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Devant l'usine de pneumatiques de Béthune, le 17 septembre, lendemain de l'annonce de fermeture faite au CSE de l'entreprise.

Bridgestone : prévenir ou guérir la désindustrialisation ?

5 min
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Des interrogations et des remises en questions après l’annonce définitive par Bridgestone de la fermeture de son usine de Béthune. Le rejet par le fabricant de pneus du plan de continuation de l’Etat vient grossir une liste déjà longue : l’échec d’une stratégie industrielle ?

Devant l'usine de pneumatiques de Béthune, le 17 septembre, lendemain de l'annonce de fermeture faite au CSE de l'entreprise.
Devant l'usine de pneumatiques de Béthune, le 17 septembre, lendemain de l'annonce de fermeture faite au CSE de l'entreprise. Crédits : Denis Charlet - AFP

Un espoir s’envole pour les 863 salariés de Béthune : Bridgestone n’aura même pas utilisé les cinq mois de négociations arrachés en septembre par le gouvernement. Le fabricant de pneus exclut la solution d’une reprise d’environ 500 emplois pour 100 millions d'euros d’investissements ; et - scandale en temps de disette économique : il le fait malgré les subventions françaises et européennes qu’il a reçues.  

Certains élus crient à la « trahison » et au sabotage ; mais pour l’industriel japonais, l’usine de Béthune reste la moins rentable face à une concurrence asiatique croissante ; et même la montée en gamme proposée par le gouvernement aurait « fait perdre de l’argent sur chaque pneu » affirme-t-il. 

A défaut de repreneurs, c’est le PSE : le plan de sauvegarde de l’emploi, nom pudique des ex « plans sociaux », départs volontaires et reclassements… La stratégie de co-investissement - 1 € public pour 1 € privé - a échoué, et du côté du Président de la Région Hauts-de-France Xavier Bertrand, c’est plutôt œil pour œil dent pour dent : il veut faire payer « le maximum » à Bridgestone.

Une autre bataille de perdue pour l’Etat investisseur  

« Ecrit d’avance » ou non comme le soupçonnent certains ; depuis au moins Continental 2009 et Michelin 2017, la série noire du pneumatique made in France continue ; 

Et dans l’industrie, le scénario déceptif de « l’Etat à la rescousse » se répète : Gandrange en 2009, où Nicolas Sarkozy annonçait que l’Etat paierait « tout ou partie des investissements » ; Florange où, malgré un accord en 2012 sous François Hollande, le site se réduit chaque année comme peau de chagrin ; Whirlpool à Amiens, reprise au tout début du mandat d’Emmanuel Macron, coulée un an après. 

Encore une fois, un gouvernement semble être pris de court par une décision relativement prévisible car Bridgestone réduisait fortement sa production depuis 1 an ; et encore une fois, le résultat est une reprise hypothétique, et un plan social certain, donnant l’impression que l’Etat regarde les usines fermer comme les vaches regardent passer les trains…  

Etat passif ou "complice" ? : quels pouvoir pour protéger l’industrie ? 

D’abord ces PSE - plus de 450 cette année - sont souvent le cache-sexe d’une désindustrialisation pourtant connue, écrit dans l’Opinion le maire de Cannes David Lisnard, en rappelant les grands traits : une industrie manufacturière passée de 20 % à 10  % du PIB en 40 ans, 2 millions d’emplois perdus.

Et puis, sauver les sites et retrouver la compétitivité a un prix. L’usine Bridgestone de Bari en Italie, citée en exemple par Xavier Bertrand, n’a été sauvée en 2013 de l’élimination qu’au prix d’un lourd co-financement public et de dures concessions sociales : une sorte d’ « Accord de Performance Collective » comme c’est le cas en France depuis 2017, avec de l’argent public en plus. Cet auto-dumping n’est pas forcément satisfaisant. 

Question de moyens, et de volonté, affirme David Lisnard, pour qui c’est le système qui est contre-productif : un curieux mélange d’impôts à la production « les plus élevés de l’OCDE » et des subventions instrumentalisées dans un « théâtre politique » plutôt qu’une stratégie industrielle : l’huile et l’eau en somme : « 30 ans de choix économiques mortifères »… 

Aides publiques ou action publique : quel dosage ? 

Les quelques millions d’euros touchés par Bridgestone en CICE et subventions européennes ont focalisé les critiques. Le problème est que l’Etat ne dispose d’aucun moyen pour imposer des contreparties : de la « Loi Florange » de François Hollande, seule subsiste pour les gros employeurs l’obligation de trouver un repreneur ; et obliger n’est pas aisé : pour l’usine Ford de Blanquefort, les collectivités, qui ont refusé une offre de reprise d’Amazon en juin, n’ont pas réussi non plus à préempter les terrains par la Loi, et tout le monde est un peu coincé… 

En fait, « l’arsenal des solutions ancestrales » ne marche pas, écrivent les anciens de la protection sociale Yves Monnier et Hervé Chapron dans Les Echos : les dispositifs d’incitation sont « inadaptés » à l’industrie, les réformes « par morceaux ont ruiné le dialogue social », les allègements de charge n’ont pas eu d’effet sur le coût du travail ou l’investissement ; et les gouvernements se retrouvent à chaque fois dans une « stratégie de soins palliatifs ».  

Certains ont la dent dure : l’« arrogance » et la « complexité insupportable » de l’administration, couplée au « marketing électoral » de la classe politique cause un déficit chronique d’attractivité, affirment dans Atlantico Aude Kersulec et Jean-Marc Sylvestre. Pourtant, « une stratégie industrielle résolument incitative mais jamais punitive » est possible : c’est le cas de Toyota à Valenciennes, installé depuis 20 ans grâce à 52 M € de subventions, sans obligation mais sur un tissu industriel déjà densifié. 

Mieux vaut prévenir que guérir en somme : mieux vaut surveiller que punir ?

XM

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