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Sélection de couvertures de livres de philosophes-écrivains, ou d'écrivains-philosophes ?

Quand les philosophes (se) racontent

5 min
À retrouver dans l'émission

En cette rentrée littéraire, certains romans sont signés par des philosophes, mais que nous racontent et comment se racontent les philosophes qui passent à la littérature ?

Sélection de couvertures de livres de philosophes-écrivains, ou d'écrivains-philosophes ?
Sélection de couvertures de livres de philosophes-écrivains, ou d'écrivains-philosophes ?

Du partage entre philosophie et littérature

C'est une chose qu'on peut constater en cette rentrée, et ce n’est pas la 1ère fois : le passage dans la section littérature d’auteurs d’abord signés en philosophie, ou la transformation d’une écriture propre à l’essai en récit littéraire. 

C’est le cas de Gwenaëlle Aubry, spécialiste de Plotin, qui signe le roman La folie Elisa aux éditions Mercure de France, ou de Bruce Bégout, à qui l’on doit habituellement des essais sur le quotidien, mais qui, là, propose Le sauvetage aux éditions Fayard. Les rentrées passées, pour les citer, on avait aussi pu lire la prose des spécialistes respectifs de Kierkegaard et Foucault, Vincent Delecroix et Frédéric Gros…

Ces parutions réactivent la question du partage ou du lien entre philosophie et littérature, question classique, peut-être un peu vaine, indécidable, car qui peut dire, au fond, qui est philosophe, qui est écrivain, qui est d’abord l’un d’abord l’autre, plus l’un que l’autre, à commencer par exemple par cette grande voix : Albert Camus. 

Philosophe-écrivain et écrivain-philosophe

A écouter Camus, la question semble en effet sans réponse : qui pourrait dire, en entendant un tel commentaire de son roman, L'Étranger,s’il s’agit d’un romancier parlant de son œuvre ou d’un philosophe expliquant l’idée à l’œuvre dans son roman. Certes, on pourrait répondre qu’on s’en fiche, que peu importe : Camus est Camus, écrivain-philosophe, philosophe-écrivain. 

Mais j’insiste quand même, car ma question n’est pas tant de définir à tout prix l’auteur, sa catégorie, son essence (on entend assez, et à raison, ce reproche en France de vouloir coûte que coûte classer les individus sous une étiquette et ne pas les en faire sortir)… 

Mais non, ma question est plutôt de savoir : qu’est-ce que les philosophes apportent de leur pensée, de leur savoir, de leurs manières, de leur style, dès qu’ils « entrent en littérature » ? Et nous, lecteurs, qu’est-ce qu’on attend d’un philosophe qui prend la plume pour raconter et non plus pour théoriser ? 

Avec Sartre, tout pourrait sembler plus clair : quand on lit son théâtre, on lit le dramaturge, quand on lit L'être et le néant on lit le philosophe. Mais à la lecture de La Nausée, tout se complique… Que dire aussi, par exemple, des Lettres à Lucilius de Sénèque, des Rêveries du Promeneur solitaire de Rousseau ? Même chose pour les Pensées de Pascal, Diderot et son Neveu de Rameau, Kierkegaard et Le Journal d’un séducteur

Du récit à l’autobiographie 

Si tout semble simple avec Aristote, Kant ou Wittgenstein (et encore, que dire de l’insertion de récits mythiques ou de passages qui confinent à la poésie et nous font vibrer de beauté), que dire, à l’inverse, des écrivains qui se font philosophes, tel, bien sûr, Proust et sa Recherche ? Comment donc lire tous ces auteurs ? Qu’en attendre ? Que veulent-ils nous dire qu’ils ne disent pas qu’avec des raisonnements ou pas seulement en histoire ? Et comment faire en cette rentrée où il y a encore plus compliqué : des textes de philosophes qui parlent à la 1ère personne, qui prennent une tournure autobiographique, façon Essais de Montaigne, Mots de Sartre, ou Mémoires de Simone de Beauvoir… 

D’un philosophe qui passe à la littérature, on peut attendre une profondeur d’analyse, l’inscription du récit dans un contexte intellectuel, un récit qui tire un fil conducteur ; on peut aussi redouter le fameux écueil du roman à thèse ou de l’essai vaguement stylisé. Tout l’enjeu étant de ne pas orner une idée, mais qu’elle explose au cœur du style et de l’histoire. 

Mais qu’attend-on d’un philosophe qui ne raconte pas quelque chose, mais SE raconte ? Carolin Emcke dans Notre désir (Seuil), Elisabeth de Fontenay avec Gaspard la nuit (Stock), une « autobiographie de son frère », ou encore Jean-Philippe Domecq et son hommage à Anne Dufourmantelle, disparue l’été 2017, L’amie, la mort, le fils (Thierry Marchaisse éditions), tous, en cette rentrée, se racontent et nous racontent, mieux qu’une vie, mieux qu’une idée, plus qu’une identification ou une réflexion : une certaine idée de la vie et la vie d’une idée. 

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