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Bruno le Maire, lors de la présentation des prêts participatifs le 4 avril. Le Ministre de l'économie prévoit un premier bilan du plan de relance à l'été et une éventuelle adaptation en septembre.

France : où sont les clefs de la relance ?

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Après le plan de relance, un autre plan de relance. Les milliards pleuvent, mais certains doutent déjà de la portée du plan français à 100 milliards d'euros. Faudra-t-il un deuxième plan de relance ?

Bruno le Maire, lors de la présentation des prêts participatifs le 4 avril. Le Ministre de l'économie prévoit un premier bilan du plan de relance à l'été et une éventuelle adaptation en septembre.
Bruno le Maire, lors de la présentation des prêts participatifs le 4 avril. Le Ministre de l'économie prévoit un premier bilan du plan de relance à l'été et une éventuelle adaptation en septembre. Crédits : Eric Piermont - AFP

Le plan "France Relance" de 100 milliards d'euros sur 2 ans vise trois objectif : la transition énergétique, la compétitivité et la cohésion sociale. Selon Bruno Le Maire, un tiers sera dépensé avant l’été ; mais à mesure que la crise se prolonge, le doute qu’il permette de retrouver rapidement une économie dynamique s'accroît.

Le risque est d'abord à court terme, disent les organisations patronales : les aides massives aux entreprises s’arrêteront le premier juin et déjà, le Medef demande « une rallonge significative » pour « l’économie présentielle : tourisme et restauration », la Fédération du Commerce et de la distribution (avec les grandes surfaces fermées depuis janvier) réclame carrément « un deuxième plan de relance ».

A plus long terme, l’enjeu de ce premier plan est de retrouver d’ici 2022 une croissance semblable à 2019 ; mais l’objectif s’éloigne avec une vaccination encore faible, la reprise n'atteint que 0,4 % seulement au premier trimestre, « poussive » titre le Monde. Selon le cabinet Natixis dans La Tribune, le rattrapage n’aura pas lieu cette année, et « l’acte II de la relance » sera « un pari à haut risque ».    

Un débat nourri à la « Biden-Mania » ?

C’est ainsi que l’économiste professeur à l’ENS Daniel Cohen décrit dans Le Monde « cette fascination pour un pays qui, en un claquement de doigts, peut changer les règles du jeu, quand nous sommes un peu comme l’albatros incapable de décoller ». 

Plusieurs élus à gauche déplorent que les Etats-Unis, pays « ultralibéral » dit un élu PS nous « fasse la leçon », nous « ringardise », twitte une autre ; et des économistes divers, du libéral Philippe Aghion à Xavier Ragot de l’OFCE, soutiennent aussi une deuxième relance à vocation plus sociale, ce dernier plaidant comme Alain Minc en septembre pour lever 100 milliards d'euros supplémentaires ; ce sont même 250 Mrd € qu’il faudrait, disait en février le Commissaire au Plan François Bayrou, évoquant un plan de « reconquête de l’appareil productif », un « plan Marshall » français.

Un deuxième plan de relance en préparation ? 

« Inventer un deuxième temps de la relance » : c’étaient les mots d’Emmanuel Macron lui-même dans la presse régionale vendredi dernier. Deux jours plus tôt, dans Les Echos,  le Secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes Clément Beaune réclamait à l’UE « un nouveau volet d’investissement de long terme, au-delà du plan de relance déjà lancé ».  

Car au-delà de l’urgence, l’objectif du plan de toute cette dépense reste une croissance viable en 2030. Or l’allocation par l’UE des 40 milliards d'euros européens prévus tarde et le problème pour les autorités, c’est la crainte du déclassement industriel et technologique face aux Etats-Unis et la Chine.

Dans Le Monde Elsa Conesa et Audrey Tonnelier l’affirment : le Gvt prépare un second plan plus ciblé sur « la recherche, l’innovation, les secteurs du futur » : recherche médicale, intrants « critiques » pour l’industrie, agroalimentaire télécoms. Pas de chiffre cependant, Bruno le Maire insiste sur les 100 premiers milliards à dépenser d'abord, et il pourrait s’agir d’une réallocation après l’été de crédits déjà annoncés.

Un nouveau plan de relance ou une meilleure application du premier ?

Le premier plan est critiqué : trop ciblé sur les entreprises, pas assez social, lent. Un « paquet parfois hétéroclite de mesures » (elles sont 70), écrit Audrey Tonnelier du Monde, de la baisse des impôts de prods aux investissements d’avenir en passant par les primes de rentrée. 

Pour la députée PS Valérie Rabaud interrogée par le quotidien, la complexité et  la bureaucratie minent le plan : « On ne sait pas sur quelle ligne on est, à quoi on a droit… Les gens se tapent la tête contre les murs. », elle demande « un plan lisible qui soit une force d’entraînement ».

Car pour beaucoup, la principale difficulté réside en amont : dans l’identification des projets à financer, longue et au compte-goutte pour éviter les abus. Vendredi, Emmanuel Macron ne disait pas autre chose, appelant à « une simplification drastique, un réinvestissement dans les secteurs dont nous avons le plus besoin et une accélération ».

Les clefs de la relance se trouvent-elles ailleurs ?

En dehors des plans de relance proprement dits : dans la demande plutôt que l’offre, en utilisant le réservoir de « surépargne » des Français :  selon une étude de Christophe Blot de l’OFCE, si 20 % de ces 160-200 milliards (estimés d'ici la fin de l'année) était dépensés en 2022, la croissance remonterait à 6 % contre un peu plus de 4 % sans cela, et au lieu d’atteindre 9,4 %, le chômage serait à 8,7 %. 

Et puis dans le fonctionnement de l’Etat lui-même, avance l’économiste Pascal Perri dans Les Echos, critiquant « le formalisme inutile, les dérives de calendrier et le temps sacrifié dans le millefeuille administratif » qui sont autant de goulots et de fuites dans la dépense publique – comme dans un réseau d’acheminement de l’eau : entre la simplification administrative ou et la reprise de la réformes des retraites, il faudra en passer par la « mère de toutes les réformes » : avant ou après l’élection présidentielle ?

XM

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