bon. Lesquelles et pourquoi ?

Mad Men

Depuis le début du confinement, je n’ai pas découvert de nouvelles choses. Je n’ai pas lu de nouveaux livres, je n’ai pas regardé de nouveaux films ou de nouvelles séries. À l’inverse de pas mal de monde, je n’ai pas profité de cette période inédite pour accomplir des choses inédites. Au contraire, j’ai plutôt fait ce que je faisais déjà avant : travailler, m’occuper de ma fille, ranger et nettoyer la maison… mais aussi lire et regarder ce que j’avais déjà lu et regardé. 

Alors que sur Netflix, tout le monde me parlait du "nouveau truc à voir", Tiger King (Au royaume des fauves en Français), j’ai préféré revoir la série Mad Men.
J’ai fait ce choix, j’avoue, un peu par défaut… car après avoir passé 20 minutes à éplucher les nouveautés et à éprouver, sans même les avoir vues, un sentiment de lassitude, seule la perspective de revoir une série déjà vue n’a bizarrement pas provoqué en moi ce sentiment-là. 

Quel paradoxe… alors même que la nouveauté me lasse d’avance, revoir une série déjà vue pas du tout. Et apparemment, je ne suis pas la seule puisque le phénomène a été remarqué : les plateformes de streaming et de téléchargements ont relevé, pendant ce confinement, une attention plus soutenue aux chansons et aux films du passé, qu’aux nouveautés… 

Comment comprendre ça ? Comment comprendre que certaines répétitions lassent moins que la nouveauté, voire ne lassent pas du tout, mais fassent du bien ? La question va peut-être vous faire rire, sa tournure en tout cas, mais elle se pose : qu’est-ce qui peut bien faire la différence entre une bonne et une mauvaise répétition ? 

Lassant ou délassant 

Qu’est-ce qui fait la différence entre une bonne et une mauvaise répétition ? La réponse paraît beaucoup plus claire ici : de fait, entre faire et refaire, tous les jours, toutes les heures, la vaisselle, des lessives, bref des corvées ménagères qui s’imposent à nous, que l’on ne choisit pas, et revoir délibérément une série que l’on a adorée, la différence est frappante. 

D’un côté, une activité imposée et potentiellement ingrate, et de l’autre, du bon temps, allongé sur son canapé, choisi en son âme et conscience et par plaisir. La réponse semble donc tomber sous le sens… mais on pourrait objecter à ça que certains trouvent beaucoup plus délassant, par exemple, de repasser que de regarder une série déjà vue et pourtant aimée il y a quelques années. 

Ce n’est donc pas qu’une question de choix ou qu’une question de type d’occupation, activité ou loisir, pourquoi certaines répétitions délassent quand d’autres nous crispent ?

Condition de l'oubli 

Il y a, je crois, plusieurs réponses : 

  • le fait, d’abord, que, en terrain connu, familier, amical, on ait envie de revivre un bon moment, telle scène de telle série, tel sentiment de travail accompli… ou que sais-je ;
  • le fait que la répétition, intériorisée, faite réflexe, débarrasse de toute tension, de toute attention trop prenante ; 
  • le fait, enfin et par suite, que l’on puisse ainsi même oublier le moment que l’on vit, s’oublier soi. 

Bizarrement, c’est comme si la bonne répétition, pourtant faite et refaite, martelée, était cependant source d’oubli : oubli de la peine, de l’effort, de soi, du monde…
Loin des éloges de la répétition qui en font la condition du choix, d’une reprise de soi ou de l’événement, je me demande : et si le réconfort de la répétition était là dans cette absence de choix, de soi et d'évènement ? 

Penser sans penser 

Au fond, je crois que la répétition, la bonne, permet de penser sans penser. On pourrait voir là la définition de la bêtise. Mais je crois que là est en fait la solution, là est la différence de la répétition. La nouveauté exige de l’attention, la répétition bête et méchante nous rappelle à chaque instant que l’on fait la même chose, nous y fait penser, la reprise nous focalise sur nous, sur un but. Et au-delà de tout ça : il y a la bonne répétition, celle où on a la possibilité d’être là sans être là, ou de s’absenter en restant là, sans se perdre ni s’imposer. 

Sons diffusés :

  • Générique de la série TV Mad Men 
  • Extrait d'un sketch des Inconnus : Le bon chasseur et le mauvais chasseur
  • Chanson de Pierre Dudan, Quand ça finit, ça recommence
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