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Outre les vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna, 45 candidats sont recensés par l'OMS. Sept compagnies chinoises y travaillent, comme ici hier à Pékin, dans un installation ad hoc de Sinovac.

Vaccins : l’arme économique décisive ?

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Depuis une semaine les annonces de vaccin anti-Covid se multiplient. Deux d'entre eux en particulier, suscitent autant d’euphorie que de doutes. S’ils ne sont pas la solution ultime contre le virus, pourraient-ils être une arme décisive pour appuyer la reprise ?

Outre les vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna, 45 candidats sont recensés par l'OMS. Sept compagnies chinoises y travaillent, comme ici hier à Pékin, dans un installation ad hoc de Sinovac.
Outre les vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna, 45 candidats sont recensés par l'OMS. Sept compagnies chinoises y travaillent, comme ici hier à Pékin, dans un installation ad hoc de Sinovac. Crédits : Wang Zhao - AFP

« Dis seulement une parole et je serai guéri », demandait le centurion dans la Bible : c’est ce qui s’est produit pour les marchés financiers après les annonces de vaccins efficaces à 95 % par les laboratoires Pfizer-BioNTech et Moderna. C’est la preuve de la faisabilité d’un vaccin, souligne la virologue Marie-Paule Kieny ; et c’est le signal qu’attendaient les investisseurs : les bourses européennes ont enregistré des hausses de 4 à 8 % le jour de l’annonce de Pfizer, les plus fortes depuis le printemps.  

« Exubérance réactionnelle classique » dit l’économiste de la santé Frédéric Bizard : l’« effet vaccin » relance « un fort appétit de risque » indique un gestionnaire d’actifs à l’AFP ; mais il entraîne aussi un rééquilibrage des valeurs  avec des remontées brutales jusqu’à 15 % pour les transports et les autres secteurs victimes de la crise, et des baisses parfois d’autant des indices des « profiteurs de guerre » : Zoom Video, ou les plateformes de livraison… 

L’euphorie ne touche d’ailleurs pas que la bourse : les réservations d’Easy Jet ont fait un bond de 50 % ce lundi, après l’annonce du laboratoire Moderna, les vacanciers aussi retrouvent le chemin des rêves. 

L'émergence d'un « New Pharma » ?  

L’expression n’est pas attestée mais l'industrie pharmaceutique antic-covid ressemble au "New Space" : la rencontre d’une organisation industrielle un peu spartiate, d’une nouvelle technologie moins coûteuse et d’une très forte et urgente demande. Ainsi parmi les 47 candidats vaccins recensés par l’OMS, ceux de Pfizer et Moderna utilisent une technologie nouvelle : l’ARN messager, des bouts d’instructions génétiques conçus  pour cibler le virus.  

Cette R&D accélérée a plusieurs conséquences sur l’économie pharmaceutique : d’abord la coopération - start-ups - laboratoires historiques permet d’innover vite et de produire en masse ;  

Ensuite, un vaccin à ARN plus rapide à produire qu’un vaccin à base de virus, a aussi un fonctionnement low cost, puisque ce sont en réalité les cellules du patient qui en fabriquent la moitié (des protéines virales) une fois injecté : le laboratoire « sous-traite » une partie de la production chez le patient.  

Enfin, la validation de ces vaccins dopera peut-être la recherche sur d’autres vaccins ARN contre le virus Zika, ou des traitements individualisés contre le cancer.   

Des vaccins plus fragiles et difficilement diffusables ? 

Outre les incertitudes sanitaires, l’organisation logistique est elle-même « un grand défi », reconnaît un dirigeant d’Air France (2 avions cargos seulement), alors qu’il en faudrait 8000 selon France Info pour acheminer les milliards de doses nécessaires, et que leur transport et stockage devrait être réfrigéré à - 20°C ou - 70°C.  

Viennent aussi les inquiétudes quant au partage mondial : Pfizer et Moderna ont  annoncé près de 2 Mrd de doses pour l’année prochaine ; mais si les 20 premiers millions d’américains seront vaccinés avant le nouvel an, l’UE ne vaccinera pas avant le début de l’année prochaine.  

Et puis, ces vaccins relativement chers (celui de Pfizer coûte 40 $ pour les deux doses requises) seront difficiles à financer par les PED. Or l’enjeu est crucial : des universitaires américains ont calculé que si les Etats partagent en fonction de leur population, la mortalité mondiale due au Covid baisserait de 61 %, seulement d’1/3 s’ils le font en fonction de leurs revenus.  

Un « effet vaccin » sur la reprise ?  

Le vaccin permet de fixer une échéance et faire de nouveau des projections en fonction du moment et de l’étendue de sa distribution : la RAND Corporation prévoit qu’un vaccin disponible dès l’an prochain, pour les principales économies mondiales diviserait par 3 les pertes mondiales, par 66 s’il l’est dans tous les pays développés. Pour la France, le cabinet Astérès estime qu’un retard de 6 mois dans une campagne de vaccination qu’il fixe à mi-2021, coûterait 60 milliards d'euros de plus.  

Dans tous les cas,  il n’y aura pas de rattrapage global prédit la presse spécialisée. Aux Etats-Unis, les plus optimistes espèrent un retour aux 3,5 % de chômage dès le milieu de l’année prochaine ; mais le _Wall Street Journal  _prévient : « le vaccin va relancer l’économie, mais pas d’un coup » ; certes la croissance sera « plus rapide et plus orientée vers les services, dit un spécialiste ;  mais en terme d’emploi, il faudra probablement attendre 2 ans avant un retour à la normale ».  

Avec le vaccin, « la sidération a laissé la place, tant bien que mal, à l’adaptation » dit l’INSEE mardi ; cependant la qualité de la croissance a changé : Finis les espoirs de reprise en V, c’est bien une reprise en K, et en K aplati, avec des secteurs durablement touchés… Dali avait inventé les montres molles : voici la nouvelle « croissance molle ».

XM

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