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Le 17 octobre : un métro vide, après l'instauration du couvre-feu à Paris.

Reconfinement : quelle est la bonne stratégie ?

4 min
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Durcissement ou reconfinement ? Face au Covid, le gouvernement s’apprête à réduire encore plus l’activité. Il y a un mois, l’économiste Esther Duflo avait proposé un reconfinement préventif pour sauver Noël : la Prix Nobel avait-elle finalement raison ?

Le 17 octobre : un métro vide, après l'instauration du couvre-feu à Paris.
Le 17 octobre : un métro vide, après l'instauration du couvre-feu à Paris. Crédits : Abdulmonam Eassa - AFP

Cette proposition de reconfinement anticipé du premier au vingt décembre faite par Esther Duflo et Abhijit Banerjee avait été plutôt sèchement reçue : 

Une partie de la presse a raillé l’incursion d’économistes dans la politique sanitaire ; et les autorités ont répliqué avec vigueur : un ministre balayant des « plans sur la comète », une autre rétorquant qu’une prix Nobel d’Economie n’est pas épidémiologiste et n’a pas en charge la situation sanitaire du pays. 

Les arguments des deux chercheurs inaudibles ? 

Anticiper pour n’avoir pas à annuler Noël au dernier moment, écrivaient-ils : non pour sauver les derniers poils de barbe du Père-Noël mais pour préserver la santé et le moral des troupes - et prendre de vitesse l’épidémie qui progresse toujours trop vite. C’était la réponse au « vivre avec le virus » formulé quelques jours plus tôt par Emmanuel Macron.  

Cependant rien n'y a fait : le président du MEDEF Geoffroy Roux de Bézieux qui prédit toujours un « écroulement » du pays en cas de reconfinement se demande si Esther Duflo avait "aussi le prix Nobel de psychologie". Ton plus courtois mais mêmes réserves chez Bruno Le Maire, qui estimait un reconfinement « insupportable psychologiquement, socialement et pour les finances publiques ».C'était l'atmosphère il y a un mois. 

Volte face : un second confinement très probable  

L'éventualité est passée de « tabou » à « tout est possible » dans le vocabulaire du gouvernement, résume le Huffington Post : « local ou plus large » déclarait Emmanuel Macron ce matin, beaucoup prônent des mesures radicales et le gouvernement semble y être résolu. Le Maire de Nice Christian Estrosi veut même 3 semaines immédiates de reconfinement « pour arriver au mois de décembre et aux fêtes de Noël dans une situation bien meilleure ». On croirait presque relire Esther Duflo. 

D’autre part, l’impact économique d’un reconfinement est en train d’être réévalué : certes, un couvre-feu coûte 1 à 2 milliards d’euros par mois en compensations, et « l’arme atomique » du reconfinement, brûlerait 2 milliards d'euros par jour explique le Dr de l’OFCE Xavier Timbaud dans Le Figaro ; 

Mais parallèlement, le FMI s’inquiète dans un récent rapport de la distanciation sociale prolongée pèse «  presque autant » sur l’économie qu’un confinement en bridant la reprise : c’est le cas en Suède qui n’a pas confiné. Or la baisse du PIB a aussi un coût humain moins visible : des pauvres, des malades et des morts qui n’entrent pas dans les statistiques du jour.  

L’économie ou le sanitaire : pas de bonne solution ?  

Avec le virus qui persiste, l’alternative n’est plus entre l’économique et le sanitaire, mais entre deux choix sanitaro-économiques risqués : confiner brutalement pour espérer une reprise à 100 %, ou bien tenter d’associer distanciation sociale et maintien des activités essentielles. Dans les deux cas, il faut une stratégie de test efficace, qui jusqu’ici a fait défaut en France comme en Europe. 

Et à la place des mesures au « cas par cas », il faut une stratégie à long terme, dit le FMI qui rejoint lui aussi Esther Duflo. Car aucune solution d’urgence n’est sans inconvénient ; et un confinement préventif donnerait une chance de « reprendre le contrôle » sur l’épidémie et l’économie - y compris l’économie sanitaire. 

Le problème, c’est que jusqu’ici l’absence de vaccin empêche une contre-offensive et beaucoup comme la France ont choisi l’endiguement, coûteux et trop lent pour le virus : « entre deux » inefficace, voire contre-productif, dit Christopher Dembik de Saxo Bank dans Le Figaro. On ne fait pas la guerre avec des compromis, ou alors on la fait mal. 

L'Europe reconfine-t-elle pour "sauver Noël" ? 

Le reconfinement a lieu depuis la semaine dernière dans toute l’Irlande et le Pays de Galles, il reste local en Espagne et en Allemagne. En Belgique, l’économiste Eric Dor aussi propose un reconfinement préventif de 3 semaines en novembre pour sauver le chiffre d’affaire vital des entreprises pendant les fêtes. 

Reste à savoir les modalités qu’il prendra en France : son extension géographique, les secteurs qu'il touchera, la décision concernant le télétravail ou les lieux d'enseignement… Le débat a été vif en Israël, premier à reconfiner et qui a laissé tourner les entreprises « à forte contribution au PIB » ; mais qui a dû sacrifier les fêtes de Yom Kippour et les commerces qui en profitent. 

Alors Noël vaut-il un reconfinement ? Emmanuel Macron qui parlera demain ne donnera peut-être pas raison aux éminents chercheurs… Mais « ceux qui ont ricané [à la proposition d’Esther Duflo] vont peut-être se raviser » prévient l’épidémiologiste Dominique Costagliola dans le JDD. Comme toujours, la victoire des Cassandre est amère. 

XM

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