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Un réservoir de stockage de carbone dans une usine chimique en Rhénanie du Nord-Westphalie. L'Allemagne accueille 1/3 des projets de récupération du carbone en UE cette année, l'Ademe française estime la solution coûteuse et "trop risquée".

Climat : qui veut payer pour un monde sans carbone ?

5 min
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Bientôt 5 ans depuis l’Accord de Paris mais pas d’avancée significative ; et en période de relance, les doutes sur les financements verts grandissent : qui veut payer pour un monde sans carbone ?

Un réservoir de stockage de carbone dans une usine chimique en Rhénanie du Nord-Westphalie. L'Allemagne accueille 1/3 des projets de récupération du carbone en UE cette année, l'Ademe française estime la solution coûteuse et "trop risquée".
Un réservoir de stockage de carbone dans une usine chimique en Rhénanie du Nord-Westphalie. L'Allemagne accueille 1/3 des projets de récupération du carbone en UE cette année, l'Ademe française estime la solution coûteuse et "trop risquée". Crédits : Ina Fassbender - AFP

Depuis huit mois, la finance climatique est coincée entre la crise sanitaire et les plans de relance ; et la trajectoire économique globale n’est toujours pas climato-compatible :  

Même le confinement qui a mis à bas l’économie n’a pas réussi à réduire la tendance : 7 % de CO2 en moins cette année, mais un gain de 0,01 % seulement sur le réchauffement pour 2050, ce qui est  « insignifiant » disait hier le PNUE (Programme des Nations Unies pour l'Environnement). 

Des plans de relance ambigus ? 

Relance verte ou « grise », ces plans sont à double tranchant. Les 12 000 milliards de dollars débloqués sont trois fois plus importants qu’après la crise de 2008 ; mais plusieurs institutions doutent des grands équilibres : le G20 dépense 141 milliards de dollars pour les énergies propres, quand ce sont 234 milliards pour les énergies fossiles ; et plusieurs pays ont pris des mesures « contradictoires ».

Ces plans peuvent donc autant « générer des désastres climatiques insupportables, que créer une économie saine portée par une énergie propre », concluent les économistes. Selon un cabinet indépendant, seuls 5 pays (ou groupements) sur 23 étudiés ont une relance « positive » pour le climat : l'Allemagne, l'Espagne, la France, le Roayume-Uni, et l'UE (1/3 des 750 milliards d'euros de la relance, comparable à la France). Aux Etats-Unis, seulement 1 % des 3000 milliards de dollars de la relance a été fléché vers l’écologie.  

Contributions des Etats en hausse pour décarboner l'économie 

L’UE en tête porte jusqu’à 55 % des émissions de 1990 la baisse prévue pour 2030 ; c’est 68 % d’ici 2060 pour la Chine, deuxième émetteur mondial ; quant au premier, les Etats-Unis en passe de réintégrer l’Accord de Paris, Joe Biden qui doit encore annoncer ses objectifs envisage pour y parvenir 2000 milliards de dollars de financements sur 4 ans.

Les banques publiques suivent, la Banque Mondiale qui devrait cesser de financer les énergies fossiles cette année et les Banques Centrales s’affichent de plus en plus pro-verdissement ; même si selon Greenpeace, ce sont quand même 7,6 milliards d’euros que la BCE a injecté dans les énergies fossiles depuis la mi-mai, 2 Mrd $ pour la Banque Mondiale.

Une phase d’accélération ? 

C’est ce que demande dans Le Monde l’économiste Christian de Perthuis. Habitué à l’emballement puis à la « désespérante course de lenteur » de ces grands rendez-vous, il voit pourtant trois raisons d’être « idéaliste » : la fin d’une domination historique des énergies fossiles grâce à l’éolien, au stockage électrique et à la gestion intelligente des réseaux, qui offre « des alternatives crédibles », clef pour la transition des pays en développement ; le retour des USA qui pourraient être un game changer ; et l’effet d’entraînement sur les autres gros émetteurs industrialisés (Russie, Indonésie, Proche Orient, Canada, Australie) et sur les pays en développement, devenus « moteur principal de l’accroissement des émissions ». 

Cependant « le diable reste dans les détails » avertit la chercheuse Sandrine Maljean-Dubois : ne serait-ce que la faiblesse des financements à destination des PED pour les aider à s’adapter, le Fonds vert pour le climat n’a reçu qu’1,2 Mrd $ depuis 2015 alors qu’il doit atteindre 100 Mrd $ d’ici 2025, …  

L'effort des industriels attendu

Le marché des véhicules électriques décolle (8 % des ventes en France cette année) ; d'autres sont plus balbutiants : l’hydrogène vert. Quant aux innovations technologiques ou "naturelles" comme les « puits de carbone », « solution risquée qui arrive en dernier ressort dans une analyse coûts-bénéfices », juge l’Ademe. 

Mais le principal levier, ce sont les marchés du carbone qui instaurent des quotas et un prix des surplus de C02 afin de donner un avantage comparatif aux industries les plus vertes et de plafonner les émissions ; celui de l’UE depuis 2005 concerne des dizaines de milliers de sites industriels à forts rejets : sidérurgie, raffineries, matériaux de construction ; il a permis de réduire de 25 % les émissions de CO2 tout en conservant la croissance, insistait Ursula von der Leyen.

Cependant, l’aviation civile et le transport maritime (13 % des émissions mondiales) en sont toujours exemptés, et les quotas sont trop souvent contournés, souligne encore Sandrine Maljean Dubois. 

Christian de Perthuis veut voir le verre à moitié plein et préconise d’accentuer le « rationnement des émissions de CO2 » pour atteindre l’objectif de 2030 : non en attribuant des quotas individuels, « similaires à la gestion des pénuries en temps de guerre », mais avec une triple réforme des marchés carbones : inclure les transports et le bâtiment, tripler le prix actuel du carbone pour le faire passer à 100 € par tonne, et revoir le système d’allocations gratuites des quotas : au début, outil anti-délocalisation, mais devenu au fil du temps une « subvention à l’usage des énergies fossiles ». C'est un handicap commercial pour les pays les plus verts-tueux, mais c’est une autre histoire à venir : celle de la taxe carbone… 

XM

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