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En évitant les transactions de monnaie physique ou par voie bancaire traditionnelle, l'euro numérique pourrait aussi être plus écologique, dit la BCE dans son rapport du 2 octobre.

Qui a besoin de l’euro numérique ?

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Une semaine depuis que la Banque Centrale Européenne a lancé des consultations sur un éventuel Euro numérique. Les autorités cherchent un rempart, face à la multiplication des crypto-monnaies. Mais l'euro numérique pourrait aussi être une arme économique à double tranchant.

En évitant les transactions de monnaie physique ou par voie bancaire traditionnelle, l'euro numérique pourrait aussi être plus écologique, dit la BCE dans son rapport du 2 octobre.
En évitant les transactions de monnaie physique ou par voie bancaire traditionnelle, l'euro numérique pourrait aussi être plus écologique, dit la BCE dans son rapport du 2 octobre. Crédits : Philippe Huguen - AFP

« L’essentiel » disait Hamlet, « c’est d’être prêt » ; et la BCE ne cache plus son inquiétude face à la multiplication des monnaies numériques à vocation mondiale comme le Bitcoin ou le Libra de Facebook, et au cortège de menaces qu’elles entraînent au sein des économies développées : blanchiment, financement du terrorisme, déstabilisation monétaire… 

Prise de vitesse par les monnaies numériques privées, l'Europe tente d’anticiper sur une tendance lourde : le déclin des paiements en liquide, fortement accéléré par la crise sanitaire. 

L’Euro numérique se veut donc une réplique et une imitation sûre : aux épargnants et entreprises, la BCE promet un moyen de paiement rapide 24/24-7/7 qui évite les transactions interbancaires et leurs tarifs… Mais pour elle comme d’autres Banques Centrales, l’enjeu est d’abord de fortifier leur souveraineté monétaire. 

Plusieurs Etats expérimentent déjà leurs propres crypto-monnaies 

Le G20 est préoccupé, Benoît Coeuré qui dirige depuis mai le pôle d’innovation de la BRI sur le sujet parlait l’année dernière du « signal d’alarme » que représente le projet de Libra de Facebook. 

Du côté des Etats, c’est le branle-bas de combat : Selon la BRI, 80 % des Banques Centrales préparent des tests de monnaie numérique dont plusieurs ont été lancés cette année : par la Banque de France, la Banque Centrale de Chine avec le Yuan Numérique dans 4 grandes villes, et celle de Suède qui a inauguré en début d’année l’e-Couronne.  

La BCE prudente quant à sa stratégie

Moyens de paiement « de détail », ou monnaie virtuelle « de gros » pour les transactions internationales, la BCE n'a pas encore choisi. Elle veut d'abord consulter puis expérimenter pendant 6 mois et n’entend pas mettre en place de « porte-monnaie numérique » pour les particuliers avant 2023. 

Mais on sait que, pour empêcher la spéculation, elle fixerait son cours à parité avec l’Euro physique : une sorte d’ « anti-Bitcoin », connu pour sa volatilité. Le président du groupe de travail Fabio Panetta y voit un moyen de « renforcer le rôle international de l’euro », mais c’est d’abord la BCE qui se renforcerait en obtenant un outil d’intervention directe sur l’épargne privée pour « stimuler directement la consommation des ménages ou les investissements des entreprises ».  

Un concurrent pour le secteur bancaire traditionnel ? 

Le cahier des charges des banquiers centraux est compliqué explique Joëlle Toledano dans son dernier livre sur les GAFA : « à la fois protéger le système bancaire historique et ses emplois, répondre aux enjeux de souveraineté et favoriser l’innovation et la productivité ». 

Parmi les principaux problèmes - et c’est l’enjeu des consultations -  comment éviter de léser les banques qui font habituellement du profit sur ces transactions ou qui, dans le cas d’une panique bancaire, pourraient subir une fuite de capitaux vers les comptes numériques ? Le rapport réfléchit à limiter l’attractivité des comptes en Euros numériques. Joëlle Toledano prédit cependant un « conflit d’intérêt » entre monnaie numérique pour les banques de détail, et souveraineté monétaire européenne et protection du secteur bancaire.

Doutes des investisseurs : le risque d'une monnaie inefficace ?  

L’Euro numérique reprend une partie du principe des stablecoins, des crypto-monnaies stables car indexés sur une monnaie physique, et sur lesquelles misent les investisseurs depuis quelques années. Certains doutent de la capacité de l’UE à rivaliser avec les monnaies numériques concurrentes.

Le cabinet Blokchain Partner craint que le projet tardif ne soit d’emblée affaibli par un encadrement législatif « frileux ». Sa dirigeante Claire Balva énumère les risques : tous les œufs dans le même panier avec un euro numérique unique plutôt que plusieurs stablecoins en euro, « réinventer la roue » en créant une monnaie trop fermée face à des réseaux publics, rouler avec le pneu crevé d’une laborieuse coordination entre banques centrales, bref, tout ce qui pourrait conduire droit « dans le mur »… 

L’enjeu est économique mais également politique, prévient Claire Balva, car des monnaies numériques indexées sur le dollar, même en Europe, seraient de fait soumises à la politique monétaire américaine.

Le leader européen de l’investissement numérique européen se veut plus optimiste : sa directrice France Giulia Mazzolini envisage même « inévitable » que l’Europe adopte « un système entièrement sans numéraire » ; mais tout sera question de régulation et de stratégie. «L’essentiel c’est d’être prêt », oui : formule du Kairos ou de la procrastination ?

XM

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