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Lithogravure chimique dans l'usine allemande X-Fab de Corbeil-Essonnes rachetée au français Altis en 2016. L'Europe n'est présente que sur 10 % du marché des puces électroniques, 90 % des circuits imprimés sont fabriqués dans les fonderies d'Asie.

Semi-conducteurs : le souverainisme sur les rails du silicium ?

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Une alliance européenne des puces électroniques : c’est la réponse des autorités à la pénurie de semi-conducteurs dans le monde entier. Entre les Etats-Unis et l’Asie, l’Europe se glissera-t-elle sur les rails de la prochaine révolution industrielle ?

Lithogravure chimique dans l'usine allemande X-Fab de Corbeil-Essonnes rachetée au français Altis en 2016. L'Europe n'est présente que sur 10 % du marché des puces électroniques, 90 % des circuits imprimés sont fabriqués dans les fonderies d'Asie.
Lithogravure chimique dans l'usine allemande X-Fab de Corbeil-Essonnes rachetée au français Altis en 2016. L'Europe n'est présente que sur 10 % du marché des puces électroniques, 90 % des circuits imprimés sont fabriqués dans les fonderies d'Asie. Crédits : Thomas Samson - AFP

C’est « une dépendance vis-à-vis de l’Asie excessive et inacceptable » s’est ému Bruno Le Maire lundi, après des semaines de pénuries de puces électroniques : ces petits circuits intégrés en silicium nécessaires pour à peu près tout ce qui n’est pas un jouet en bois ; pénurie qui cause des tensions sur l'IPhone 12, des ruptures sur la Playstation 5, et surtout un ralentissement dramatique de la production automobile mondiale :

Fautes de composants pour les systèmes d’assistance à la conduite et les batteries, plusieurs constructeurs, de Renault jusqu’à General Motors, ont mis leurs usines au ralenti ou les ont fermées : ce sont pour l'instant un million de véhicules en moins et 60 mmiliards de dollars de manque à gagner estimés par IHS Markit, pour une industrie très affectée par le covid et en plein redémarrage. Pour Samir Touzani des Echos, la pénurie de semi-conducteurs plombe déjà les ailes fragiles de la relance.

La situation risque aussi de laisser l’UE sur le bord de cette révolution du silicium, souvent comparée à celle de l’acier au XIXème siècle, rappelle Philippe Escande dans Le Monde : les circuits intégrés sont les vrais rails du monde de la microélectronique et l’immense majorité est fabriquée en Asie. Avec 10 % du marché, l’UE pourrait regardee passer le train du monde d’après.  

Même problème de dépendance que pour les masques et les vaccins ?

Là aussi des stocks trop faibles et une demande inédite d’appareils électroniques lors du confinement ont provoqué la crise de dépendance ; dépendance liée, comme pour les biens médicaux, à une chaîne de valeur très éclatée géographiquement : répartie grossièrement entre les concepteurs européens et américains qui dessinent et utilisent les puces et les fondeurs, ceux qui fabriquent les circuits imprimés.

Quatre pays d’Asie (Taïwan, Corée du Sud, Japon, Chine) sont les premiers « fondeurs », mais les « designers » américains contrôlent 90 % du marché mondial ; or, avec le taïwanais TSMC leader mondial à bout de capacité et la Chine qui a fait des stocks énormes l’année dernière, c’est un peu comme si le Détroit de Formose des circuits intégrés était bloqué : phénomène de « goulot d’étranglement », dit la Maison Blanche.

En désespoir de cause fin janvier, l’Allemagne demandait directement à Taïwan de produire plus ; mais même s’il le pouvait, le processus chimique de gravure industrielle est lent ; et la plupart  des experts  pensent qu’on en a pour 6 mois, voire 9 dans l’automobile. 

Nouvelle bataille du rail électronique sino-américaine

Les offensives se préparent à grands coups d’investissements et de course aux technologies de miniaturisation, clef de la puissance de calcul : des milliards pour des nanomètres… Du côté des Etats-Unis, ce sont 22,8 milliards de dollars en juin dernier pour soutenir leurs constructeurs (Intel et Micron Technology), plusieurs mesures annoncées par l’Administration Biden, et surtout un « rideau de fer technologique » (écrit Philippe Escande) qui s'impose face à Pékin : en restreignant les licences d’exportation de puces américaines vers Huawei, et le leader chinois SMIC : une « catastrophe » dit un professionnel chinois au Monde. 

De son côté la Chine, elle-même ultra-dépendante aux importations de circuits intégrés, a débloqué 88 milliard de dollars d’aides pour atteindre 70 % d’autosuffisance d’ici 2025 ; selon Siecledigital.fr elle pratiquerait même un débauchage intensif de dirigeants de grandes entreprises US vers ses start-up.

La bataille est tous azimuts, les Etats-Unis se dépouillant et dévorant tour à tour : Intel a vendu une de ses divisions au Coréen Hynix qui veut concurrencer son compatriote Samsung, et Nvidia veut racheter le britannique Arm pour 40 milliards de dollars ; ce à quoi Bruno Le Maire s’est déjà dit « pas favorable », voulant préserver les « entreprises stratégiques » du rachat.

Quelle place pour une souveraineté microélectronique européenne ?

Entre les restrictions américaines et la prédation chinoise, l’Europe est prise en étau écrit Mathieu Duchâtel dans une note pour l’Institut Montaigne ; et avec trois constructeurs bien plus petits que ses concurrents (ST Microelectronics, NXP et Infineon), elle part de loin. 

Mais l'UE veut aller vite : les financements de l’Alliance microélectronique présentée en décembre par 18 pays européens dont la France, sont importants : 20 à 30 milliards d'euros « pour commencer » avait dit le Commissaire UE Thierry Breton, et jusqu’à 20 % du plan de relance soit 145 milliards d'euros pour des puces de quatrième génération avec une finesse de gravure inédite (2-3 nm).

Comme pour la Chine, le saut technologique est important, dans Les Echos un industriel évoque 10 ans pour y parvenir ; mais l’UE peut déjà développer certains atouts insiste Mathieu Duchâtel : des technologies de pointe, comme la lithogravure à UV et les logiciels d’assistance, ou un meilleur contrôle des investissements. Comme le disait la chanson : « prendre du recul, c’est prendre de l’élan ».  

XM

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