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Mobilisation des salariés de Belfort après contre la fermeture de l'usine de turbines de General Electric

Entreprises : l’ère du Darwinisme économique ?

4 min
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Alors que certaines activités vont de nouveau subir des restrictions sanitaires, l’avenir de milliers d’entreprises en France est toujours menacé. Derrière les grands plans sociaux, les risques de faillite des PME inquiète professionnels et économistes : l’ère du « Darwinisme » économique ?

Mobilisation des salariés de Belfort après contre la fermeture de l'usine de turbines de General Electric
Mobilisation des salariés de Belfort après contre la fermeture de l'usine de turbines de General Electric Crédits : Sébastien Bozon - AFP

Il est beaucoup question ces dernières semaines de la reprise en K : la forme de la courbe de la relance au sujet de laquelle les économistes se sont écorchés les doigts : presque toute la fin de l’alphabet y est passée, de U à W, sans quand même oublier le L au cas où tout devait stagner après le vol plané du confinement. 

Un K qui signifie qu’il se produit dans nos économies une disjonction de croissance : c’est-à-dire que certains secteurs ont quasiment retrouvé leurs niveaux d’avant la crise, d’autres sont en chute libre. Cette divergence des secteurs dépasse les frontières, avec des écarts de pertes de production de 1 à 6 dans les quatre principales économies de la zone euro : Un K qui veut dire apoKalypse ? Ou mutation du Kapitalisme ? 

Les fortunes contrastées des multinationales frappent l’œil des éditorialistes : dans Le Monde Philippe Escande voit d’un côté le transporteur UPS florissant aux Etats-Unis (on pourrait dire : comme Amazon), de l’autre, les usines de turbines de Belfort appartenant à un autre américain, General Electrics, qui prepare 800 nouvelles suppressions d’emplois. De la même manière, Apple s’envole, Airbus plonge, remarquait François Lenglet sur RTL. 

« Darwinisme économique » ? 

Si le confinement a fait un premier tri entre certains secteurs sans que cela soit forcément en rapport avec leurs performances: transports, tourisme, hôtellerie-restauration et culture, qui sont les premiers perdants sans surprise… 

Même dans la relance, l’impitoyable sélection se poursuit parmi les entreprises, avec cette fois un vif débat sur leur viabilité économique : on le voit cette semaine avec la possible fermeture de Bridgestone, trahison pour les uns, symbole pour d’autres d’une grande mutation technologique en cours dans plusieurs secteurs.

« Accélérateur de tendance » : c’est le sens de la reprise en K, dit encore François Lenglet au sujet des plans sociaux dans l’automobile. La raison : le  « changement de technologie. Là où il fallait 5 personnes pour fabriquer un moteur diesel, il n'en faut plus que trois pour un électrique. »

Simple question d’adaptation, finalement : d’où une reprise « darwinienne » disent certains, ou « façon puzzle », préfère Dominique Seux. 

Bridgestone, un trompe l’œil ? 

Bridgestone est « un symbole trompeur » prévient Etienne Lefevre dans Les Echos : car l’équipementier était en surcapacité de production bien avant la crise.  

En fait, les déboires médiatisés des grandes industries cachent la forêt de souffrance des PME dans la relance. Les grands plans sociaux ne représentent que 57 000 emplois sur les 700 000 supprimés depuis le début de la crise et ce sont les PME subissent plus de 40 % de la perte d’activité totale. 

Et là ce n’est pas le changement technologique, mais le manque de fonds propres qui menace beaucoup d’entre elles. 

D’ailleurs pour prévenir les faillites, l’Etat n’a pas lésiné - peut-être sous l’influence d’Alain Griset, nouveau Ministre Délégué aux PME issu du milieu : ¼ des aides du plan de relance directement fléchées, 10 milliards d'euros de baisse d’impôts à la production et 300 milliards d'euros de prêts garantis. Résultat : pour le moment pas plus de défaillances qu’en temps normal, mais aussi des dizaines de millier d’entreprises sous perfusion.  

Favoriser le darwinisme ou traquer les « zombies » : quelle priorité ?  

C’est vrai que les autorités limitent les dépôts de bilan – Alain Griset s’en félicitait - mais peut-être même artificiellement, avec une certaine complaisance administrative, déplore dans Les Echos le Pdt du Tribunal de Commerce de Lyon qui s’inquiète de ce que le « ménage » ne soit pas fait en ce moment : le « cycle naturel » de 50 000 faillites chaque année. Ce "darwinisme" habituel est aujourd’hui bloqué.  

Les professionnels et certains économistes comme Olivier Babeau sont préoccupés : si la « destruction créatrice » de Schumpeter ne s’opère pas, le monde d’après sera peuplé d’entreprises « Zombies » dopées aux deniers publics. 

Note d’espoir, relèvent les chercheurs Anaïs Daniau et Alexandre Mallard dans The Conversation : la remarquable capacité d’adaptation de certains petits commerces de bouche, où les asperges finissent par côtoyer - non sans difficultés - les bulots et les harengs chez le poissonnier… 

Pour l’instant, le « tissu » semble tenir mais à partir d’octobre, les entreprises devront rembourser aux banques leur prêts reportés de six mois ; et la question est : même s’il y a de la neige à Noël y aura-t-il encore des PME pour vendre la dinde aux marrons ?

XM

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