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Le Pape François signe l'Encyclique "Fratelli Tutti" devant la tombe de Saint-François d'Assise, le "Poverello" dont il se réclame : " ‘‘S’ouvrir au monde’’ est une expression qui, de nos jours, a été accaparée par l’économie et la finance".

La France, fille aînée de l’économie chrétienne ?

5 min
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La croisade contre « le dogme néolibéral » a un nouveau chef de file : le Pape François. Dans son encyclique « Fratelli Tutti » présentée samedi, le dirigeant catholique s’en prend à la mondialisation et à l’économie financiarisée : une économie chrétienne ET révolutionnaire ?

Le Pape François signe l'Encyclique "Fratelli Tutti" devant la tombe de Saint-François d'Assise, le "Poverello" dont il se réclame : " ‘‘S’ouvrir au monde’’ est une expression qui, de nos jours, a été accaparée par l’économie et la finance".
Le Pape François signe l'Encyclique "Fratelli Tutti" devant la tombe de Saint-François d'Assise, le "Poverello" dont il se réclame : " ‘‘S’ouvrir au monde’’ est une expression qui, de nos jours, a été accaparée par l’économie et la finance". Crédits : Vatican Media - AFP

Révolutionnaire, l'Encyclique l'est moins dans le projet de « fraternité et amitié sociale », que dans sa cible : « l’individualisme radical » de nos sociétés « malades ». 

Ce « premier grand texte pontifical sur la mondialisation » (souligne Le Monde) est aussi une violente diatribe contre les pratiques et idées néo-libérales : « spéculation financière », « notion magique » du « prétendu ruissellement » et « paradigme d’efficacité de la technocratie », rejetés dans les tréfonds boueux de l’âme humaine.

Dans sa charge, le Pape n’hésite pas à bousculer dans leur tombe Mandeville et Adam Smith, affirmant que « La simple somme des intérêts individuels n’est pas capable de créer un monde meilleur pour toute l’humanité ».

Plus grave : la mondialisation, devenue « propriété de l’économie et de la finance » est accusée de diviser les nations, autrement dit le Diable, diabolos : à l’horizon, c’est Satan qui se lève… Réparer le monde, c’est donc réparer l’unité chrétienne et vice-versa. 

Le Vatican en guerre contre le capitalisme ? 

La fabrication par l’Eglise d’une dimension sociale et économique du dogme n’est pas nouvelle : depuis la Doctrine Sociale de Léon XIII aux prêtres ouvriers, missionnaires des usines désavoués puis réhabilités, en passant par les prêtres révolutionnaires et leur nouvelle « théologie de la libération », à destination des paysans dans l’Amérique Latine des années 70.  

Le Pape François accentue ce recentrage : après « l’écologie intégrale » post-COP21, il propose désormais une sorte de théologie de la libération antilibérale à destination des salariés de tous les pays. 

Recentrage anti-paupériste mais pas seulement : le Vatican cherche à attirer auprès de lui les décideurs économiques. Des entrepreneurs de 120 pays ont postulé pour participer aux premières rencontres économiques qu’il organisera au mois de novembre. 

La France en position de choix dans la nouvelle économie chrétienne ? 

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on parvienne à « l’Economie du Bien ». Les cisterciens du Collège des Bernardins, le prêtre jésuite et ex-économiste en chef à l’AFD Gaël Giraud, le dominicain Eric Salobir, « geek du Vatican » dit Le Point, parce qu’il porte la bonne parole jusque chez les entrepreneurs de la Silicon Valley : les français sont à la pointe de l’innovation économico-théologique… 

Et l’économie révolutionnaire Papale progresse : parce qu’elle rejoint une partie des théories de la décroissance, mais aussi des réflexions en cours sur « l’entreprise libérée » post-tayloriste, et qu’elle peut s’accorder avec un néo-marxisme ou néo-socialisme… Plasticité légendaire du catholicisme. 

Une convergence, mais pas forcément de ralliement au Vatican ? 

Tous ne sont pas révolutionnaires : Eric Salobir qui prêche au pays des GAFA et du new-age technologique compare la réintroduction de l’éthique chrétienne dans une entreprise aux « deux ou trois degrés » d’infléchissement qu’il aurait fallu pr éviter au Titanic de couler… 

Et tous ne sont pas dogmatiques : « Certains me disent qu’il faut faire une économie catho ­– s’emporte Gaël Giraud, Mais non ! Moi, je veux faire de l’économie en tant que catholique ».Comme quoi en tant que fille aînée de l’Eglise, la France a aussi forcément tendance à l’hérésie, même en économie chrétienne ; et suivre les pas de Jésus plus que les consignes du Pape : c’est le chemin de croix des patrons chrétiens dans la crise. 

Des patrons dont le christianisme est mis à l’épreuve par le Coronavirus ? 

D’abord les patrons chrétiens qui ont plusieurs syndicats, ne sont pas historiquement anti-libéraux même s’ils militent pour libéralisme moralisé, ce que montre l’ouvrage collectif l’Entreprise et l’évangile paru en 2018. 

Aujourd’hui encore, le paysage des dirigeants ouvertement chrétiens – et majoritairement catholiques – est plutôt à droite. Dans La Croix qui a publié un article très complet cet été, l’évêque de Toulon, pas tendre, les classe en 5 catégories : les tartuffes, les chrétiens du dimanche et patrons le lundi, ceux qui s’arrangent avec le succédané chrétien des « bons sentiments », les « convertis » nouveaux riches portés sur la philanthropie.  

Et pour les plus fervents, la crise est un combat intérieur aussi bien qu’une lutte extérieure. La perspective du licenciement sec de leur personnel a été « parfois crucifiante » affirme François Asselin de la CPME ; et en général, le christianisme se paie, soit en salaires moindres, soit en perte de crédit auprès de ses homologues. 

Certains veulent espérer dans une Jérusalem Céleste Economique : le Président des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens voit dans « le monde d’hier » qui convulse » l’occasion offerte pour « ne plus être tièdes », lui que se disait « inaudible » il y a dix ans. Mais désemparé, un assureur déclare avoir renoncé à suivre « l’appel à aimer son prochain comme soi même »…  

XM

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