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L'économie en BD, de Jézabel-Couppey Soubeyran et Auriane Bui

Quand les bulles s'en prennent aux bulles

6 min
À retrouver dans l'émission

Parution cette rentrée de l’Economie en BD, co-écrite par Jézabel Couppey-Soubeyran, première du genre en France scénarisée par une universitaire : ouvrage de vulgarisation pédagogique, mais aussi point de vue politique.

L'économie en BD, de Jézabel-Couppey Soubeyran et Auriane Bui
L'économie en BD, de Jézabel-Couppey Soubeyran et Auriane Bui Crédits : Casterman

Souhaitez vous que vos enfants aient des notions de chaîne de valeur industrielle ou de management, comme « made in monde » ou « coopétition » ? C’est l’ambition de L’économie en BD, album au dessin clair et enfantin ; et très pédagogique : 

Deux pages de glossaire, quelques schémas ; et surtout plutôt que des questions un peu abruptes, leur mise en scène dans des strips suivant les interrogations d’une jeune fille dont la mère est au chômage : « que fait le Gouvernement contre le chômage ?», « pourquoi y a-t-il besoin de monnaie ? » : didactique sans en avoir l’air.  

Avec ses formules imagées pour soutenir le dessin d’Auriane Bui, Jezabel Couppey-Soubeyran, poursuit ainsi avec légèreté son argumentaire en faveur d’une régulation financière : « Le cycle est un drôle d’animal à dompter : un tigre qu’on s’imagine pouvoir chevaucher sans en tomber quand ça monte, un ours qui n’en finit pas d’hiberner quand ça baisse. Il faut empêcher le tigre de s’emballer et réveiller l’ours, en bref toujours aller contre le cycle »… 

Vraie ambition vulgarisatrice… et politique ? 

L’auteure de Blablabanque ou de Parlons banques en 30 questions l’explique dans la presse : la vulgarisation économique est une mission d’utilité sociale et démocratique ; d’autant qu’« absolument rien dans les normes et conventions qui régissent la profession n’incite à vulgariser le savoir ». 

Et dans le dessin, les acteurs puissants en prennent pour leur grade : les multinationales sont d’horribles géants sans tête passant au milieu des nains de jardins que sont les nations ; et le camion de pompiers de la banque centrale ne peut qu’arroser les banques et la bourse en feu à coup de lance à billets… On n’oubliera jamais le sourire carnassier du Dieu du Marché quand il annonce triomphant qu’il… s’autorégule : vision d’horreur !… 

Jézabel Couppay-Soubeyran n’est d'ailleurs pas la seule observatrice à s’être lancée à l’assaut des bulles financières via le monde des bulles : 

Dans Les Aventuriers de la finance perdue en 2016, Christian Chavagneux faisait – littéralement le procès de la finance et d’un Monsieur K - double hommage à Kerviel et Kafka, où les témoins défilent pour expliquer le fonctionnement de la bourse et du trading. 

Avec un album piquant là encore – parsemé de traders qui ne cessent de sauter de « positions risquées », c’est-à-dire de toits d’immeubles pour augmenter leur bonus, C. Chavagneux propose là aussi plus qu’une satire : une réflexion sur le risque financier et son histoire récente, de la crise de 2008 aux pyramides de Ponzi en passant par les Lux Leaks

Deux thèses ressortent : la crise financière comme une crise sanitaire de la finance, par trop grande proximité des acteurs ; et les bonnes régulations dépendent du degré de polarisation politique. Le procès se termine d’ailleurs par la relaxe des financiers et économistes accusés… Manière, comme le disait JC, « d’ouvrir le débat démocratique ».

"Ouvrir le débat démocratique" ?  

Prenons deux références américaines : d’abord Economix publiée 2014, qui se veut « la première histoire de l’économie en BD », en fait surtout du capitalisme : si le Comics met bien en scène l’évolution des débats théoriques à travers une galerie de portraits ou de couples Smith - Ricardo, Keynes – Friedman, il se termine par un réquisitoire contre les traités commerciaux accusés de menacer les libertés individuelles, les services publics, et la liberté de commerce…

Rien de cela par contre si l’on prend les deux albums de l’Economie en BD, vendu avec les recommandations élogieuses des prix Nobel Jean Tirole et Eric Maskin… Pas plus dans Le Capital de Marx, adapté du Japon en deux Manga : l’un est le récit d’un artisan fromager devenu industriel, l’autre une présentation des thèses de Marx et Engels… Autant de méthodes pour informer – ou influer sur l’économie… 

Peut-être l'ambition est-elle moindre avec les séries BD sur lesquelles parient les éditeurs depuis quelques temps ? Même si celuide Largo Winch a pris soin de rebaptiser son héros le plus rentable de « milliardaire en blue jean » de 1991 à « milliardaire humaniste », les problématiques socio-économiques sont essentiellement un décor pour l’action ; et l’essentiel de l’explication magistrale des mécanismes financiers restera probablement dans les premiers albums. 

D’autres tentatives, comme Trust coécrite par le financier Michel Fleuriat, Section Financière de l’avocat Richard Malka inspiré de Joseph Stiglitz, n’ont pas connu le même succès que Largo Winch. 

Pour les avatars inspirés - même dessin à la règle et couleurs froides - la série de référence donne IRS, ou les périlleuses enquêtes d’un agent du Fisc américain : déjà vingt albums, un scénariste qui comprend bien le marché : « La formule qui marche vraiment le mieux, c'est quand on parle de finance » déclarait-il à Challenge en 2017 ; et le principe du Fisc : « Ce qu’on suit, ce n’est pas la traque d’une personne, mais de l’argent… » 

La série commerciale pas incompatible avec le souci documentaire ou politique ? 

C’est justement parce qu’ils avaient identifié un « trou, une absence d’offre éco en matière de BD » que leurs auteurs on voulu créer Hedge Funds, une BD sur la grande finance qui emprunte là aussi la forme du thriller au dessin froid dans le style de Largo Winch.

Mais cette fois la grande finance n’est pas qu’un décor. Les créateurs de la série revendiquent une volonté pédagogique aussi affirmée que chez Jézabel Couppey-Soubeyran : par souci de précision, expliquait l’un deux encore dans la gestion d’actifs, mais aussi parce que sa présence empêche la BD d'être « un pamphlet d’extrême gauche » où les financiers seraient « un bloc de pourris »

« Oui la finance est motivée par l'argent car c'est leur matériel de travail. Les gens qui travaillent chez Peugeot, je pense qu’ils aiment bien les voitures. En matière de marchés financiers, c’est pareil: ils aiment les obligations, les actions et les montages qu’on peut faire avec. » Il faut donc le voir pour le croire…

XM

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