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Selon une enquête de la DARES en octobre, le télétravail concerne surtout certaines professions aisément qui travaillent déjà avec les outils de télécommunication : comme ici en mai cette salariée d'un groupe de relations publiques.

Télétravail : nécessité fait Loi ?

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Le confinement, et avec lui le retour au domicile et au télétravail a donc décidé l’exécutif. Le gouvernement hésitait mais le « télétravail généralisé » mentionné hier par Emmanuel Macron est finalement imposé aux entreprises : entre aspiration et défiance, nécessité fait loi ?

Selon une enquête de la DARES en octobre, le télétravail concerne surtout certaines professions aisément qui travaillent déjà avec les outils de télécommunication : comme ici en mai cette salariée d'un groupe de relations publiques.
Selon une enquête de la DARES en octobre, le télétravail concerne surtout certaines professions aisément qui travaillent déjà avec les outils de télécommunication : comme ici en mai cette salariée d'un groupe de relations publiques. Crédits : Valéry Hache - AFP

Télétravail généralisé et « 5 jours sur 5 », dans le privé comme dans le public : c’est ce qu’a eu le temps de préciser ce matin Jean Castex devant l’Assemblée Nationale. Les autorités se sont finalement décidées alors que depuis la rentrée, elles avaient pris beaucoup de gants pour ne pas réimposer le télétravail aux entreprises.  

Dans le Protocole sanitaire qu’elles doivent appliquer jusqu’à nouvel ordre – ce soir peut-être, la mesure était simplement « recommandée lorsque cela est possible » et elle portait sur « un nombre minimal de jours de travail par semaine » sans préciser lequel. 

L’exécutif avait aussi maintenu une certaine ambiguïté dans ses déclarations, en présentant le télétravail tantôt comme un outil de lutte sanitaire, tantôt comme un frein économique… Il y a deux semaines, Emmanuel Macron avait même écarté l’hypothèse assez sèchement, en opposant les télétravailleurs aisés "en résidence secondaire", à ceux qui subissaient le télétravail dans des logements exigus.   

A ce moment-là, le Président se contentait d’inviter à « deux ou trois » jours de télétravail par semaine.  

Certaines entreprises exemptées : une prise de risque ?

Sont explicitement épargnés les grands services publics comme les administrations, La Poste, mais aussi l’industrie, le BTP et l’agriculture : des entreprises qui demandent des moyens lourds et qui représente la majorité du PIB, contrairement aux secteurs de la culture ou des petits commerces et services, directement touchés par le reconfinement.

Or, le milieu professionnel est effectivement le premier ou deuxième lieu de détection des contaminations, indique Santé Publique France. Les enquêtes fines manquent cependant pour savoir comment elles se produisent : pause cigarette, repas en restaurants d’entreprise, ou tout simplement transports en commun... 

Emmanuel Macron l’a expliqué hier : l’arbitrage est aussi économique car il veut maintenir l’activité avec « plus d’intensité » encore. Dans la fonction publique, du moins, la Ministre Amélie de Montchalin a mentionné « un objectif de 25 % de salariés en télétravail fin 2020 ».

Nécessité sanitaire, mais efficacité à prouver ?

La crise a relancé le débat sur ses effets sur la productivité : certains s’inquiètent d’un désengagement des salariés, d’autres dénoncent un préjugé d’employeurs et une obsession hiérarchique française-trop-française.

Pour ses partisans, le dernier argument en date est une récente étude Harvard-MIT qui montre un surcroît de 48 mn travaillées au bénéfice de l’employeur. 

Le débat est d’autant plus compliqué qu’il porte aussi sur les conséquences psycho-sociales du travail à distance. Parmi les acteurs réticents, dit René Bancarel dans The Conversation, des managers mais aussi de jeunes salariés qui ont besoin de socialisation et de construire un réseau professionnel. 

Pas de généralisation du télétravail ?

Certains le prédisaient durant le confinement. Finalement, les salariés au télétravail sont passés de 20 % en juin à 12 % dans le privé. 

Ses nouvelles modalités seront l’enjeu d’une négociation sociale qui commencera vraiment lundi.Les syndicats réclament une obligation explicite, pour sortir du flou juridique mais le MEDEF refuse tout texte « normatif ou prescriptif ». 

Pourtant avec la crise, le phénomène progresse : Selon la CPME plus de 600 accords de télétravail 2-3 j/semaine ont été signés depuis janvier ; concernant les grandes entreprises, la Matmut a signé l’un des derniers le 2 octobre, PSA et ADP négocient en ce moment. 

Obligation ou volontariat, nombre de jours, indemnisation des salariés : tout cela se décide d’habitude dans chaque entreprise. Les autorités d'Espagne, Allemagne ou Royaume-Uni débattent cependant de législations ; et le gouvernement des Pays-Bas, lui, a tranché : ce seront deux euros par jour travaillé pour le thé, café, gaz eau, amortissement du mobilier et papier toilette à domicile. 

Auteur d'une récente Ethnologie du bureau, Pascal Dibie s’inquiète cepdendant : le télétravail pourrait être une « rétrorévolution », relativement au « luxe de confort » que sont selon lui devenus les locaux des employeurs, « hôtel 3 étoiles où on allait parfois jusqu’à avoir un dormitorium pour faire la sieste ». C’était le bon temps.

XM 

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