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Les nouveaux billets de 100 dollars en 2013. Cette année-là, le resserrement monétaire de la FED avait provoqué un "taper tantrum" de la part des marchés : une "colère" face à la hausse des taux et la baisse de liquidités.

Banques Centrales - Bourses : comment ralentir la planche à billets ?

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Les bourses hésitantes après les annonces de la banque centrale américaine la semaine dernière : les marchés redoutent la fin de la politique accommandante de taux bas et de rachats de dette ; mais comment ralentir la planche à billets ?

Les nouveaux billets de 100 dollars en 2013. Cette année-là, le resserrement monétaire de la FED avait provoqué un "taper tantrum" de la part des marchés : une "colère" face à la hausse des taux et la baisse de liquidités.
Les nouveaux billets de 100 dollars en 2013. Cette année-là, le resserrement monétaire de la FED avait provoqué un "taper tantrum" de la part des marchés : une "colère" face à la hausse des taux et la baisse de liquidités. Crédits : Mark Wilson - Getty

Comment et surtout quand provoquer le resserrement monétaire ? C’est la question qui agite les marchés financiers depuis la réunion de la FED la semaine dernière : la banque centrale américaine qui, comme ses homologues, a accentué depuis la crise sa politique de taux d’intérêts très bas et de rachat d’actifs (120 milliards de dollars injectés chaque mois) pour soutenir les investissements, a surpris en annonçant qu’elle pourrait commencer à relever ses taux et limiter ses rachats plus tôt que prévu, le tapering du nom d’une bougie qui s’éteint peu à peu : d’ici 2023 plutôt que 2024. 

Le président de la FED de St Louis James Bullard a achevé de semer le trouble vendredi en annonçant que la hausse des taux pourrait intervenir dès 2022 : toutes les bourses mondiales ont baissé, et la volatilité des indices comme le DAX a grimpé au plus haut depuis un mois aussi note Alexandre Baradez dans Capital, à cause de « l’atmosphère de taper tantrum entourant la FED ». 

Ce taper tantrum, littéralement la colère face au cierge qu’on éteint explique l’économiste Jean-Paul Betbèze, renvoie à un épisode un peu similaire en 2013, lorsque Ben Bernanke, l’ancien président de la FED déjà lancée dans une politique accommodante, avait évoqué un possible resserrement, les marchés se sont « rebellés », se reportant sur les obligations et faisant exploser les taux longs. 

Dépendance des marchés aux banques centrales ? 

L'économiste Gaël Giraud invité hier dans Entendez-vous l'éco parlait de « la protection des marchés financiers assurée par les banques centrales » : car ces dernières ont actionné à fond leurs deux leviers monétaires – taux bas et rachats d’actifs – pour injecter un maximum de liquidités. 

C’est « l’effet TINA », écrit Bastien Bouchard des Echos, there is no alternative : pas vraiment du Thatcher appliqué aux traders, mais le fait que l’abondance de liquidités réduit à néant les taux longs (obligations d’Etat) et force les investisseurs à se tourner vers les valeurs risquées : 

Manière de les inciter aux investissements productifs ; et de les « vacciner » contre le pessimisme, maladie mortelle de la finance, dit le professeur de finance Michel Levasseur dans The Conversation : d’où la stabilité, voire l’« euphorie douce » des marchés ces derniers mois, et la crainte des investisseurs de voir le « cierge » s’éteindre.   

Dans ce contexte, pour les marchés, cette série d’annonces, même prises avec toutes les « pincettes » nécessaires selon le président de la FED Jerome Powell, tranche avec l’habituel discours tout en euphémismes des Banques Centrales, et c’est déjà beaucoup : haussera-haussera pas, Tapera-tapera pas ?... Si la politique accommodante avait été un abreuvoir à dollars et à optimisme pdt la crise, désormais « les portes de saloon claquent sur les marchés » écrit Les Echos. 

Comment sortir de la crise et éviter la suivante ?  

Pour la FED, sortir de la crise, c’est toujours revenir au plein-emploi ; et éviter la suivante, c’est prévenir le risque de « surchauffe » de l’économie – trop de demande pour pas assez d’offre, qui se traduirait par une inflation élevée, ce qui est le cas avec la reprise : 3,4 %, bien au-delà de sa zone cible autour des 2 %. 

Et revoilà le débat sur le plus grand risque, l'inflation : vaut-il mieux laisser la planche à billet tourner au risque de la surchauffe, ou ralentir le rythme au risque de la dépression ? Plusieurs questions préalables se posent : est-ce que cette inflation est inquiétante ? Cela dépend de ce qui la tire, des analystes insistent sur l’absence de pénurie (mis à part semi-conducteurs), d’autres sur le risque de bulle d’actifs. Est-ce qu’elle est durable ? la FED affirme qu’elle devrait se tasser d’ici 2023. 

Le débat s’est politisé : le prix Nobel Joseph Sitgliz dans une tribune sur Project Syndicate, relègue les interrogations d’Olivier Blanchard ou Lawrence Summers au rang de « chiffon rouge » agité pour embarrasser l’administration Biden. Mais au fond, estime dans Les Echos l’analyste financier Karl Eychenne, le débat sur l’inflation est vieux comme la pensée économique et « si les autorités monétaires paraissent si sereines, c’est parce que cela fait près de 40 ans que l’inflation n’a plus grand-chose à voir avec le cycle économique. » 

Des politiques accommodantes de plus en plus controversées ? 

C’est l’éternel nouveau procès de ces politiques d’hyper-abondance monétaire, il n’y a pas si longtemps encore appelées « hétérodoxes » : non pas le procès en hérésie, mais celui en « perversion ». 

C'est ce qu'explique notamment Patrick Artus dans Les Echos : car si les politiques accommodantes diminuent les inégalités de revenus, elles augmentent aussi les inégalités de patrimoine via le prix des actifs détenus par les plus riches, et provoquent donc une hausse globale des inégalités de richesse. Pour y remédier : la réglementation pour « calmer les prix des actifs », et si cela ne suffit pas « l’arme fiscale », comme le font les Etats-Unis : avec des marchés certes en risque de surchauffe, mais tenus en joue par une taxe à presque 40 % sur les plus-values en capital. 

Alors comment calmer les ardeurs d’un partenaire sans l’éconduire ? C’est la question délicate que se posent les banques centrales face aux marchés.

XM

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