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Dans la baie de San Francisco, le siège de l'application Robinhood responsable de la flambée de Gamespot ressemble à une maison de la classe moyenne américaine. Elle compte aussi 13 millions d'utilisateurs et a levé $ 3,4 Md ces dernières semaines.

Gamestop et la bourse : fin de partie ou avertissement ?

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Une action dont la valeur flambe, des boursicoteurs qui mettent à terre les plus puissants fonds spéculatifs mondiaux : c’est le résumé de l’affaire Gamestop ces derniers jours. Episode pittoresque de l'essor de la "FinTech", ou coup de semonce pour les marchés boursiers ?

Dans la baie de San Francisco, le siège de l'application Robinhood responsable de la flambée de Gamespot ressemble à une maison de la classe moyenne américaine. Elle compte aussi 13 millions d'utilisateurs et a levé $ 3,4 Md ces dernières semaines.
Dans la baie de San Francisco, le siège de l'application Robinhood responsable de la flambée de Gamespot ressemble à une maison de la classe moyenne américaine. Elle compte aussi 13 millions d'utilisateurs et a levé $ 3,4 Md ces dernières semaines. Crédits : Justin Sullivan - Getty

C’est une première et dans le contexte américain actuel, beaucoup en font une lecture politique : c’est « Main Street contre Wall Street », la revanche des « Robin des bois », « David contre Goliath ». L’envolée extraordinaire du cours de Gamestop apparaît d’abord comme le succès des petits porteurs en ligne, néophytes qui ont réussi pour certains à empocher des millions en quelques jours, mais aussi à éjecter de la bataille les plus grands fonds spéculatifs en leur faisant perdre des milliards de dollars.

Gamestop, c’est ce vendeur de jeux vidéo physiques sur le déclin depuis des années (maison mère de Micromania en France), cible d’une opération de spéculation à la baisse de grands fonds comme Melvin Capital ou Citron Research. Depuis l’été dernier, cette opération est contrée par une frénésie d’achat déclenchée délibérément par ces petits boursicoteurs, faisant du titre le plus demandé du marché. De doublement en doublement, avec 13 000 % d’augmentation sur un an, Gamestop a atteint des sommets la semaine dernière, obligeant les fonds à cesser leur spéculation, racheter leurs titres et perdre en tout 13 milliards de dollars : pour le correspondant de Libération à New York Philippe Coste, c’est la « capitulation des loups de Wall Street ».

Nouveau type d’activisme boursier

Ce que visent les petits porteurs, c’est le système des ventes à découvert et des paris à la baisse, où un grand fonds emprunte pour vendre des actions qu’il n’a pas, espérant les racheter au plus bas et empocher une forte plus-value : gros risque, gros rendement. Outre Gamestop, les cours de Tesla, de la chaîne de cinéma AMC ou des constructeurs Nokia et Blackberry ont aussi été le champ de bataille de telles opérations et de contre-offensives haussières.

Or la « guerre » entre nouveaux boursicoteurs et grands fonds a pris les allures d’une croisade anti-spéculation : face à ces hedge funds souvent opaques qui mènent leurs raids à partir de paradis fiscaux, se dresse maintenant l’armée de « gueux de Wall Street », enrôlée par les applications de trading gratuit en plein essor et très présente sur les réseaux sociaux : Reddit, Youtube ou Tiktok.

La principale, Robinhood – Robin des Bois – a 13 millions d’utilisateurs : « le nombre de nouveaux investisseurs qui n’avaient jamais rien acheté à la bourse a explosé en 2020 » explique dans le journal canadien La Presse un professeur de finance, et cette capacité à créer un effet de masse coordonné fait de cette application un « game changer ».

Des applications au rôle trouble sur les marchés

Le profil des primo-investisseurs est rajeuni avec un âge médian de 31 ans mais leurs motivations sont disparates : pour certains des gamers amoureux de jeux vidéo, pour d’autres des salariés désœuvrés lors du confinement et attirés par les faibles sommes à jouer, pour d’autres encore, des traders informés et influents, sans compter la masse de messages anti Wall Street ou anti « boomers » parfois belliqueux, certains qui se qualifiant eux-mêmes de « guerriers barbares ».

Mais derrière la mobilisation populaire se trouvent aussi des investisseurs professionnels dont Elon Musk qui s’est réjoui la semaine dernière des « déboires du siècle » pour les hedge funds. 

Quant à l’application Robinhood, elle ne sort pas de la rue mais de la FinTech explique le Guardian : la majorité de ses revenus provient des gros volumes de transaction qu’elle garantit à des entreprises cotées, son manque d’information envers ses utilisateurs est souvent dénoncé (particulièrmeent après le suicide d’un utilisateur qui se croyait à tort ruiné l’année dernière), et face à la volatilité des cours qu’elle a provoqué, l'application a elle-même suspendu la cotation de 7 entreprises la semaine dernière. Pour l’analyste financier Philippe Béchade sur son site "La Bourse au Quotidien", les novices victorieux ne seraient que les idiots utiles d’une stratégie de « vengeurs masqués » pas moins opportuniste que les hedge funds. 

Les nouveaux Robins des Bois vont-ils démocratiser la finance ?

Ces néo-traders sont un peu comme les pangolins de la finance et à la faveur de la crise qui a fait chuter les marchés l'année dernière, l’improbable rencontre a eu lieu : hedge funds en recherche de forts rendements contre particuliers bloqués chez eux avec un peu d’épargne. Certains s’inquiètent de ce « bataillon belliqueux d'investisseurs particuliers qui parcourt la savane des actions », comme dit à l’AFP l’un des experts de la Société Gale, et dont le fonctionnement flirte avec la manipulation des cours : le métal argent et certaines monnaies numériques en sont les nouvelles cibles.

Mais pour d’autres, c’est toute la pratique des ventes à découvert – vieille comme la bourse et toujours controversée voire souvent interdite – qui est aujourd’hui prise en défaut, « piégée par l’exhubérance irrationnelle des marchés » écrit dans Les Echos Nessim Aït-Kacimi. Elizabeth Warren et Bernie Sanders réclament une enquête du régulateur américain contre  des « activités illégales et le comportement scandaleux des fonds d'investissement et d'autres acteurs à Wall Street ».

Daniel Drew, l’un des plus grands vendeurs à découvert de l’histoire, mort ruiné en 1879, avait prévenu : « Celui qui vend ce qu’il n’a pas doit le racheter ou aller en prison. »

XM

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