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Une supérette Couche-Tard dans une station-service Esso à Montréal la semaine dernière. Le spécialiste du genre en Amérique du Nord veut s'appuyer sur le réseau de Carrefour pour croître.

Carrefour : la sécurité alimentaire ou l’attractivité ?

5 min
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La France « reste ouverte aux investissements étrangers » : Bruno Le Maire défendait hier sa position, après son refus du rachat de Carrefour par le canadien Couche-Tard. La souveraineté alimentaire au prix de l’attractivité : un vrai problème ?

Une supérette Couche-Tard dans une station-service Esso à Montréal la semaine dernière. Le spécialiste du genre en Amérique du Nord veut s'appuyer sur le réseau de Carrefour pour croître.
Une supérette Couche-Tard dans une station-service Esso à Montréal la semaine dernière. Le spécialiste du genre en Amérique du Nord veut s'appuyer sur le réseau de Carrefour pour croître. Crédits : Eric Thomas - AFP

Avec ses 130 000 salariés, Couche-Tard est un prétendant inattendu pour Carrefour qui emploie 105 000 personnes rien qu’en France ; mais c’est déjà un baron de la grande distribution en Amérique du Nord, et la dot de 16,5 milliards d'euros pour l’OPA « amicale » qu’il propose est alléchante pour les actionnaires et valorisante pour Carrefour. 

Cependant, comme il y avait la Patrie en Danger, il y a la « souveraineté » des estomacs français qui veulent à manger : menace sur les « pâtes, riz » et autres « biens essentiels », avait déclaré le Ministre de l’économie dès l’annonce des discussions mercredi, se disant « a priori pas favorable » au rachat du premier employeur privé de France, qui tient 1/5 du marché de la grande distribution.  

Et après l’opposition de deux autres ministres, de syndicats, et une entrevue de 18 minutes avec le fondateur du groupe canadien venu spécialement en jet à Bercy relate Le Figaro – ce que le Ministre appelle un « non courtois », le fondateur et président du groupe canadien repartait : si l’on avait voulu effrayer le gendre potentiel – ou en donner l’impression – on n’aurait pas fait mieux. 

Les motivations du rapprochement peu claires ?    

Couche-Tard affirme vouloir devenir « leader mondial » de la distribution  mais les deux groupes sont très différents : un spécialistes des supérettes de stations-service qui fait plus de 70 % de son chiffre d'affaire dans le carburant d’un côté, de l’autre, Carrefour à 80 % dans l’alimentaire ; et peu de marchés géographiques communs. Les analystes financiers sont perplexes quant à la valeur ajoutée des pâtes à la sauce pétrole.  

La « proie » de nouveau en croissance reste pourtant « intéressante » pour Couche-Tard explique Philippe Bertrand des Echos : pour profiter de ses implantations et se renforcer en Europe et Amérique Latine, ou pour « diluer » le poids des stations-essence dans son chiffre d’affaire en période de transition énergétique. 

Couche-Tard a beau promettre 3 milliards d'euros d’investissement en plus du rachat, le gouvernement et certains économistes pointent le risque pour Carrefour de n’être qu’un des œufs dans le panier du canadien qui se développe par acquisitions successives. Carrefour n’a toutefois pas rejeté l’offre.

Souverainisme alimentaire en question

Les professionnels sont « tombés » de leur chaise, écrit Philippe Escande dans Le Monde, et l’argument de souveraineté alimentaire laisse sceptique : car s’il est inscrit dans la Loi Pacte depuis 2020 et peut suffire à bloquer des investissements étrangers, le gouvernement n’y a jamais eu recours et  difficile de croire que la sécurité alimentaire « dépend de la nationalité du distributeur » souligne un expert à l’AFP, citant les allemands Lidl ou Aldi qui n’ont pas connu de rupture d'approvisionnement cette année. 

Dans un contexte de crise sociale et pré-électoral, beaucoup soupçonnent une décision politique ; car pour l’instant personne n’y gagne : ni Carrefour, ni Couche-Tard instables sur les marchés boursiers, ni les actionnaires qui pouvaient empocher une belle plus-value, ni les relations économiques entre la France et le Canada (Couche-Tard plutôt irrité : « on a eu le non, pas la courtoisie »), ni celles du Ministère avec la critique : « Ceux qui critiquent l’interventionnisme de l’Etat sont bien contents de le trouver pour garantir des prêts ou financer le chômage partiel » répond Bercy au Monde. 

La souveraineté au prix de l’attractivité ?  

L'épisode peut apparaître comme un accroc sur la stratégie du « Choose France » d’Emmanuel Macron, la montgolfière fiscale qui avait hissé la France dans le « top 20 » mondial des IDE (Investissements Directs Etrangers) : pour le cabinet Alpha Value  « Le ministre de l'Économie n'a pas peur de qualifier de stratégique le secteur de la distribution alimentaire, et d'être ridiculisé pour cela, comme l'avait été son prédécesseur quand le yaourt (Danone en 2005) avait connu un honneur similaire » ; pour l’Opinion, qui se déchaîne contre « l’arbitraire souverainiste » et un « mercantilisme sommaire hérité de l’époque de Colbert », le gouvernement « sape l’attractivité du pays ».  

Depuis quelques mois l’Etat est plus sourcilleux : renégociation des Chantiers de l’Atlantique avec Fincantieri, blocage du rachat du spécialiste de la vision nocturne Photonis par l’américain Teledyne ; mais la France n’est pas seule à renforcer son « filtrage », les Etats-Unis et l’Europe aussi, qui a conclu un accord avec la Chine il y a deux semaines.  

Fébrilité du gouvernement, ou stratégie à plus long terme ?  

L’histoire n’est pas terminée : d’abord Couche-Tard n’a pas renoncé et se dit « ravi » de pouvoir relancer son offre dès que les « signaux » des autorités changeront.    

Ensuite, avec 9 groupes, le marché français de la grande distribution est « le plus concurrentiel au monde » et nécessitera une « inévitable concentration du secteur » écrit Philippe Escande dans Le Monde. Deux scénarios seraient possibles pour Carrefour : ou bien un rapprochement avec Couche-Tard dès que possible, ou bien une alliance avec Casino « longtemps espérée ».

De ce point de vue, en poussant Couche-Tard à temporiser, le gouvernement  aurait donné un « coup de pouce » à Carrefour : « Involontaire », dit Philippe Escande, ou délibéré ? 

XM

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