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En attendant une éventuelle autorisation de réouverture et la neige, les professionnels manifestent, aujourd'hui à Bourg-Saint-Maurice en Savoie

Stations de ski : un hiver dans le brouillard ?

5 min
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Alors que les premières neiges tombent dans les Alpes, Emmanuel Macron annonce « des mesures restrictives et dissuasives » pour limiter l’accès des français aux stations de ski étrangères. Le débat sur leur réouverture devient européen ; et la bataille des sports d’hiver ne fait que commencer.

En attendant une éventuelle autorisation de réouverture et la neige, les professionnels manifestent, aujourd'hui à Bourg-Saint-Maurice en Savoie
En attendant une éventuelle autorisation de réouverture et la neige, les professionnels manifestent, aujourd'hui à Bourg-Saint-Maurice en Savoie Crédits : Olivier Chassignole - AFP

Bataille de boules de neige ou mystère et boule de gomme : rien ne sera certain avant le 11 décembre, date de la « clause de revoyure » fixée par Matignon, aux professionnels de la montagne. Pour l’instant, les 350 stations de sports d’hiver restent des villages ou villes semi-fantômes « sans remontées mécaniques ni équipements publics » dit Jean Castex. 

La date de janvier est évoquée, mais plus encore que pour l’épisode des commerces « non essentiels », rares sont les élus et professionnels de tous les massifs à ne pas demander la réouverture dès la période Noël, 13 % de la fréquentation et le double en chiffre d'affaire.« Atterrant, incompréhensible,  décision sans cohérence ni bon sens », disent les tribunes qui se succèdent pour tenter de démontrer que toutes les garanties sanitaires ont été prises, que la pratique du ski n’encombrera pas les hôpitaux et que les 120 000 emplois de la filière méritent considération.

D’ailleurs hier en urgence, le Ministère du Travail qui avait conseillé aux stations d’embaucher les saisonniers, vient de leur accorder le chômage partiel. 

Hiver 2020 : un gouffre financier ? 

Après déjà 2 milliards d'euros de manque à gagnerau premier confinement, le chiffre d'affaire de 11 milliards est encore en train de fondre. L’absence de touristes étrangers qui apportent plus d’un quart de la fréquentation habituelle pèsera lourd. Dans 20 Minutes, la consultante Armelle Solelhac y voit « une opportunité pour les hébergeurs de reprendre la main en direct avec la clientèle », notamment locale, comme pour Tignes qui a accueilli en octobre 30 % de clients supplémentaires ; mais les réservations sont en baisse d’autant dans la plupart des stations alpines examinées par le journal.

En attendant, les professionnels des Alpes et Pyrénnées déploient des trésors d’imagination : promotions, alliance entre concurrents pour des forfaits communs, « garantie covid » pour rembourser sans frais en cas de fermeture, même les hôtels se plient en quatre pour offrir des annulations avantageuses, en cas de covid ou non.

Mais l’économie des sports d’hiver à la fois lourde et précaire concentre les handicaps, explique le chercheur à l’INSEEC Julien Pillot dans The Conversation : fréquentation très volatile, forte dépendance de certaines stations d’altitude (au dessus de 2000 m) « paradis artificiels, qui accueillent chaque année des centaines de milliers de vacanciers, ne vivent que par et pour le ski », coûts fixes importants n’offrant que peu de marge de manœuvre pour s’adapter ; et pour couronner le tout, la plupart des restaurants - fermés administrativement - sont dans des hôtels-restaurant, autorisés à ouvrir pour n’accueillir personne ! Ce sont « les limites de la doctrine du en même temps », le slalom entre le sanitaire et économique. 

La suite de la partie pourrait se jouer au niveau européen ? 

Emmanuel Macron déclarait hier que le gouvernement prendrait des mesures « restrictives et dissuasives » en cas de fuite des touristes français vers les stations étrangères. L’enjeu est sanitaire : éviter un nouveau « Ischgl », cette station autrichienne transformée en cluster lors de la première vague ; mais il est aussi économique :

Car les restrictions nationales pourraient nourrir un "dumping sanitaire européen" : la Finlande, la Pologne, mais surtout la Suisse et l’Autriche bien placées dans les Alpes ont décidé d’ouvrir leurs stations ; et la bataille des neiges tourne en bataille rangée : l’Espagne hésite, l’Italie a fait volte-face, Andorre qui devait ouvrir le 4 décembre s’est ralliée à la France en début de semaine. Le président français espère une « coordination » pour ouvrir en janvier mais dans certains pays, la filière ski pèse fortement dans le PIB.

La bataille contre les éléments : vers la fin d'un modèle unique ? 

La question n’est pas seulement de savoir si le ski sera autorisé ce Noël mais s’il y aura encore de la neige à mettre sous les spatules aux prochains hivers. Les chutes se tarrissent : 40 cm en moins sur ces 20 dernières années par rapport aux 20 précédentes, rappelle julien Pillot, et une quasi disparition des neiges de moyenne altitude (1200-1800 m) à partir du milieu du siècle. Jura, Vosges, et Massif central en première ligne : en mars dernier, la station de Mont d’Ore était placée en redressement judiciaire, plombé par une fréquentation en baisse de 20 % ces 6 dernières années.  

La France première mondiale a même été déclassée par les Etats-Unis en 2016-2017-2018, années où la neige n’est pas tombée avant janvier. 

Le problème est aussi structurel, prévient Julien Pillot : la fréquentation atteint un pallier et révèle un « marché mature », les solutions de "ski sous dôme" ou de neige héliportée ne sont pas tenables et les stations « toute saisons » ne sont pas non plus à la portée de toutes. Tigne semle d’ailleurs avoir renoncé à construire une « Ski Line » couverte de 63 millions d'euros, annoncée en 2016. C’est en tous cas « la fin d’un modèle unique » écrivaient déjà en mars plusieurs chercheurs dans The Conversation : au-delà de la cordée du Covid, l’économie du ski se prépare à affronter le vide.

XM

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