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"Gerald Ford à New York : Crève". Une du Daily News du 30 octobre 1975, après la demande de renflouement d'un milliard de dollars du maire Abraham Beame à Washington..

Qui veut financer les villes ?

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Inquiétude à New York : alors que son budget est sabré par la crise sanitaire, la première ville des Etats-Unis croule sous les dettes. La recherche d’une solution financière fait débat.

"Gerald Ford à New York : Crève". Une du Daily News du 30 octobre 1975, après la demande de renflouement d'un milliard de dollars du maire Abraham Beame à Washington..
"Gerald Ford à New York : Crève". Une du Daily News du 30 octobre 1975, après la demande de renflouement d'un milliard de dollars du maire Abraham Beame à Washington.. Crédits : Daily News

Une dette de 92 Mrd $, autant que son budget annuel : voilà le ver qui ronge la Grosse Pomme depuis des mois. Début septembre, le maire Bill de Blasio a demandé à l’Etat de New York l’autorisation d’emprunter 5 milliards de dollars, sans quoi il menace de licencier 22 000 employés municipaux. 

Il faut dire que les difficultés de la ville sont spectaculaires, en proportion du poids de son poids dans le pays : le métro a déjà réduit son activité, des enseignants sont licenciés, ¼ des recettes fiscales s’est envolé.

Le problème, c’est que non seulement la crise rend difficile toute solution par des hausses d’impôt, mais aussi que l’affaire fait ressurgir le souvenir d’une situation dramatique : la faillite de 1975. 

New York 1975-2020 : situations similaires ?

Comme Bill de Blasio aujourd’hui, le maire démocrate de l’époque Abraham Beame avait fait exploser les emplois municipaux et le budget ; et quand il avait demandé un milliard de dollars au Congrès, voici ce que le sénateur Hubert Humphrey de son propre camp lui avait répondu : 

« Depuis le début, je vous entend sans cesse réclamer que le Gouvernement renfloue votre faillite…Et puis vous répétez que vous vous arrangerez avec les banques. Autrement dit : ne vous souciez pas des citoyens dans la ville, on va calmer les banques ! J’ai déjà entendu ce genre de choses dans ma jeunesse : Je ne les ai jamais aimées et je les aime encore moins maintenant. » 

A l’époque, un consortium bancaro-municipal avait finalement permis d’obtenir des emprunts « sains » ; mais aujourd’hui la marge de manœuvre est faible pour Bill de Blasio, accusé de « gaspillage » par le gouverneur de l’Etat de New York Andrew Cuomo, voire de clientélisme par le New York Times, qui lui conseillent tous deux de commencer par une cure d’austérité ; tout comme l’Autorité qui contrôle ses finances depuis 1975 lui demande un milliard de dollars d’économies. 

Plus de 60 villes américaines déjà mises en faillite 

Une soixantaine de villes ont bénéficié du Chapitre 9 sur les faillites, depuis la loi des années 50 qui les y autorise. La plus récente est Detroit en 2013 : MotorTown, engluée dans plus de 18 milliards de dollars de dettes pour 2 de budget, qui s’en était tirée en un peu plus d’un an avec une solution originale : une restructuration classique, les créanciers renonçant parfois aux ¾ de leurs dû, mais aussi l’accord des retraités municipaux, des syndicats de travailleurs et le concours financier de fondations locales comme Ford… On avait même un temps envisagé de vendre des tableaux de l’Institute of Arts, finalement les bijoux de famille sont restés en place. 

Mais à New York, le consensus sera difficile : les Démocrates les plus à gauche veulent des taxes spécifiques sur les revenus des 119 résidents milliardaires, tandis que – face à l’hémorragie d’habitants, le Gouverneur de l’Etat affiche au contraire la séduction et leur propose de « leur payer un verre et de leur faire la cuisine ». 

A l’époque, c’est la baisse de la fiscalité qui avait transformé la ville de Looser en Winner disait un spécialiste de la question cinq ans après, Donald Trump :
 

« Ils ont été à deux doigts de se noyer et ils ont réussi à faire ce pas énorme en adaptant la fiscalité commerciale! Nous, on a repris un building qui n’avait qu’un seul employé, maintenant on en a 2000, et pendant la pic de la construction, c’était 4000. Alors la grande gagnante, c’est bien la ville… Et je vais même vous dire : s’ils n’avaient pas voté la baisse de taxes, je n’aurais jamais construit cet immeuble! » 

Le pari de la financiarisation et de la bourse : un outil de développement ? 

Deux villes notamment ont créé des fonds cotés en bourse et ouverts aux habitants et investisseurs. C'était le cas de Nashville en 2013, la ville de Johnny Cash en pleine croissance, appuyé sur un groupe d’entreprises locales ; mais le fonds a été clôturé en 2018 pour cause de rendements trop faibles : 5 %, la moitié du S&P500 de l’époque, sa cible. 

Dès 2006, l’Arabie Saoudite aussi avait expérimenté, avec Kaec : la King Abdullah Economic City, ville-acronyme dont 30 % sont côtés à la bourse de Ryad… Pas de maire mais un PDG, et à la place des taxes sur l’immobilier, des « frais de services ». Deux millions d’habitants doivent la peupler en 2035 mais ils étaient seulement 7000 il y a deux ans et l’action lancée a plus de $ 25 est descendue à $ 10 . 

Villes mirages, ou mirages de la bourse ? Entre les deux, avec ses Shareholders Cities depuis une vingtaine d'années, l’Inde a parié sur l’actionnariat comme levier de développement urbain à grande échelle : des villes vendues comme des « sociétés par actions » aux paysans locaux. Beaucoup sont déjà fantômes avant d’être nées : 10 000 âmes seulement dans la première, Lavasa, qui devait atteindre 300 000 habitants cette année, des magasins aux stores baissés, la criminalité de rue et les détritus : New York 1975… 

Funeste présage ? Le milliardaire indien à son origine avait embauché l’architecte d’une partie de la gare et de l’aéroport de la Guardia à New York. 

XM

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