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Des chats joueurs, pour expliquer la manière dont Paul Milgrom et Robert Wilson ont inventé de nouveaux types de ventes aux enchères (capture d'écran)

Prix Nobel : les ventes aux enchères, un outil politique

4 min
À retrouver dans l'émission

La théorie des enchères récompensée hier par le Prix Nobel d’Economie : avec ce palmarès, l’Académie renoue avec une vision plus classique de l’économie. Elle met aussi l’accent sur une économie pratique… et politique ?

Des chats joueurs, pour expliquer la manière dont Paul Milgrom et Robert Wilson ont inventé de nouveaux types de ventes aux enchères (capture d'écran)
Des chats joueurs, pour expliquer la manière dont Paul Milgrom et Robert Wilson ont inventé de nouveaux types de ventes aux enchères (capture d'écran) Crédits : Académie Royale des Sciences de Suède

Le choix de l’Académie tranche avec celui de l’année dernière : à la place du couple Duflo-Banerjee, qui mettait la lumière sur l’économie expérimentale et la lutte contre la pauvreté, le jury a retenu deux vieux économistes de Stanford, Robert Wilson et Paul Milgrom, dont le travail depuis les années 70 porte sur un des mécanismes de marché emblématique : les ventes aux enchères. 

Recentrage classique et libéral selon Libération, l’Académie « consacre à nouveau le rôle central du marché ». Pour Jean Marc Vittori dans Les Echos, le revirement n’est pas si complet : cette année encore encore un couple de chercheurs est primé, dont l’un a été le directeur de thèse de l’autre ; et surtout l’Académie - sans le dire - récompense une nouvelle fois des travaux qui donnent un rôle central aux comportements humains. Leur portée est autant théorique que pratique - ce que le jury a pris soin de précisé, contrairement à la dernière fois où la théorie des enchères avait été récompensée, il y a 26 ans. 

Les enchères, outil des ventes d'Etat 

On est loin des formats pittoresques, au cadran ou à la bougie pour vendre toutes sortes d’objets… Les enchères sont aussi un moyen privilégié de ventes de biens ou services publics : droits de forages off-shore, fournitures d’électricité en gros, "slots" (créneaux horaires) dans les aéroports, quotas de pêche et quotas carbone ; et bien sûr les licences téléphoniques. 

Le problème, c’est que le système utilisé auparavant - de longues auditions ou une loterie - étaient tous les deux insatisfaisants et les Etats n’y gagnaient rien ou presque.   

Or en 1993, tout change lors de l’attribution des licences télécom aux opérateurs américains : Pacific Bell recrute Wilson et Milgrom pour l’aider à remporter l’enchère, en travaillant sur différents formats. 

« Nouveau format » : les enchères simultanées à plusieurs tours 

C'est ce qui a eu lieu lors de l'attribution des fréquences 5G. Toutes ces enchères ont un point commun : elles proposent des ensembles de biens et leur valeur est difficilement prévisible à l’avance, comme ce serait le cas d’un diamant brut, explique le Financial Times ; et de tous ce qui en général, a un rendement qui dépend de beaucoup d’aléas, réserves de pétroles incertaines, conditions météo… 

Wilson « Père des enchères pratiques » comme l’appelle un professeur d’Oxford a montré la voie, Milgrom a inventé les modalités. Voici ce qu'en disait Wilson hier, au téléphone avec l'Académie des Sciences suédoise :  

« Moi, j’avais une conception traditionnelle des enchères ; mais Milgrom était très innovant dans la manière dont il concevait les enchères simultanées, c'est-à-dire dans lesquelles les acheteurs font des offre pour un ensemble de licences, en inventant des primes, des compensations, tout un système assez compliqué en fait… Et en un sens, il a du penser hors des clous pour créer un format de ventes très nouveau avec une attention particulière aux bonnes incitations pour que les acheteurs soient sûrs dans leurs offres - ou du moins le plus sûrs possible… »

Résultat à l’époque : plus de 120 milliards de dollars de recettes pour l’Etat américain, alors qu’il ne touchait rien auparavant. 

De la quête des « enchères parfaites » à l'outil de politique économique 

Parce qu’elles sont des jeux de rareté organisée, les enchères sont la « mouche drosophile » (animal de labo) parfaite pour les économistes dit encore le Financial Times, « pour développer de nouvelles idées sur la compétition et la théorie des jeux ». L’idée est bien sûr de maximiser les gains pour les vendeurs et acheteur, ce qui veut aussi dire pour un Etat qui veut mettre des concessions en vente, « confier les activités dans les mains des meilleures agents ». 

A l’époque des travaux de Wilson et Milgrom dans les années 80, les économistes se débattent avec les Démons des Enchères : la « malédiction du vainqueur », ou les « offres mutuellement destructrices ». Avec ses « nouveaux formats », le couple Wilson - Miglrom apporte une solution pratique, d’une redoutable complexité théorique et mathématique : puisque l’idée de Milgrom est de jouer sur la conscience qu’ont les acheteurs de l’état du marché. 

L'attribution des fréquences 5G en France : un cas d'école ? 

L’Etat avait mis en jeu 11 « blocs » de fréquence à répartir entre les quatre opérateurs : Orange, Bouygues, SFR et Free. C’est là qu’interviennent les innovations de Wilson et Grove qui permettent à l’Etat de fixer ses règles : pas plus de 5 blocs par prétendants, pas plus de 11 blocs au total – sinon c’est la remise en jeu avec un prix qui augmente à chaque tour. 

Au bout de 17 tours, Orange qui voulait 5 blocs au départ a fini par baisser ses exigences à 4, les autres opérateurs à 3 et 2 blocs, et l’Etat a fait monter le prix à 126 millions d'euros par bloc, récupérant 700 millions d’euros de plus qu’avec le prix de départ. 

De ce point de vue l’objectif  est atteint : viser le plus haut prix pour les blocs et le plus de concurrence dans leur exploitation.

XM

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