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Comme en France,  la relance aux Etats-Unis s'accompagne d'un grand nombre d'emplois non pourvus dans la restauration mais aussi d'autres secteurs. En plus d'indemniser, comment remplir l'emploi inoccupé ?

Assurance-chômage : remplir l'emploi inoccupé

6 min
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Alors que le Conseil d'Etat vient de suspendre une partie de la réforme de l'assurance-chômage, le débat sur ses objectifs se poursuit. Combattre l’emploi inoccupé ou les vices du système, c’est la même chose ?

Comme en France,  la relance aux Etats-Unis s'accompagne d'un grand nombre d'emplois non pourvus dans la restauration mais aussi d'autres secteurs. En plus d'indemniser, comment remplir l'emploi inoccupé ?
Comme en France, la relance aux Etats-Unis s'accompagne d'un grand nombre d'emplois non pourvus dans la restauration mais aussi d'autres secteurs. En plus d'indemniser, comment remplir l'emploi inoccupé ? Crédits : Frederic J. Brown - AFP

C’est d’abord une surprise puisque le chômage s’annonce beaucoup moins important que prévu selon l’Unédic : au lieu de 230 000 emplois perdus cette année, ce seront 126 000 créations, et plus de 360 000 espérés d’ici fin 2023. « Le tsunami sur l’emploi » n’est plus d’actualité résume Alain Ruello des Echos. 

Ce décalage est surtout dû aux mesures de soutien aux entreprises et au chômage partiel, explique dans le même journal le directeur de l’Institut Rexecode Denis Ferrand : non seulement les entreprises ont moins licencié que prévu, mais l’activité partielle a reporté la baisse d’activité « moins sur l’emploi que sur la durée du travail » qui a diminué de plus de 7 %. 

Alors, pour certains l’urgence porte moins désormais sur les licenciements que sur les 100 000 emplois vacants dans l’hôtellerie-restauration et sur le fameux chômage « incompressible » de 6-7 % dit le ministre des PME Alain Griset, « poison pour la croissance » selon Denis Ferrand, « mal français qui existait avant la crise sanitaire » déclare le Ministre. 

Une protection contre le chômage au prix d'un marché de l’emploi moins dynamique ? 

Pour Denis Ferrand, les mesures d’urgence risquent de bloquer le marché de l'emploi en « figeant la structure de compétences avec le pari implicite que la structure de l’économie sera peu modifiée en sortie de récession par rapport à l’entrée », alors que les besoins en emplois numériques et écologiques s’accroissent. 

De même abonde Lucie Robequain des Echos : quatre fois plus généreux en France qu'en Italie ou Espagne, et pas aussi formateur que certains pays du Nord, le dispositif de chômage partiel est le symbole de choix non « pragmatiques » qui « risquent de compromettre notre capacité d'adaptation au monde d'après. »

D’ailleurs, les pays qui « font le pari de l’individualisation » et de la formation voient leurs chômeurs retrouver deux fois plus facilement du travail, affirment dans le JDD les professeurs à l’Université du Mans Solenne Tanguy et Sébastien Minard : pour eux le « mal français » vient en réalité d’un faible taux d’emploi vacants (1,4 %), « signe d’un marché du travail sclérosé avec peu de séparations et peu de créations de postes. » 

Moduler les aides en fonction de la conjoncture ? 

L'hypothèse n'est pas évoquée par le gouvernement mais c’est quand même la « proposition choc » faite en janvier par le CAE (rattaché à Matignon) : les économistes Stéphane Carcillo, Pierre Cahuc et Camille Landais envisagent d’adapter les aides à la croissance et au taux de chômage : des indemnités plus généreuses quand il est fort que quand il est faible, ce que la Cour de Comptes suggère aussi lorsque elle estime le régime « pas assez contracyclique. »

C’est le cas aux USA, Canada, mais aussi Israël, précise Lucie Robequain des Echos : un chômage inférieur à 10 % et les allocations baissent   de 10 % ; un chômage sous 7,5 % : plus d’aide anti-crise. 

Limiter les contrats courts : la Ministre du travail veut des « réponses structurelles » 

Elisabeth Borne déclarait il y a quelques jours vouloir « en finir avec l'exception française de recours excessif aux contrats courts : dix fois plus qu'en Allemagne, six fois plus qu'au Danemark » ; mais le débat est féroce : dans Le Monde, le sociologue Mathieu Grégoire accuse la réforme de tirer les prestations vers le bas, alors que rien ne prouve que les contrats courts soient un surcoût pour l’assurance-chômage : le « chômeur  optimisateur » et « l’entreprise complice » sont un « fantasme théorique », lance-t-il à Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo favorables à la réforme.

« Ignorantus, ignoranta, ignorantum », rétorquent en substance ses collègues du CAE : des études, aux USA, Canada, mais aussi celle de Laura Khoury en France tendent à montrer qu’entreprises et salariés mettent en place des stratégies d’optimisation ; leur propre expérience sur 150 000 personnes sur-informées des possibilités de cumul emploi-indemnités prouverait la même chose, sans que l’opportunisme pécuniaire en soit le motif : simplement par manque de temps.  

Où est le vice : dans l’assurance-chômage, ou dans l’organisation de l’emploi ? 

Au fil des crises, l’idée d’un chômage « naturel » popularisée par Milton Friedman perd la bataille. Cette théorie qui fait des hauts salaires le lit du chômage et de la perte de compétitivité a eu son heure de gloire, elle a même conduit en France depuis les années 80 à une stratégie politique de chômage persistant, affirment dans leur BD Le choix du chômage le journaliste de France Inter Benoît Collombat et Damien Cuvillier. 

Micro dans une main, économistes keynésiens dans l’autre, ils y décrivent la conversion au libéralisme et le sacrifice de l’emploi par des dirigeants français (et autres) soucieux d’inscrire en lettre d’or le nom de la France dans la mondialisation commerciale et financière, de Pompidou jusqu’à Emmanuel Macron : « les capitaux se déplacent à la vitesse de la lumière mais les travailleurs sont assignés au local », y déclare Jean-Pierre Chevènement. 

Mais « le mythe du chômage inévitable » s'effrite avec les hausses de salaire minimum aux Etats-Unis, et peut être « déconstruit », affirme Les Echos au sujet du dernier livre de Pavlina R. Tcherneva la Conseillère économique de Bernie Sanders qui dans son dernier livre propose tout simplement la création d’une Garantie d’emploi pour tous, pierre angulaire d'une relance verte, pour « une société débarrassée du risque du chômage et du chantage à l’emploi ».

XM

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