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Y a-t-il un art de la conversation ?

Y a-t-il un art de la conversation ?

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J’ai été dans une drôle de situation... Je me suis retrouvée dans une réunion de famille qui n’était pas la mienne, et j’ai été saisie par cette question : comment converser, parler, avec des personnes, dans un registre familial, intime, sans pour autant les connaître ?

Y a-t-il un art de la conversation ?
Y a-t-il un art de la conversation ? Crédits : CSA-Images - Getty

Etre au spectacle

Que faire quand on arrive dans une famille qui n’est pas la nôtre, dans un cadre, de fait, familier, intime ? Le sujet a été maintes fois été traité, notamment au cinéma : le nouvel arrivant est toujours un révélateur, tragique ou comique, du fonctionnement, parfois dysfonctionnel, d’une famille… hostile ou trop accueillante, polie ou triviale, drôle ou rigide.
Quand on débarque dans ce genre de cadre, on est forcément un peu perdus, entre les habitudes, les souvenirs et l’intuition que l’on peut avoir des rapports de force entre les frères et les sœurs, et bien sûr, leurs parents. 

J’ai toujours beaucoup aimé occuper cette place : on est un peu au spectacle, débarrassé pour une fois des enjeux de notre propre famille. Le mieux, c’est quand une dispute éclate, ou au contraire, quand tout à coup, un souvenir évoqué donne lieu à des récits enflammés de vacances passées ensemble.
En fait, le mieux, c’est quand on assiste à une effusion qui casse les codes, les bonnes manières. Dans ces moments, on fait partie, de fait, de la famille, conviés à partager son histoire. 

Mais qu’en est-il quand c’est à son tour de prendre la parole ? De raconter ce que l’on fait, ses souvenirs, dans sa langue à soi, celle qu’on partage avec nos proches ? On ne peut pas être trop à l’aise, on a un devoir de présentation, mais on ne peut pas non plus être trop retenu, ce qui pourrait être interprété comme une mise à distance.
Entre politesse et intimité, comment faire ? Quelle langue parler ? 

Small talks ou vraie discussion

On croit souvent que le pire, ce sont toutes ces petites discussions, ces « small talks » sur la pluie et le beau temps, qu’on se doit d’avoir avec des collègues dans un ascenseur. Ces conversations seraient les pires car elles seraient le contraire de la vraie conversation, celle qui serait un véritable échange, celle que l’on pourrait avoir en famille ou entre amis. 

Mais est-ce si vrai que ça ? Peut-on vraiment tout dire à ses proches, et à l’inverse, est-on forcément maniéré, voire hypocrite, avec ses collègues ? Et tout dire, est-ce que cela veut seulement dire : déverser ses peines de cœur, ses doutes et ses angoisses ? Et être poli, est-ce forcément se retenir de parler et échanger des banalités devant une machine à café ?
Sûrement pas… D’ailleurs, le problème est là. Et le problème est double : d’une part, comme on l’a dit, savoir quel registre de langage emprunter dans tel ou tel cadre. Mais il concerne, d’autre part, et surtout, cette idée même de registre de conversations : y a-t-il vraiment un registre de langage adapté à certain type de situations, et pas à d’autres ? Existe-t-il vraiment un registre de la sincérité et un registre de la retenue ? Sont-ils forcément incompatibles, forcément étanches ? Que faire alors de la sincérité feinte et de la politesse qui réconforte ?
Et que faire de moi alors, tiraillée à ce repas de famille, entre bonnes manières et esprit de famille ? 

Que faire ? 

C’est drôle d’entendre des conseils pour bien parler dans une qualité aussi médiocre, de manière aussi peu séduisante et aussi peu convaincante. Je crois d’ailleurs que le drame de la conversation est là : dans cette assurance à défendre la conversation comme un moyen de gagner quelque chose, de créer, à tout prix, quelque chose, à condition de suivre les règles et de ne surtout pas s’en écarter, s’en émanciper. 

Pourtant, je crois, bien au contraire, que la conversation ne prend que quand elle déborde, soit par excès, par effusion, soit par défaut, par un trop plein de silence, de gêne. Au fond, même quand on ne dit pas ce qu’il faut, il s’échange bien quelque chose, ce qui est bien la finalité d’une conversation. 

Sons diffusés :

  • Extrait du film Two Days in Paris de Julie Delpy (2007)
  • Musique d’ascenseur 
  • Viéo extraite de la chaîne Youtube Les Nouveaux hommes, vidéo du 24 septembre 2013, "L'art de la conversation : Devenez réellement intéressant"
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