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Le PDG de Total Energies, Patrick Pouyanné à la Défense vendredi dernier, jour de l'AG qui a entériné le changement de nom et de stratégie du pétrolier.

Pétrole : les Majors tiendront-elles le choc du verdissement ?

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Des remous dans les grandes compagnies pétrolières, contraintes de se verdir pour respecter les objectifs climatiques. De Total à Exxon Mobil, les « Majors » cherchent la formule pour transmuter de la transmutation de l’or noir en or vert.

Le PDG de Total Energies, Patrick Pouyanné à la Défense vendredi dernier, jour de l'AG qui a entériné le changement de nom et de stratégie du pétrolier.
Le PDG de Total Energies, Patrick Pouyanné à la Défense vendredi dernier, jour de l'AG qui a entériné le changement de nom et de stratégie du pétrolier. Crédits : Christophe Archambault - AFP

Une accélération de la transition : c'est ce dont veut témoigner le changement de nom de Total en Total Energies, voté en AG de vendredi dernier, signe de la diversification énergétique que le 5ème producteur mondial compte mener dans annonce pour les prochaines décennies. Avec une production de pétrole prévue inférieure en 2030 à celle de 2019, une nouvelle croissance largement appuyée sur le GNL et 2 Mrd € d’investissements dans les énergies renouvelables, son PDG Patrick Pouyanné assure avoir trouvé l’équilibre pour « une compagnie multi-énergies, acteur majeur de la transition énergétique ».

Changement symbolique ou stratégique, alors que les pressions sur le pétrole s’accumulent, l’AIE vient de recommander l’arrêt de l’exploration des énergies fossiles. Sud Ouest a interrogé un dirigeant local qui affirme  que « tout va changer ; mais après ce vote de « république bananière » comme l’appelle Les Echos , qui valide à plus de 91 % le plan de la direction, la presse reste prudente pour qualifier la portée du changement stratégique :

En comparaison des autres "Majors", Total s'engage plus, en se fixant un objectif de  neutralité carbone en 2050 explique l’expert pétrolier Stéphane His dans La Croix ; mais selon pour Michel Le Petit du think tank "The Shift Project", le groupe qui produit 5 % d’énergies renouvelables contre 1 % pour ses homologues reste « un bon élève dans une classe de cancres ». Et avec un pétrole et gaz encore prépondérants en 2030, résume sur France Info la journaliste spécialisée Sandrine Feydel : « le géant noir est loin d’être un géant vert ».

L'AG de Total, champ de bataille de la lutte contre le changement climatique ?

Le vote de vendredi exprime le nouveau rapport de force dans lequel est prise la direction de Total : visée par une intense campagne d’ONG contre le« greenwashing », et sous la pression renouvelée de son actionnariat de ses actionnaires qui demande  des engagements accrus pour sécuriser les rendements, c'est le « plus surprenant et inquiétant » pour les « Big Oil » écrit Jean Michel Bezat dans Le Monde. 

Ces nouveaux actionnaires « activistes » et institutionnels sont soucieux de décarboner et « dérisquer » leurs portefeuilles, explique le journaliste. Onze d’entre eux dont la Banque Postale et le Crédit Mutuel avaient déjà tenté sans succès de faire passer une résolution plus contraignante l’année dernière ; et certains représentent un poids considérable, comme la coalition de Climate Action 100 qui gère à elle seule 54 000  milliards de dollars d’actifs, et dont 34 membres réclamaient à Total de se désinvestir ne plus investir dans des projets d’exploitation.

Mais faut-il protéger la valeur de l’entreprise en 2050 ou le marché existant (80 % de l’énergie est pétrolière) ? La plupart des grands actionnaires ont reculé, la rébellion fait « pschiit » ironise la Tribune, comme Patrick Pouyanné déclarant que « la radicalité n’est pas tout à fait la réponse » ; et la presse pro-écologiste s’inquiète : les actionnaires « choisissent les dividendes plutôt que le climat » regrette Reporterre, pour Mediapart, ils votent pour « le chaos climatique ».

Rébellion générale des actionnaires des Majors ?

Ces dernières semaines toutes les 5 Majors outre Total – Exxon, Shell, BP, Chevron et ConnocoPhilipps ont vécu des assemblées générales dignes d’une Nuit du 4 Août. Les résultats sont cependant variables : Shell valide sa propre stratégie assez semblable à celle de Total : des compensations plutôt qu’une baisse de la production ; Chevron et BP sont forcés de réduire leur empreinte carbone.

C’est surtout Exxon qui a été remarqué car il doit faire entrer au conseil d'administration deux administrateurs activistes, capitulant après une furieuse campagne de lobbying de dizaines de millions de dollars, Financial Times contre NY Times, menée par le fonds Engine n°1, allié à Black Rock et quelques uns des plus puissants fonds de pension américains : « Camouflet », écrit Philippe Escande dans Le Monde pour qui « la fin de l’ère pétrolière est enclenchée et ira plus vite que prévu ». D’autant plus piquant qu’on s’en rappelle, le camouflet n’est qu'une « fumée épaisse que l'on souffle malicieusement au nez de quelqu'un avec un cornet de papier enflammé ».

Les actionnaires ont-ils tous les leviers du verdissement des pétroliers ?

En même temps que les AG d'Exxon et Chevron mercredi dernier, la grande nouvelle a été la condamnation de Shell par un tribunal de la Haye : événement « historique » disent les ONG, « revers cinglant » pour le Monde car le pétrolier est obligé de revoir son plan d’action pour tenir ses engagements et baisser de 45 % de ses émissions de CO2 d’ici 2030. Cette décision constitue un précédent dangereux car plusieurs procédures similaires sont en cours dans d’autres pays. 

C’est donc tout un ensemble de revendications qui finissent par dresser face aux pétroliers un « mur du climat » selon  Hortense Goulard des Echos. Pour le quotidien, pétroliers et investisseurs se retrouvent dans le dilemme du prisonnier : menacés d’ « une agonie, similaire mais en accéléré, à celle des investisseurs dans le tabac », vaut-il mieux encourager ou sanctionner ? Attendre d’être rattrapé par la justice ou se hâter de rompre la confiance avec l’un ou l’autre de ses actionnaires ?

Dans le même journal David Barroux appelle à ne pas "diaboliser" Total ni assimiler Patrick Pouyanné à « un dealer de crack ». D'une part l’entreprise, contrairement à Exxon, se dit prête à « miser une bonne partie de sa rente pétrolière »  pour devenir un « poids lourd du solaire » ; d'autre part, dans un marché qui reste « bien plus tiré par la demande que par l’offre » les politiques et les consommateurs conduisent une partie de la machine. 

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