LE DIRECT
Le projet de "Pacte Finance Climat", porté par Pierre Larrouturou et une coalition politico-civile : il prévoit une taxe à 0,1 % sur toutes les transactions financières, qui repporterait à l'UE 57 milliards d'euros.

Taxe sur les Transactions Financières : moins efficace, plus de chances ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Des négociations difficiles pour le budget européen : malgré un accord mardi entre les Etats et le Parlement, son Rapporteur, l’eurodéputé Pierre Larrouturou est en grève de la faim depuis deux semaines… Il demande notamment une plus forte taxe sur les transactions financières.

Le projet de "Pacte Finance Climat", porté par Pierre Larrouturou et une coalition politico-civile : il prévoit une taxe à 0,1 % sur toutes les transactions financières, qui repporterait à l'UE 57 milliards d'euros.
Le projet de "Pacte Finance Climat", porté par Pierre Larrouturou et une coalition politico-civile : il prévoit une taxe à 0,1 % sur toutes les transactions financières, qui repporterait à l'UE 57 milliards d'euros. Crédits : pacte-climat.eu

Sept kilogrammes de moins pour peser sur plus de 1000 milliards d’euros : c’est pour l’instant le pari de l’eurodéputé de centre-gauche Pierre Larrouturou, en grève de la faim depuis le 28 octobre. Le rapporteur du Budget au Parlement est l’un des rares élus à ne pas afficher sa satisfaction après l’accord sur ce budget 2021-2027. Et au Parlement rapporte, Le Monde, son initiative fait sourire, voire irrite : ses collègues se lâchent, l’un parle de « régime », l’autre de « rapport légèrement trumpiste à la vérité ». 

L’élu résiste, après une longue épreuve de force entre le parlement et les Etats : au-delà d’une rallonge de quelques milliards d’euros, la bataille portait aussi sur une nouveauté : une taxe sur les transactions financières. Pour le député, le compromis passe d’autant moins que, si l’option retenue est censée rapporter 3,5 Mrd € par an, l’assiette et le taux d’une telle taxe sont si infimes qu’ils épargnent « approximativement 99 % des transactions » affirme-t-il, en reprenant les critiques de l’Autriche.   

Ajoutez à cela qu’elle ne prendrait effet au plus tôt qu’en 2026, pour un budget jusqu’en 2027 : le compromis ressemble à une évacuation en règle.

La Taxe sur les Transactions Financières (TTF) : vieux serpent de mer théorique

Ce serpent s’enroule autour du prix Nobel James Tobin en 1972, mais remonte aussi jusqu’à  Keynes ! dans sa Théorie générale… de 1936 : taxe à l'originie limitée aux transactions monétaires, pour réguler la spéculation et atténuer la volatilité des marchés : « jeter du sable dans les rouages », disait Tobin.  

Peu d’écho à l’époque, la finance en plein boom ne voulait pas de marchand de sable. Pourtant, si elle est tombée pendant vingt ans « comme une pierre dans un puits profond » (constate Tobin à la verve insoupçonnée), l’idée réapparaît à chaque crise financière ou budgétaire : années 90’, 2008, 2011… 

Désormais, l’objectif est d’utiliser les recettes pour des besoins plus spécifiques : abonder le FMI ou la BM chez Tobin, puis l’aide au développement quand les ONG l’ont reprise dans les années 1990, mais aussi réduction des déficits, transition climatique : une vraie taxe « sapin de Noël » ! 

Promesses politiques et doutes sur l’efficacité d’une TTF

Le G20, l’ONU s’en sont emparés et ont commandé des rapports plutôt prometteurs. Nicolas Sarkozy s’en est fait le héraut, François Hollande a fait voter une loi en 2012. 

Son efficacité est cependant contestée. Pour tous les Etats, c’est d’abord le traditionnel dilemme de l’impôt (quel est le taux le plus efficace avant d’être contre-productif ?) ; et c’est aussi un choix incertain, entre sécurité budgétaire et compétitivité financière, dans un marché européen féroce. 

En pratique, même si elle a rapporté près de 950 M € en 2016 selon la Cour des Compte, la taxe française ne remplit pas ses objectifs de stabilisation budgétaire, de régulation financière, ni d’entraînement des autres pays européens. 

Une solution pour le budget de l’Union ? 

L'idée est d'« autonomiser » le budget, le libérer du jeu politique des Etats : Environ 40 % provient des taxes à l’importation et des prélèvements sur les TVA ; et l’UE est à la recherche de nouvelles ressources qui lui soient propres : marchés carbone, ou nouvelles taxes, sur le plastique dès janvier - et la TTF… 

Or la proposition franco-allemande actuelle est loin des 0,1 % de prélèvements et des 57 Mrd € de recettes - 10 % du budget - dont rêvaient les députés qui soutenaient celle de la Commission ; et que Pierre Larrouturou a reprise dans son projet de « Pacte Finance Climat » : selon lui, la TTF devrait être l’outil principal pour débloquer la transition énergétique, alors que le Green Deal a du plomb dans l’aile. 

Cette taxe est l’objet de tellement de désaccords que, plus elle est faible, plus elle a de chances de passer. Pierre Larrouturou soupçonne Bercy de freiner en sous-main : « scandaleux » ! répond le Ministère. Pour l’instant, la TTF ne séduit pas, ou seulement quand elle est inopérante...

XM

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......