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« Ces 100 milliards d'euros d'épargne doivent s'ajouter aux 100 milliards d'euros du plan de relance pour soutenir notre économie » avait déclaré Bruno La Maire en août 2020. Ils sont en réalité 130 milliards en 2020, 200 milliards fin 2021.

Relance : comment réveiller l'épargne qui dort ?

15 min
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Du bas de laine à la relance : les propositions se multiplient pour tenter d’utiliser les 130 milliards d’euros d’épargne des français en 2020. Taxer ou « flécher » l’épargne vers les entreprises : deux visions de l’investissement "patriotique".

« Ces 100 milliards d'euros d'épargne doivent s'ajouter aux 100 milliards d'euros du plan de relance pour soutenir notre économie » avait déclaré Bruno La Maire en août 2020. Ils sont en réalité 130 milliards en 2020, 200 milliards fin 2021.
« Ces 100 milliards d'euros d'épargne doivent s'ajouter aux 100 milliards d'euros du plan de relance pour soutenir notre économie » avait déclaré Bruno La Maire en août 2020. Ils sont en réalité 130 milliards en 2020, 200 milliards fin 2021. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Cent-trente milliards d'euros non-consommés en 2020, 200 milliards d'ici la fin 2021 dit la Banque de France : la "cagnotte" du Covid en compte courants, plans épargne ou espèces, atteint quasiment 8 % du PIB et ravive toutes les convoitises…

Dans les pays voisin aussi, l’épargne privée remonte en flèche : en Allemagne, Espagne, Italie et au Royaume-Uni, pour les mêmes raisons : consommation en baisse à cause des restrictions, et « épargne de précaution » prudente ; mais comme cette épargne est aussi très inégalitaire en France – 70 % est réalisée par les 20 % des français les plus riches – et des élus voudraient utiliser cet argent dormant comme un « fonds de guerre » selon les mots du sénateur Thierry Cozic dans Les Echos.

C’est la manière forte : taxer le surplus. Le débat est politique en cette période pré-électorale, il est aussi économique : faut-il et est-il possible de ponctionner le stock, à défaut de fluidifier le flux ?

Un déblocage de l’épargne crucial pour les entreprises

C'est « presque une banale histoire de tuyauterie » dit l’Express : mais dans l’hiver du pessimisme, les tuyaux sont gelés. La situation est cruelle : d’un côté, des milliards morts pour l’investissement productif ; de l’autre, des entreprises asphyxiées par le manque de financements. Pour Michel Didier, le président de l'Institut Rexecode interrogé par Le Figaro, il leur manque « 60 à 100 milliards d'euros de fonds propres » et les 15-20 Mrd € de prêts participatifs en faveur des PME, soutenus par l’Etat, « ne sont pas à la hauteur des enjeux ».  

Le but reste d’attirer vers le risque des épargnants refroidis par la crise ; et le marché n’est pas favorable, explique dans les Echos le directeur du Trésor Emmanuel Moulin, la faute à « l’environnement de taux négatifs » qui fait des 0,5 % du Livret A « une très bonne rémunération » ; les rendements proposés par les entreprises sont eux meilleurs mais ils sont souvent non garantis : « c’est le grand retour des liasses de billets dans les bas de laine et sous les matelas » écrit Anne de Guigné du Figaro. 

Plusieurs initiatives pour mobiliser l’épargne des français vers les entreprises

Bruno le Maire l’affirmait en août aux Echos : « Ces 100 milliards d'euros d'épargne doivent s'ajouter aux 100 milliards d'euros du plan de relance pour soutenir notre économie ». A grand renfort de défiscalisation, le gouvernement tente d’orienter le surplus d’épargne vers les finances des entreprises. 

Deux dispositifs d’épargne « patriotique » ont déjà été mis en place : un label « Relance » pour les Fonds de placement qui investissent au moins 30 % dans des entreprises françaises et 10 % dans des TPE-PME ; il bénéficie aux entreprises qui œuvrent dans les « mégatendances » : vieillissement ou transition écologique ; mais aussi un fonds spécial « Bpifrance Entreprises 1 » qui permet à l'épargnant d’investir 5000 € minimum pendant 5 ans dans les entreprises françaises. Il sonne et décolle comme une fusée puisque ce seraient déjà 20 millions d'euros qui ont été récoltés sur les 95 millions espérés : véritable « démocratisation » du capital-investissement s’enthousiasme Jorge Carasso du Figaro, pour ce qui était jusqu’ici « un sport d’institutionnels ou de particuliers fortunés ».  

Rendre le risque plus attrayant en période de crise : un vœu pieux ?

Les produits financiers mis en place par l’Etat pour attirer l’épargne vers un risque maîtrisé sont légion mais peu efficaces affirme Anne de Guigné : «assurance-vie DSK», amendement «Fourgous», fonds «Eurocroissance», et autres «Perp» et «FCPI»… Manière de doper l’épargne qui enrichit moins les entreprises que le vocabulaire de la défiscalisation (voulez-vous « fourgousser » votre contrat d’assurance-vie ?). 

«Les Français sont davantage attachés à la protection du capital qu’à la liquidité», lâche dépité le Pdt de la BdF François Villeroy de Galhau. 

Dans le même Figaro, le président de l’Institut Rexecode Michel Didier propose que l’Etat aille plus loin : notamment à travers un fonds d’investissement au capital garanti par l’Etat : son rendement brut de 10 % permettrait d’en reverser 5 % à l’épargnant, 2 % à l’Etat en tant qu’assureur, les 2-3 % autres aux gestionnaires de fonds. « Gagnant-gagnant-gagnant ».

L’épargne et les entreprises, comme l’amour dans la littérature ?

La crise et la défiscalisation, inspire plusieurs analogies. L'une idéale et spirituelle : investir pourrait être comme l’amour dans L’amant de Lady Chatterley, « une sorte  de conversation » jouissive entre l’argent et les forces productives.

La seconde, réaliste ou matérialiste : si comme le dit Chamfort, l’amour est « le contact de deux épidermes et l’échange de deux fantaisies » réorienter l’épargne française, c’est faire se rencontrer deux craintes et deux replis sur soi : la non-consommation et le manque d’appétit des gros investisseurs ?

La dernière, désespérée : malheurs de l’épargne privée !, sa transmutation en investissement productif est parasitée par des stratégies de défiscalisation ou commerciales. L’épargne productive risque comme l’amour pour Bardamu dans Le voyage au bout de la nuit de n’être que « l’infini à la portée des caniches ».

Sur ces derniers points, ce n'est que pure spéculation bien sûr. 

XM

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