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Si les deux chaînes ont décrit dans le détail le montage financier du mariage, le nom de la nouvelle entité n'est toujours pas connu.

Télévision-GAFA : « grossir ou mourir » ?

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Un certain enthousiasme et beaucoup de débats après l’annonce lundi de la fusion entre TF1 et M6. L'opération se veut défensive face aux GAFA : l’audiovisuel français serait sauvé par sa taille ?

Si les deux chaînes ont décrit dans le détail le montage financier du mariage, le nom de la nouvelle entité n'est toujours pas connu.
Si les deux chaînes ont décrit dans le détail le montage financier du mariage, le nom de la nouvelle entité n'est toujours pas connu. Crédits : Lionel Bonaventure - AFP

C’est d’abord un rapprochement historique, un « Big Bang dans les médias » titre le Point : les deux vieux concurrents de plus de 30 ans, l’ancienne chaîne publique TF1 et l’ex chaîne de clips musicaux M6, première et troisième en audience ,vont devenir le groupe dominant en France, nouveau « géant » au cinquième rang des médias européens. 

Ce champion pourrait aussi bousculer l’écosystème audiovisuel français, dans lequel le financement de la production est en partie assuré par les obligations des chaînes et leur multiplicité, ce qui « sauvé le cinéma français du sort de ses voisins européens », dit Philippe Escande du Monde ; Pour le journaliste spécialisé du Figaro Enguerrand Renault, « en une soirée, le paysage audiovisuel français (PAF) a totalement changé d’époque. »

Concentrations en série

A l’échelle française, l’affaire ressemble un peu à la fusion Veolia-Suez : par son ampleur (un groupe de 3,4 Mrd €) et parce qu’elle est présentée par les propriétaires des chaînes – Bouygues pour TF1 et Bertelsmann pour M6 – comme une opération défensive face aux GAFA, qui captent désormais la majorité des revenus publicitaires : « resserrer les rangs » pour une « fusion anti-Netflix » écrit l’AFP.

Ce rapprochement résonne aussi avec celui d’AT&T et Discovery annoncé le même jour, même si le nouveau géant américain du divertissement serait 12 fois plus gros : c’est le « syndrome Omar Sy », titre Dominique Seux des Echos, du nom de l’acteur arraché par Netflix à l’audiovisuel français, le scénario le plus évident « Grossir ou mourir ».

Consensus parmi les marchés et les autorités politiques ?

Dès mardi, « la Bourse applaudit » titre les Echos : les actions de TF1 et M6 flambent de plus de 8 % et 5 % respectivement, le groupe rapporterait 461 millions d'euros par an (résultat d'exploitation), avec un potentiel de progression des cours jusqu’à 40-60 % selon un cabinet spécialisé.

France Télévisions aussi se réjouit ouvertement : « plutôt une bonne nouvelle et une saine émulation » disait hier son directeur des antennes, présentant même sur Europe 1 la télévision publique comme les « marieurs » de l’intrigue, via la plateforme de diffusion VOD commune « Salto » créée l’an dernier avec M6 et TF1.

Le Monde et Mediapart ont aussi dévoilé un appui actif de l’Elysée au projet ; d’ailleurs, si le gouvernement n’a pas encore commenté le rapprochement, le fait qu’il y soit « favorable » été annoncé hier par le directeur général de TF1 Gilles Pélisson.

Les deux groupes cherchent un effet de taille, certains craignent « un effet de rente » sur le marché publicitaire ?

« Bouleversement pour la pub et les droits TV » annonce 20 Minutes : le nouveau groupe représenterait 42 % des audiences (30 % pour France Télévision) et les ¾ des recettes publicitaires ; et serait présent à tous les niveaux souligne Le Figaro : de la production jusqu’à la VOD en passant par le cinéma ; sans compter la plateforme Salto qu’il dominerait désormais aux 2/3.

Un premier obstacle survient avec le CSA, puisque la nouvelle entité posséderait 10 chaînes de TV alors que la loi n’en autorise que 7. La présidente de l’Autorité à la concurrence Isabelle da Silva – seule à s’être exprimée jusqu’ici – déclarait mardi sur France Info vouloir examiner l’opération avec « un esprit ouvert mais beaucoup de vigilance ». 

Les mariés ont pris des précautions : le montage leur assure un contrôle sur 46 % des parts, sous le seuil de concentration fatidique des 49 % ; mais le patron de TF1 avertissait hier : toute cession de chaîne tuerait la fusion.  

Les règles de concurrence pourraient-elles évoluer ?

C’est la deuxième lecture de l’histoire dit Dominique Seux : après Roularta, Mondadori, Axel Springer, Pearson, Bertelsmann ne serait que le dernier d’une longue série d’étrangers à quitter le territoire, dégoûté par sa réglementation ; en réalité Bertelsmann ne se retire pas complètement mais en annonçant cette fusion de manière abrupte, il partage en quelque sorte avec Bouygues les coûts d’une opération de lobbying :

« Coup de poker » écrit Le Figaro : TF1 et M6 « mettent les pouvoirs publics devant le fait accompli » et font un pari sur le desserrement de règles décriées par les chaînes : seuils de concentration, quotas de diffusion et de financement des années 80’: « délire bureaucratique », lançait sur France Inter l’ancien dirigeant de TF1 et sommité du milieu Xavier Couture.  

L’Autorité à la concurrence a déjà indiqué qu’elle pourrait prendre en compte la publicité numérique dans la définition du marché dit « pertinent », ce qui minimiserait l’effet de concentration ; mais elle est aussi « prise entre deux feux » écrit Le Monde : libérer la réglementation face aux plateformes, alors qu’elle tente de les soumettre à cette même réglementation.

XM

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