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François-Xavier Bellamy, 2019

Quand la philo se frotte à la politique : le cas François-Xavier Bellamy

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À retrouver dans l'émission

On vient de l'apprendre, c’est un philosophe, François-Xavier Bellamy, qui sera tête de liste aux élections européennes pour le parti Les Républicains. Philosophe et homme politique, est-ce un phénomène nouveau ? Que puise le politique dans la philosophie ?

François-Xavier Bellamy, 2019
François-Xavier Bellamy, 2019 Crédits : Christophe ARCHAMBAULT - AFP

François-Xavier Bellamy est normalien, agrégé, créateur des « Soirées de la philo » à Paris, auteur d’essais, notamment Les déshérités et Demeure. Ce n’est pas la première fois qu’un philosophe se frotte, et même plus, à la politique. L’occasion pour nous de revenir sur ce mariage des genres.

Philosophes au pouvoir

Un philosophe au pouvoir, le cas de François-Xavier Bellamy a frappé les esprits mais n’est pas une nouveauté… On pourrait même dire que philosophie et politique sont aussi vieilles l’une que l’autre.

Art de gouverner, fondements des régimes politiques, accord des lois et des mœurs, définition du commun et du collectif, etc., les problématiques ne manquent pas dans le domaine de la philosophie politique, et les penseurs non plus, de Platon et Aristote, jusqu’à Arendt, en passant par Rousseau, Hobbes ou Kant.

Mais parmi ceux-là, certains ont pourtant fait plus que s’y intéresser, ils ont été des acteurs de la vie publique. Quand on se penche sur la liste des philosophes, il est d’ailleurs étonnant de voir que peu se sont contentés d’être philosophes, ils ont aussi été économistes, juristes, et plus récemment psychanalystes, comme par exemple Hayek, Grotius ou Guattari…
Alors, pourquoi pas philosophe et homme politique !

Parlementaires, maires, militants ou conseillers, qui sont ces philosophes au pouvoir ? Que trouvent les hommes politiques dans la philosophie, une méthode, des valeurs, un art rhétorique ou des principes ? Et que peuvent bien trouver, de leur côté, les philosophes à la chose publique : la mise à l’épreuve de leur théorie ou une manière de faire régner leurs idées ?

Typologie des philosophes-gouverneurs

Alexis de Tocqueville incarne parfaitement la figure du philosophe-homme politique, ministre des affaires étrangères, député de la Manche, penseur hors pair des mœurs politiques en temps démocratique et orateur de génie, comme on l’a entendu. Mais comment savoir précisément comment les concepts se sont mêlés à sa manière de gouverner et inversement ?

Pour y voir plus clair, le mieux semble alors d’établir une petite typologie de ces philosophes-gouverneurs. J’en vois trois pour ma part :

  • Il y a d’abord les philosophes qui sont devenus par la suite des hommes politiques. Bien que l’influence de la philosophie soit sûrement incontestable dans leur gestion du pouvoir, être professeur de philosophie a laissé la place à la fonction politique. C’est par exemple le cas de Luc Ferry, d’abord spécialiste de Kant, puis ministre de l’éducation, ou de Vincent Peillon, qui a d’abord travaillé sur Merleau-Ponty, avant d’entrer en politique.
  • Il y a ensuite les engagés, formés à la philosophie, qui ont produit des essais pour justifier leurs idéologies : on peut ici citer les penseurs antirévolutionnaires Edmond Burke ou Joseph de Maistre, ou à l’inverse, Bertrand Russell, qui a fait de sa philosophie logique un terreau pour le socialisme et la paix.
  • Et il y a enfin les philosophes qui n’ont cessé de l’être ou sont même devenus plus philosophes au contact de la politique, se servant moins de la philosophie en vue d’une conception politique que comme lieu de réflexion et fruit d’une action : Tocqueville, donc, mais aussi Montaigne, nommé par le roi, il faut le noter, contre sa volonté, maire de Bordeaux de 1581 à 1585.

Du philosophe-roi au philosophe de l’ombre

À cette typologie, j’ajoute l’incontournable Machiavel : le philosophe de l’ombre, à l’inverse du philosophe-roi de Platon ou du philosophe-gouverneur, c’est le conseiller dont les idées règnent mais avancent masquées.
Si François-Xavier Bellamy a été choisi pour apporter des principes et des valeurs, à voir s’il restera à l’écart, ou quel philosophe-gouverneur il incarnera.

Sons diffusés :

  • Journal de 8h du 29 janvier, France Inter
  • Lecture par Michel Vuillermoz d’un discours de Tocqueville (diffusé dans La marche de l’histoire, France Inter, 3/10/2016)
  • Lecture du Prince de Machiavel (Chronique de Paris, RTF, 1952)
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