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Réussir sans effort et sans talent ?

Réussir sans effort et sans talent ?

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Dans son nouvel ouvrage "Peut-on réussir sans effort ni aucun talent ? Les mirages du mérite", le philosophe Gilles Vervisch déconstruit tous les préjugés de notre époque sur la réussite et le mérite qui ne reposeraient que sur l’effort et le talent...

Réussir sans effort et sans talent ?
Réussir sans effort et sans talent ? Crédits : Francesco Carta fotografo - Getty

Peut-on réussir sans effort ni aucun talent ? Les mirages du mérite de Gilles Vervisch est publié aux éditions Le Passeur et sort le 3 janvier 2019.

Tu n’es pas bon à rien, tu es mauvais à tout !

L’auteur, d’abord. Il s’agit de Gilles Vervisch, agrégé de philosophie et enseignant dans un lycée de la région parisienne, auteur de plusieurs excellents ouvrages, dont Star Wars, la philo contre-attaque, toujours chez Le Passeur. Le titre du nouveau livre, ensuite : Peut-on réussir sans effort ni aucun talent ? Les mirages du mérite. Je crois pouvoir dire, en mon nom, mais aussi au nom de pas mal de personnes dans ce monde, que les jours où on se dit qu’on n’a pas de talent, on se dit qu’on compensera par le travail et que les jours où l’on ne travaille pas, on essaye de se rassurer en se disant qu’on serait sauvé si seulement on avait un peu de talent. Mais alors réussir sans aucun talent et sans aucun effort, voilà qui paraît parfaitement impossible ! D’ailleurs en découvrant le titre de cet ouvrage, j’ai immédiatement pensé à cette scène du film Le Schpountz de Marcel Pagnol, où Irénée Fabre, joué par Fernandel, se prend un savon de la part de son oncle, joué par Fernand Charpin.

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« Tu n’es pas bon à rien, tu es mauvais à tout ! » Eh bien, cher Irénée Fabre, il a fallu attendre un peu, mais Gilles Vervisch a la solution ! Ou plutôt la réflexion nécessaire qui permet de faire voler en éclat ce fameux mirage du mérite, cette idée à laquelle Vervisch s’attaque dès son introduction : « si tu es pauvre, c’est de ta faute, c’est que tu ne t’es pas assez battu ».

Mirages du mérite

D’où vient d’ailleurs cette notion de mérite ? Celle qui a pu pousser Emmanuel Macron à dire lors de l’inauguration de la Station F : « Une gare, c’est un lieu où l’on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien » ou encore celle qui a fait dire à Steve Jobs « Je suis convaincu que la moitié de ce qui sépare les entrepreneurs qui réussissent de ceux qui échouent est la pure persévérance ». D’où vient cette idée que c’est la seule volonté, le seul effort qui permettent de réussir, étant entendu que ceux qui échouent ne se sont tout simplement pas donné tous les moyens pour réussir ?
Les exemples dans le panthéon des héros contemporains ne manquent pas. Ils s’appellent Ralph Lauren, Henry Ford, Walt Disney, JK Rowling ou encore Elon Musk, et j’en passe.
Ils sont partis de rien et ont connu une ascension fulgurante. Cette vision du monde correspond, pour Gilles Vervisch, au triomphe de  l’« éthique du capitalisme » qui, à la manière d’une compétition sportive, discrimine la société entre les « gagnants » et les « perdants », estimant que les uns et les autres méritent la place qu’ils ont.
Bien sûr, la croyance au mérite peut apparaître comme utile et juste, parce qu’elle donne aux individus l’espoir que tout est possible et qu’elle leur permet d’agir en faisant abstraction de leurs origines sociales, ethniques et religieuses. Mais cette croyance ne peut faire fi de la réalité qui est que tout le monde ne part pas avec les mêmes chances de réussite, loin de là !

Fantasme de réussite

Et d’ailleurs quelle est cette réussite dont tout le monde parle sans arrêt ? Celle professée par les évangélistes du développement personnel qui pensent qu’il ne faut rien laisser au hasard, se concentrer sur sa vie professionnelle et gérer tout le reste, les relations amoureuses, amicales et familiales sur un même mode d’efficacité et de rationalité ? On est bien loin des distinctions opérées en son temps par Aristote qui distinguait au moins trois genres de vies selon les buts recherchés : la vie tournée vers la simple recherche du plaisir, celle tournée vers la vie politique souvent plus motivée par l’ambition du pouvoir que par l’intérêt général et, enfin, la vie contemplative, le meilleur genre de vie selon Aristote, et de toutes les vies, la plus réussie, parce qu’elle ne dépend que de moi et non pas d’éléments qui me sont extérieurs.
Après tout, notre panthéon n’est-il pas aussi fait de ratés sublimes comme Van Gogh, Vermeer, Edgar Allan Poe, et là encore, j’en passe ?

Déconstruire les préjugés de l’époque

À grands renforts de philosophes, comme John Stuart Mill, Marx, Kant, Weber, de faits historiques, de personnages de fiction d’hier et d’aujourd’hui et de brèves de l’actualité, Gilles Vervisch déconstruit tous les préjugés de notre époque sur la réussite et le mérite qui ne reposeraient que sur l’effort et le talent. Il y a des choses qui dépendent nous et des choses qui ne dépendent pas de nous. Triste image de l’humanité que celle qui glorifie ceux qui se félicitent de ne rien devoir à personne !

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