LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
A l'entrée d'un centre commercial à Pékin ce lundi. Réussir le rééquilibrage d'une partie de la croissance vers la consommation intérieure est un des principaux défis des autorités chinoises actuelles.

Croissance chinoise : combien de "découplages" ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Après l’effondrement, la reprise et après la reprise, l’accélération de la croissance chinoise : la crise semble derrière et la Chine est devant tout le monde. Est-ce le moment du grand « découplage » ?

A l'entrée d'un centre commercial à Pékin ce lundi. Réussir le rééquilibrage d'une partie de la croissance vers la consommation intérieure est un des principaux défis des autorités chinoises actuelles.
A l'entrée d'un centre commercial à Pékin ce lundi. Réussir le rééquilibrage d'une partie de la croissance vers la consommation intérieure est un des principaux défis des autorités chinoises actuelles. Crédits : Wang Zhao - AFP

Avec presque 5 % de croissance au troisième trimestre, la reprise chinoise est unique au monde par son ampleur et parce qu’elle est véritablement... la seule. Du point de vue froid et dur du PIB, la crise sanitaire est effacée. L’agence Chine Nouvelle égrène les bons commentaires des analystes les plus reconnus des marchés (Jim O’Neill) au sujet de sa reprise en « V », comme Victoire bien sûr. Les perspectives pour 2021 ne sont pas moins prometteuses, avec pour l’instant plus de 8 % de croissance prévue.  

En fait selon les chiffres du début de semaine, les principaux moteurs de la croissance ont repris à presque 100 % des niveaux d’avant le Covid : la production industrielle - automobile, matériel médical et informatique, les services et les exportations sont de nouveaux en hausse. 

Grâce à sa gestion « radicale » de la pandémie, explique l’investisseur et essayiste David Baverez dans Les Echos - et ce n’est pas le seul - Pékin a pu relancer son économie plus tôt et plus vite, et à moindre coût que le reste du monde qui stagne encore dans la lutte sanitaire : c’est le premier découplage.  

Deuxième découplage : une « reprise à deux vitesses » ?    

C'est la formule du correspondant des Echos à Pékin Frédéric Schaeffer. Comme d'autres, il souligne une série de fragilités, qui pourraient être de véritables fractures : 

D’abord, la crise a fait des dégâts, le chômage officiel - et encore seulement en ville - est à 5,4 %, à 10 % plus probablement avance Le Monde, et le creusement abyssal des inégalités sociales cette année est propre à stimuler tous les scénarios d’explosion. 

Sur le plan territorial, selon le South China Morning Post, la reprise beaucoup touche moins les régions que les grands centre Shanghaï-Pékin-Guangdong, et moins les PME que les grandes entreprises.

Et puis, beaucoup d’interrogations subsistent quant à une croissance dopée par les investissements publics alors que la consommation intérieure stagne à 40 %, des niveaux inférieurs aux pays OCDE. 

La « double circulation » : un équilibre atteignable ? 

La « double circulation » est le nouveau nom que Pékin a choisi pour nommer sa stratégie de rééquilibrage de la croissance vers le marché intérieur, poursuit Frédéric Schaeffer : la Chine veut la réaffirmer dans son prochain plan quinquennal en mars.  

Cet équilibre est périlleux, dans une période où les salaires ralentissent, les incitations aux particuliers sont faibles et où 600 chinois vivent avec moins de 125 euros par mois (1000 yuans).  

Pékin a-t-il déjà trouvé ses nouveaux relais de croissance ? 

Les analystes notent deux basculements récents : Pour David Baverez, la croissance chinoise est en train de « changer de nature » en se connectant à toute vitesse. Témoin, dit-il : les investissements gigantesques (400 Mrd $) dans le numérique, qui prennent le relais de l’immobilier en ralentissement. A elle seule, Shanghai aurait déjà construit autant de relais 5G que prévoit la France pour 2025.

Deuxième aspect, le verdissement : selon le spécialiste des métaux Didier Julienne, l’annonce il y a moins d’un mois par Xi Jinping de la neutralité carbone d’ici 2060 impliquerait une baisse de 60 % de la consommation liée au charbon et 30 % d’énergies renouvelables en plus d’ici 5 ans. Ce « Yin et le Yang du Carbone » sera un autre équilibre délicat. 

Or, pour l’atteindre, indique Reuters, le PCC serait même prêt à ne plus fixer d’objectifs de croissance, ou d’objectifs intenables, ce qui serait une première. S'il en fixe un, il tournerait autour de 5 %, presque deux fois moins qu’entre les réformes de 1978 et 2014 : basculement historique.  

Une croissance chinoise plus autonome, ou séparée du monde ? 

« Fantasme » pour certains ou « déjà commencé » pour d’autres, le grand découplage est aussi celui de la croissance chinoise d'avec ses marchés privilégiés depuis son entrée dans l'OMC en 2001. Car même si la guerre commerciale avec les Etats-Unis et leurs restrictions l'ont amplifié, la Chine s'est lancée depuis 2015 dans une stratégie de montée en gamme pour gagner en autonomie. Le « Made in China 2025 » est devenu le « China Standard 2035 » mais l’objectif reste le même : devenir le premier prescripteur de normes mondial.  

Or, non seulement l’Union Européenne commence à prendre des positions plus fermes, la Suède est devenue mardi le premier Etat membre à avoir aussi banni Huawei.   

Mais en plus, en se concentrant sur les hautes technologies et le secteur bancaire, la guerre commerciale a « muté » et devient plus dangereuse pour la Pékin, écrit Virginie Mangin dans Le Figaro, s’appuyant sur une étude de Bloomberg qui estime la perte de 1,6 % points de croissance pour la Chine, contre 0,3 % pour les Etats-Unis si le découplage est effectif d’ici 2030. 

Avec une croissance à 4,5 % à ce moment-là, Pékin pourrait-elle réussir son découplage, ou se retrouvera-t-elle dans quelques mois seule en tête avec une production en surchauffe ? 

XM

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......