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Devant les Invalides à Paris, le 31 mars

Le télétravail est-il soluble dans l’entreprise ?

7 min
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Malgré la fin du télétravail imposé la semaine dernière, le retour des salariés dans les entreprises ne sera que progressif voire ne se fera pas du tout. Dans le monde de l’après Covid, le bureau sera-t-il encore la norme ?

Devant les Invalides à Paris, le 31 mars
Devant les Invalides à Paris, le 31 mars Crédits : Bertrand Guay - AFP

Pour les salariés, « le travail hybride s’installe dans la durée», annonçaient hier les Agence nationales et régionales pour l’amélioration des conditions de travail », les ANARCT : d’après ces agences du Ministère du Travail, plus d’1/3 des salariés souhaitent trois jours de travail à distance, plus de la moitié au moins un à deux jours ; même chose du côté des autres enquêtes d’opinion où 80-85 % des sondés se prononcent pour le travail « à la carte » (OpinionWay). 

C’est le « grand basculement » écrit Julie Chauveau des Echos, une sorte de crise de la « présentialité » : pour preuve selon la consultante Nicole Degbo dans le même journal – et ce n’est pas la seule : les 100 000 emplois toujours vacants dans l’hôtellerie-restauration. Après le burn-out et le bore-out, le surmenage et l’ennui, voici donc le brown-out : le manque de jus dans le circuit, la crise de sens. 

Et pour certains, l’appétit pour le télétravail révèle plus qu’une crise de sens : le goût du sang. Contestation quasi-politique pour Eric le Boucher : « le fond du problème : la rémunération faible et la qualité médiocre du travail offert par les entreprises » ; et les salariés disent : « pas métro-pas boulot-pas dodo ! »

L’entreprise est-elle adaptable au télétravail ? 

Outre la grande question salariale, ce sont de « nouveaux défis » poursuivent les Anarct : organisation matérielle, collective, et bien sûr les risques psychosociaux, les RPS : Tout cela doit être négocié par chaque entreprise dans des accords collectifs.  

Mais le verre de l’adaptation est-il à moitié vide ou plein ? Interviewé par l’AFP, l’Observatoire de la qualité de vie au travail (une association de professionnels) affirme qu’on est passé « d’organisations très présentéistes avec des managements dans le contrôle » à la « confiance » ; alors que la directrice de l'Anarct Auvergne-Rhône Alpes insiste sur la démotivation, relevant qu’avec le télétravail, 1/3 des salariés ne se sent plus appartenir à l’entreprise et qu’ « il est essentiel de retrouver ce sentiment d’appartenance. » 

Charge ou opportunité : les entreprises affinent leur stratégie de retour sur site 

Il y a celles qui s’affichent embrassant le changement : Malakoff Humanis impose d’ores et déjà trois jours de télétravail et un jour de présence au choix ; pour l’un de ses responsables interrogé par l'AFP, « on ne reviendra pas au schéma antérieur » car la « digue » de la « méfiance » envers le télétravail a « complètement sauté »  avec le 100 % imposé pendant le confinement. 

Le retour est plus progressif dans d’autres grands groupes, détaille Les Echos : SNCF, Engie, Safran, grande distribution où les accords sont en négociation. 

L'une des contraintes principales reste celle de l’immobilier, deuxième poste de coûts après les salaires : dans l’immense siège de Veolia à Aubervilliers, « le 9 juin ne changera rien aux dispositifs déjà mis en place, car ils ont su faire leur preuve » dit l'un de ses dirigeants ; au contraire pour Air France sous pression à Roissy, c’est l’occasion de ne plus conserver que 75 postes pour 100 salariés : « rien ne sera plus jamais comme avant. » 

Déjà la fin du bureau ? 

C’est là où l’imagination s’enflamme le plus, surtout celle des professionnels du marché : « Il est probable que le trajet quotidien entre domicile et travail appartienne à une époque révolue », annonce dans Les Echos Olivier Raveneau, spécialiste des logiciels de télétravail ; et les concepts de nouveaux bureaux fleurissent : Workplace as service, espaces de co-working et autres flex-office : c’est l’idée d’un bureau « camp de base » selon le dirigeant de l’éditeur de logiciel Adobe Europe Luc Dammann.

« Moins de surfaces mais de meilleures surfaces » abonde un autre acteur de l’immobilier qui veut intégrer dans l’entreprise des services, conciergerie ou pressing « avec la même attention et le même standing que dans un grand hôtel », car l’idée « ne doit pas être l’apanage des GAFAM. » 

La Silicon Valley comme nouvel horizon ? Pour certaines entreprises classiques comme la RATP ou Thales, c’est aussi la « culture collaborative » des start-up qu’il s’agit d’adopter à coup de logiciels, écrit Sophie Caullier du Monde pour qui « l’intelligence collective s’est réorganisée en numérique. »

Vers une société du travail hybride ? 

Du côté des salariés, cette « nouvelle donne » est surtout plébiscitée par les cadres et les « milléniaux » (1978-1994), et certaines entreprises, expliquent les professeure et ingénieure à l’ESSEC Ingrid Nappi et Gisele de Campos Ribeiro dans the Conversation. 

Et puis, si le télétravail entraîne aussi avec lui son lot de bouleversement sociaux – désaffection des transports publics et métropoles, report sur les villes moyennes et la ruralité, certains observateurs en soulignent aussi les enjeux « invisibles » et les risques de fractures : entre campagnes bien connectées et celles qui ne le sont pas, entre « cols blancs » qui se mettent au vert et « cols bleus » vissés à l’entrepôt, la voierie ou l’usine ; au risque d’une « nouvelle guerre de classes » s’inquiètent Julie Chauveau et Dominique Seux des Echos. 

En attendant, l’enquête de l’ESSEC donne une idée de l'emploi du temps hebdomadaire moyen idéal : 55 % du temps au bureau, 37 % à domicile, 6 % dans un "tiers-lieu" (espace de travail partagé), 2 % d’autres lieux comme des cafés…

XM

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