LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le débat n'est pas seulement français : la Stop Shopping Church américaine organisait le 27 novembre à New York sa première action contre le Black Friday.

Black Friday : qui veut d'une industrie de la promotion ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Une semaine après sa date habituelle, c’est donc demain le Black Friday, la plus grande foire de France, populaire et polémique. Une controverse à cheval sur deux démons économiques : la surconsommation et le commerce en ligne?.

Le débat n'est pas seulement français : la Stop Shopping Church américaine organisait le 27 novembre à New York sa première action contre le Black Friday.
Le débat n'est pas seulement français : la Stop Shopping Church américaine organisait le 27 novembre à New York sa première action contre le Black Friday. Crédits : Kena Betancur - AFP

Le Black Friday aura-t-il des allures de ruée vers l’or, ou de file d’attente soviétique ? Pour l’instant, il ressemble plus au télétravail car selon les spécialistes, il a en fait déjà commencé en ligne depuis 3 semaines. Le succès populaire se confirme : 6 milliards d'euros de dépenses dont 5 Mrd € pour les commerces physiques l’année dernière ; même les soldes seraient devenues « démodées » selon la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris. 

Pourtant cette année, ce sont les commerces physiques qui ont pris la tête de la contestation, habituellement composé de partis et d’associations… Les arguments sont moraux, sociaux, écologiques et juridiques : l’UFC Que Choisir dénonce « un nid à promotions bidon » aux publicités mensongères sur des prix artificiellement gonflés avant les rabais, la vraie décote ne serait que de 2 à 5 %... Pour preuve, ajoute le Dr de la Camif dans L’Express : « Si ces rabais étaient vrais, vendre à - 90 % reviendrait à vendre à perte. Or, hors période de soldes, c'est interdit. Rabais, remises, ristournes ont été détournés : les - 90 % n'existent pas. »  

Ils demandent donc l’application d’une directive européenne sur le sujet et de la Loi sur l’économie circulaire de février, censée être anti-gaspillage.  

Interdire le Black Friday ?  

C’est la contre-offensive des quatre principales fédérations de commerçants, pour la 1èrefois en front uni, petits et gros. Contre le commerce en ligne qui profite de la « guerre sanitaire », ils proposent une « Convention de Genève de la concurrence » en sept mesures parmi lesquelles : la soumission aux quatre même impôts que les commerces physiques (Tascom, TVA, CVAE, Taxe foncière), l’application du principe pollueur-payeur à toute la filière (du colis au data center), un moratoire sur les entrepôts : une sérieuse bride sur les vente en ligne.   

En attendant, un millier d’enseignes ont pris le contre-pied, en se démarquant ostensiblement de l’événement : c’est l’initiative du Make Friday Green Again - ou « Green Friday », déjà lancée l’année dernière…   

Un Black Friday français relativement limité 

Le commerce en ligne ne représente que 10 % des ventes, contre 12 en Allemagne et 30 % au Royaume-Uni, rappelait l’économiste Anne Sophie Alsif sur France Info. 

Quant au Black Friday, sorte d’institution mondiale depuis 2005, les champions sont bien les Etats-Unis, qui ont trouvé la solution pour prévenir les polémiques : deux jours après le Black Friday dans les grandes enseignes, les fédérations ont vite institué le Cyber Monday pour le commerce en ligne, sans oublier pour les petits commerces le Small Business Saturday, lancé en 2010 par American Express… A chacun son orgie promotionnelle.

Mais les chiffres les plus fous sont ceux du BF chinois, la "Fête des Célibataires" : 538 000 achats par seconde et, pour le seul AliBaba 48 milliards d'euros de bénéfice : « plus que le PIB cumulés de l’Islande, Liban et Géorgie » note BFM…  

Un débat ravivé par la crise sanitaire ?

Ce serait un « non-sens » d’opposer le commerce en ligne et le commerce physique, déclare la Directrice d’eBay France qui défend leur complémentarité : à ses yeux, la polémique révèle surtout la « cristallisation d’une grande angoisse de la part des commerçants ».

Le « débat devient [même] délirant et contre-productif » affirme (toujours dans l’Express) Jacques Delpla, Dr d’un cabinet de conseil en politiques économiques. Selon lui, le e-commerce est même LA solution sanitaire optimale (et libérale) à la crise actuelle, quitte à réguler les horaires et les foules via des systèmes de bonus-malus selon les catégories et les horaires : mieux vaut l’incitation par les prix « le Gosplan général et arbitraire qui détruit les commerces, prépare des armées d'électeurs populistes »… 

La surconsommation en sursis?  

Le débat est déjà lancé : c’est la grande thèse portée par Philippe Moati, de l’eudémonisme contre l’hédonisme, le bonheur plutôt que le plaisir, une mutation lente vers la consommation responsable : le co-président de l’ObSoCo relève dans la baisse de fréquentation des centres commerciaux ou d’achats de vêtements ces dernières années autant de signaux faibles d’une transformation.

L’économie de la fonctionnalité, l’économie circulaire, le goût retrouvé de l’authentique, remplaceraient petit à petit les produits industriels toujours renouvelés fourrés dans les mains et la bouche des consommateurs :   

« Chant du cygne du capitalisme moderne », ou au contraire cri de victoire ? Dans ce débat sans fin de l’être et de l’avoir, rien ne ressemble plus à un objet épanouissant qu’un objet dont on n’a pas besoin… 

XM

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......