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Il y a presque un an (ici lors des manifestations contre la réforme des retraites en janvier 2020), la dette française atteignait 90 % du PIB ; elle sera de 120 % à la fin de l'année.

Dette du Covid : en avoir ou pas ?

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Alors que la BCE étend son rachat de dette des Etats, la question de leur remboursement fait de nouveau débat. Certains réclament une annulation pure et simple : débat technique et très politique.

Il y a presque un an (ici lors des manifestations contre la réforme des retraites en janvier 2020), la dette française atteignait 90 % du PIB ; elle sera de 120 % à la fin de l'année.
Il y a presque un an (ici lors des manifestations contre la réforme des retraites en janvier 2020), la dette française atteignait 90 % du PIB ; elle sera de 120 % à la fin de l'année. Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Ces 300 milliards d'euros de "dette Covid", c’est l’autre face du « quoi qu’il en coûte » ; et dans le contexte d’incertitude actuelle, imaginer son remboursement est comme aller sur la face cachée de la Lune avec un tracteur télécommandé.  

Car si la BCE entend poursuivre jusqu’à au moins 2022 son programme de rachat d’urgence avec désormais 1850 Mrd € d’obligations d’Etat acquises, seuls 5 pays de la zone euro conservent une dette publique inférieure à leur PIB ; et avec ¼ de la dette totale, la France est dans une situation délicate pour sa crédibilité :    

C’est celle de l’Italie il y a 20 ans se désole l'économiste Marc Touati dans Capital - près de 120 % du PIB à la fin de l’année - et la pression augmente : le FMI a récemment réclamé « un plan crédible et ambitieux de rééquilibrage  axé sur des réformes budgétaires structurelles » ; le Ministre des Comptes Publiques Olivier Dussopt a lancé un groupe de travail qui rendra un rapport en février ; et pour l’instant, écrit Jean-Marc Vittori dans Les Echos , « la dette publique flambe mais sa facture est gelée. » 

Comment rembourser alors qu’il faut relancer l’économie ? 

Les perspectives de remboursement classiques sont limitées et douloureuses : ou plus d’impôts, ou de l’argent plus cher (l’inflation), ou d’autres solutions de « répression financière » pas plus agréables ni justes, rappelait déjà Jean-Pisani Ferry au printemps dans Le Monde ; et ces solutions demanderaient de toutes façons le retour à une croissance forte et durable. A défaut : ce serait la restructuration, comme pour la Grèce en 2011.  

Et pour éviter une cure d’austérité budgétaire, dit Jézabel Couppey-Soubeyran dans The Conversation, la solution est radicale : annuler la dette Covid détenue par la BCE. Dette à perpétuité sans intérêts, ou annulation d’un coup de crayon : pour elle et plusieurs chercheurs et élus, la BCE pourrait « neutraliser » sans dommage la dette des Etats afin de leur permettre de réinvestir au plus vite plutôt que de plomber les ailes de la relance avec les intérêts.  

Une position "iconoclaste"  

C'est ce que revendiquaient en mai dans Le Monde Jézabel Couppey-Soubeyran et ses collègues,aussitôt accusés d’user du « mythe de la monnaie magique », tour de « passe-passe » à destination des marchés ou de tentative de « conversion à l’économie vaudoue » - en tout cas de« péché contre la démocratie » disent les économistes proches du gouvernement : Jean Pisani-Ferry, le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau ou encore l’économiste en cheffe à la DG Trésor Agnès Bénassy-Quéré :  

Pour elle, l’annulation n’est « ni légale, ni utile, ni souhaitable » : contraire aux traités européens qui interdisent le financement direct par les Banques Centrales, sans intérêt d’un point de vue financier, et dangereux pour la BCE qui deviendrait « une simple annexe des 19 Trésors de la zone euro ».  

« Moralisme », « rhétorique » rétorquent les partisans de l’annulation : car en rachetant leurs dettes aux Etats et en leur reversant les dividendes via des taux négatifs, la BCE leur permet déjà de se refinancer « en interne » à bon compte ; et pour s’égayer dans la bataille d’arguments techniques, on se jette à la figure Mendès France pour qui « gouverner c’est choisir », et Max Weber qui ironise sur la religion de la monnaie…   

Plus qu’une crise de surendettement, une crise de la stratégie financière publique ?  

Le problème concret c’est la monétisation, voire la sur-monétisation actuelle, « pathologique » dit Agnès-Bénassy Quéré : trop de monnaie pour trop peu d’investissement :  10 000 milliards d'euros d’actifs à taux négatifs ds le monde, rappelle Jean-Marc Vittori dans Les Echos. 

Or, à ce moment crucial où la dynamique manque de souffle (la déflation est suivie « de près »dit Christine Lagarde), deux visions stratégiques de la dette et du rôle de la BCE s’opposent : pour Agnès Bénassy Quéré, c’est une ressource pour lubrifier le système et un gage d’honorabilité, pour Jézabel Couppey-Soubeyran, c’est un boulet fiscal et une épée de Damoclès sur l’autonomie politique des Etats…   

Annuler ou rembourser la dette du Covid ?  

"Le plus sage" n'est ni l’un ni l’autre, dit Patrick Artus dans Le Point, mais d’attendre :car 31 % de la dette publique revient à la BCE, explique-t-il, mais 89 % est détenue par des investisseurs privés, banques et épargnants ; et les rembourser aussi est dangereux : si l’Etat rembourse les investisseurs privés, ils devront trouver des marges et des rendements ailleurs avec de forts risques, s’il rembourse la BCE, c’est un risque de crise de l’euro et de crise bancaire. 

« Il y a crise lorsque la vérité entre en conflit avec le temps » disait le philosophe Gilles Deleuze… L’argent pas cher, la dette sans risque, et le rôle que font jouer les Etats à la BCE : c’est l’autre face du « bazooka monétaire » européen, le projectile qui revient.

XM

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