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Le 2 novembre à Paris, Sylvain Tesson soutient "in vivo" l'opération "Rallumez les feux de nos librairies" pour la réouverture des librairies indépendantes.

Commerce : Confiner sans léser, équation insoluble ?

4 min
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Le commerce de détail en pleine ébullition depuis le reconfinement : les petits commerçants, mais aussi la grande distribution s’inquiètent de leur avenir économique et dénoncent un traitement inéquitable de la part du gouvernement… Confiner sans léser : c’est l’équation insoluble ?

Le 2 novembre à Paris, Sylvain Tesson soutient "in vivo" l'opération "Rallumez les feux de nos librairies" pour la réouverture des librairies indépendantes.
Le 2 novembre à Paris, Sylvain Tesson soutient "in vivo" l'opération "Rallumez les feux de nos librairies" pour la réouverture des librairies indépendantes. Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Ce second confinement à l’approche de Noël est une branche de sapin dans la gorge des petits commerçants qui dénoncent une triple injustice : sanitaire, car fermés pour limiter les déplacements de la population plus que les contaminations en magasin ; économique, dans une période où se font 30-40 % des chiffres d'affaires selon les secteurs ;  

Et surtout - plus encore qu’au printemps, injustice commerciale : puisque pour obtenir une activité « plus intense » comme le souhaite Emmanuel Macron, le gouvernement à élargi au maximum la liste des activités « essentielles » établie en mars lors du premier confinement : elle inclue par exemple les grossistes (fleurs ou bricolage), mais exclue toujours tous les commerces de détail non alimentaire. 

Bruno le Maire a beau avoir augmenté les aides à 10 000 euros par mois, le problème n’est pas seulement là pour les petits commerces, commerces de proximité ou de centre-ville dont les fédérations - en premier lieu le syndicat des librairies - ont dénoncé une « rupture d’égalité » de traitement face à la concurrence des supermarchés : 200 000 petites surface, reléguées derrière le « rideau de fer » du libre marché.

Le risque d’une rébellion des petits commerçants ? 

Les trois principales associations de maires en France continuent de demander une conciliation, afin de prendre des dérogations locales ou même « élargir la listes des commerce de première nécessité » comme le demande l’AMF ; et des dizaines d’édiles, dont ceux de Perpignan, Châlon sur Saône ou Yerre dans l’Essonne ont déjà pris ce week-end des arrêtés autorisant la réouverture des petits commerces. 

Même opposition chez les commerçants : la Fédération des fabricants de Jouets dont 60 % des ventes sont faites par les magasins spécialisés, a porté l’affaire devant le Conseil d’Etat pour violation du principe d’égalité de la concurrence. La Fédération des entreprises de Beauté qui réalisent 30 % de leur chiffre d'affaire en 2 mois disait aussi y  réfléchir…  

Restrictions sur les grandes surfaces pour rétablir la libre concurrence ?

C’est le deuxième compromis trouvé dimanche soir : obliger les grandes surfaces à fermer les rayons qui proposent les mêmes produits que les magasins spécialisés : d’où ces images surréalistes dans un autre contexte de rayons livres barrés de rubalise, ou ces discussions dignes d’un traité d’esthétique pour savoir s’il faudrait inclure ou non les produits de beauté dans la liste des produits essentiels, sachant qu’ils parfois sur les mêmes rayons que les produits d’hygiène… 

Cette décision entraîne cependant des tensions avec la grande distribution, dont la principale fédération la FCD a exprimé sa « totale incompréhension » et son « opposition » ; et des tensions au sein de la distribution : un patron de supermarché déplorant le « péché originel » de la FNAC, qui s’était empressée de fermer d’elle-même vendredi ses rayons culturels sous la pression des librairies. Dans Les Echos, un adhérent U se désole d’être « passés du statut de sauveur de la nation à celui de profiteur et de tueur du petit commerce »

Le e-commerce emporte la mise ?   

C’est le « champ libre » à Amazon, regrette la FCD : la plateforme qui posséderait 45 % du marché en ligne du multimédia, culture et loisir et 80 % des ventes de livres a déjà triplé ses bénéfices au premier confinement, et les détaillants ont peu de chance de lutter contre ses 300 M de références, explique le journal Le Monde.

Bruno Le Maire qui a prévu 100 millions d'euros pour cela veut faire de ce confinement l’occasion de hausser la numérisation des TPE/PME, d’un tiers aujourd’hui la moitié à la sortie ; mais la « plateformisation » des commerces spécialisés - comme l’expliquait le sociologue Vincent Chabaud dans les Matins de France Culture - ne va pas de soi : beaucoup demandent leur réouverture sur jauge, plutôt que le Click and Collect, plus coûteux en manutention et logistique.

En attendant, le français C-Discount a lui ouvert gratuitement son site aux petits commerçants pendant 6 mois, mais certains gros distributeurs évoquent déjà une annulation du Black Friday prévu le 27 novembre pour éviter un trop grand déséquilibre. 

Un nouveau compromis, pour mener où ? 

Oui s’il y a un « psychodrame » particulier du petit commerce français en Europe, comme le titre un article des Echos, c’est aussi parce que la méthode des autorités de lister les produits essentiels est celle qui conduit au plus de dérogations car la liste varie en fonction des demandes et pressions. Elle vient d’ailleurs d’être révisée ce matin pour répondre à celles des grandes surfaces : on aura donc droit au maquillage et aux layettes. 

Certains sont sévères : Etat « micro-manager de notre quotidien », regrette David Barroux dans Les Echos, ou « triomphe éphémère d’un New public management toujours plus raffiné », analyse Michel Rocca dans The Conversation. Concilier sur « le PowerPoint » protection sanitaire, activité économique et équité juridique est possible ; mais l’équation est compliquée, le gouvernement refera le calcul avec peut-être de nouvelles mesures ce jeudi 12 novembre.

XM

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