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Joe Biden, lors de la présentation de son plan de relance "Build Back Better", le 21 juillet dans le Delaware

Y aura-t-il des « Bidenomics » ?

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« Marionnette des castro-chavistes » et « cheval de Troie du Communisme » : c’est ainsi que Donald Trump avait dénoncé le programme économique de son adversaire. Joe Biden est finalement élu mais son « nouveau New Deal » pourrait ne pas passer l’hiver.

Joe Biden, lors de la présentation de son plan de relance "Build Back Better", le 21 juillet dans le Delaware
Joe Biden, lors de la présentation de son plan de relance "Build Back Better", le 21 juillet dans le Delaware Crédits : Brendan Smialowski - AFP

Ce programme de dépenses fédérales à 6500 milliards de dollars sur 10 ans est ambitieux : 1/3 des dépenses iraient à la transition énergétique ; et l’inflexion sociale est nette, les 2/3 restants à la santé, l’éducation ou le logement.

Le premier obstacle est politique : Joe Biden pourrait se retrouver pour quatre ans avec un Sénat Républicain, dans une sorte de cohabitation qui hypothèque aussi bien la relance à long terme que les nouvelles mesures d’aide d’urgence pour la crise sanitaire. Si les Républicains contrôlent le Sénat, elles se monteraient à un milliard de dollars au lieu des 2,5 à 3 milliards prévus par Biden, prévoit un analyste de Goldman Sachs dans La Croix.

Résultat : même si la Maison Blanche a une marge pour gouverner par décrets, le programme de « Bidenomics » - comme le nomme la presse américaine - risque donc surtout d’être une série de compromis. 

Les propositions de la gauche radicale intégrées ou évacuées ?

Les prochains mois en donneront une idée plus claire mais le candidat avait bien endossé certaines revendications sociales ou écologiques de l’aile gauche des Démocrates - Elizabeth Warren, Bernie Sanders, et Alexandria Ocasio-Cortez… Il prévoit en particulier une mesure forte : le salaire minimum qui rampait à 7,25 $ / h depuis 2009, désormais doublé à 15 $, plus qu’en France.

Cependant cette aile gauche ou « progressiste » s’est faite volontairement discrète pendant la campagne et Biden a refusé le « Green New Deal », ou la proposition de démantèlement des Gafa qu’elle soutenait : victoire de l’AntiTrump, pas de l’AntiTrust. 

Fiscalité : Donald Trump pris à contre-pied ? 

Le contre pied est réel : aux 1700 milliards de dollars de baisses d’impôts accordées par Donald Trump aux plus fortunés, Biden propose à l’inverse plus de 4 trillions de hausse sur les entreprises et les hauts revenus : 2 points de PIB gagnés chaque année, dont les 1 % les plus riches paieraient les 2/3 de la facture résume la BBC.

Cet arsenal d’impôts sur les sociétés ou les hauts revenus permettrait entre autres de restaurer et étendre le Medicare d’Obama affaibli par D. Trump. 

Dans Libération, Gabriel Zucman qui conseille Sanders et Warren se veut optimiste : certes Biden n’a pas repris les propositions les plus progressistes, mais même s’il est un président de « transition » plutôt que de « transformation » au niveau fédéral, l’effet de rupture idéologique et les difficultés financières des Etats les pousseront à taxer plus fortement les hauts revenus : c’est déjà dans certains : Californie, Etat de NY et de Washington, et même l’Arizona où le score a été serré. 

Une politique commerciale inchangée ? 

Build Back Better contre Make America Great Again : rapatrier la production tout en traitant multilatéralement avec la Chine. Joe Biden a affiché des positions aux antipodes de Donald Trump mais le revirement politique est moins évident :  

Même si le programme de Biden est plus policé, il a aussi déjà qualifié la Chine de « voyou » et son diagnostic sur les « pratiques prédatrices » est le même que Trump, dit un de ses conseillers au Wall Street Journal. Il n’annulera pas les taxes-sanctions sur les 2/3 des importations chinoises et ne reviendra pas sur l’exclusion de Huawei… D’ailleurs Pékin n’a pas félicité le futur président ; et dans le Washington Post, l’éditorialiste Jacob Schlesinger prédit : « La future politique de Biden vis-à-vis de la Chine ressemblera étrangement à celle de Trump. » 

Joe Biden dans la même situation que Barack Obama ? 

Avec un Congrès divisé, ce sera « le même laborieux travail » pour son ancien Vice-Président que pour B. Obama à partir de 2010, prédit Neil Irving dans le New York Times : et comme sous Obama, ce blocage politique donnerait mécaniquement à la FED un « rôle dominant » dans la politique économique. 

La FED, incitée par Obama à une nouvelle politique de rachats de titres et d’injection financière, 780 Mrd $ au total à l’époque, pourrait prendre le relais si les fonds pour la relance sont bloqués au Congrès.  

Obama avait réussi à créer plus de 12 M d’emplois, les 18 M prévus par Biden coûteront encore plus cher. La crise d’aujourd’hui est toutefois pire qu’après 2008 et le WSJ est pessimiste : « en réécrivant l’histoire, Biden et son équipe veulent faire croire que la pire relance depuis la grande dépression produira aujourd’hui des miracles »    

XM

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